L’origine des opinions

Avant de s’intéresser à l’avis d’une personne quelconque sur un sujet quelconque (politique, religion, art de vivre, …) il faut bien avoir à l’esprit un fait fondamental. Dans l’immense majorité des cas, les idées défendues et exprimées par les gens ne sont pas le fruit d’une recherche sincère et approfondie de la vérité. En réalité, ils défendent les idées qui leur permettent d’apparaître comme des gens supérieurs, à leurs propres yeux, comme à ceux des autres. Ce mécanisme peut entrer en action a posteriori. A un moment donné de son existence, une personne est arrivée à un certain résultat et elle adopte le cadre idéologique qui place ce résultat au dessus des autres. Il peut aussi fonctionner a priori, lorsque la personne pressent qu’elle ne sera pas à la hauteur d’une compétition donnée.

Voici un exemple de mécanisme a posteriori. Imaginons une jeune fille qui, sous l’influence de la culture ambiante, a des relations sexuelles à partir de 17 ans. Entre 17 et 25 ans elle a une dizaine de partenaires dans le cadre de relations plus ou moins longues. Que pense-t-elle de la chasteté pré maritale à 25 ans ? Il est fort probable qu’elle ait reprit à son compte l’idée omniprésente de la « libération sexuelle de la femme ». D’après celle-ci ses choix d’ado et de jeune adulte sont justifiés a posteriori. Ils la font entrer dans la catégorie des femmes émancipée, libre, moderne, avant-gardiste, …
Est-il envisageable, qu’à l’inverse, elle se range du côté des traditions ou pensées qui accordent de l’importance à la chasteté ? Non, car selon cette conception de la sexualité elle apparaît comme une personne immorale, manquant de respect pour elle même, qui s’est fait utiliser sexuellement, qui a dilapidé son bien le plus précieux dans la quête d’un époux digne de ce nom, qui a réduit ses chances de faire un mariage heureux, …
Notons bien qu’à aucun moment elle n’a véritablement cherché à démêler le bien du mal, le vrai du faux. Son avis sur la chasteté vise seulement à lui laisser croire qu’elle a bien réussi.

Voici un autre exemple de mécanisme a posteriori. Peu de temps après qu’une femme ait avorté, deux scénarios sont envisageables. Dans certain cas, elle ouvre les yeux sur la réalité de l’acte auquel elle vient de consentir : elle a détruit la vie dont elle avait la charge. Elle regrette amèrement ce choix. Plus jamais elle n’avortera et elle luttera plus ou moins activement pour que d’autres femmes ne fassent pas l’erreur qu’elle a commise.
Pour diverses raisons, cette prise de conscience n’a pas toujours lieu, loin de là. Beaucoup de femmes rejettent les scrupules qu’elles peuvent avoir jusqu’à les nier totalement. Quelle sera la position d’une de ces femmes vis à vis de la « question de l’avortement » quelques années plus tard ? Il est certain qu’elle ne pourra pas supporter un discours présentant l’avortement comme « l’élimination d’une vie humaine pour des raisons de confort ». Elle rejettera cette vision des choses avec violence. Non pas, encore une fois, parce qu’elle a prit le temps de réfléchir à ce qu’est vraiment l’avortement, mais parce que l’idée qu’elle aurait, quelques années auparavant, choisit de détruire la vie qui naissait en elle, lui est insupportable. Ce qui est aisément compréhensible. Une femme qui se trouverait dans ce second cas, pourrait même aller plus loin. Par exemple en militant en faveur de l’avortement dans une association comme le planning familial. A trente cinq ans elle consacrera une bonne part de son énergie à inciter des filles qui en ont dix-huit à avorter leur enfant. Deux raisons la conduisent à cela. D’abord, en répétant « tu es jeune“, “pense à ton avenir“, “tu devrais avorter“, “c’est un geste médical très banal tu sais“, elle cherche à se convaincre sans cesse que l’avortement est un acte anodin, afin de se débarrasser de sa propre culpabilité qui au fond ne la lâche pas.
Deuxièmement, elle incite d’autres femmes à commettre la même faute qu’elle. C’est un grand classique : on se sent coupable, mais plutôt que de le reconnaître et de se repentir on  souhaite que d’autres commettent le même crime, afin qu’en contraste notre laideur morale soit moins apparente.

Voici à présent un cas où le mécanisme se met en œuvre a priori. Imaginons un lycéen qui pressent, vu ses capacités scolaires, qu’il ne pourra pas mener à bien de brillantes études. Ajoutons à cela, une mentalité de perdant qui lui interdit de tenter sa chance en self-made man. Il perçoit qu’il n’est pas à la hauteur de la compétition principale de ce début de XXIe siècle. Le graal de celle-ci est incarné par le businessman naviguant entre Londres, Doubaï et New-York, manipulant des milliards et faisant des millions, roulant en BMW ou en Porsche.
Parce qu’il ne supporte pas d’être mal placé sur l’échelle de valeurs qu’il a en tête, il va changer d’échelle. Comme il n’a ni la capacité, ni l’envie nécessaires à une vraie réflexion sur le but de la vie, il se laisse séduire par une des idéologies disponibles clés en main. Il peut s’agir du communisme, de l’alter mondialisme, de l’écologisme, de l’islam, etc. Dans tous les cas, grâce à cette pirouette il a troqué la place du nullard pour celle de l’être supérieur. Il peut même être amené à faire des choix contre productif afin de vivre dans un semblant de cohérence avec ses nouvelles idées. Par exemple, choisir délibérément d’étudier dans un domaine qui n’offre pas de débouché, ou s’habiller comme un clochard alors que ses parents lui offrent de quoi se vêtir décemment. Et oui, après tout, le monde du travail est celui de l’exploitation capitaliste, à moins qu’il ne soit responsable de la famine en Somalie, ou encore de la disparition du saumon jaune de Papouasie. Il faut donc le mépriser dans son entièreté en étudiant la psychologie ou l’art plastique. De même, les jeans Armani, les vestes Boss, et les montres Mont-Blanc resteront à jamais hors de porté, alors pour bien achever de se persuader et de persuader les autres que de toute façon on n’en veut pas, portons des vêtement crasseux et déchirés.

La genèse des idées de ces gens permet de comprendre la haine dont-ils suent dès lors que l’on remet en question leurs dogmes. Ce n’est pas tant que la crédibilité de leurs idées soit menacée qui les fâchent, mais que la vision qu’ils se sont bricolés d’eux même soit en péril. Grâce à leurs mensonges, chacun d’entre eux se conçoit comme le meilleur. Celui qui les empêche de mariner dans leurs illusions en introduisant quelques faits ou un peu de bon sens, les remet à leur juste place. Ils perçoivent cela comme un tentative d’assassinat, voire pire encore, car il est peut être préférable de mourir certain de sa valeur, que de vivre conscient de sa nullité.

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2 réflexions au sujet de « L’origine des opinions »

  1. Ping : Pourquoi n’arrête-t-on pas le « progrès » ? | Kolia Karamazov

  2. Ping : L’homme enchainé à son orgueil déchainé | Kolia Karamazov

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