Une civilisation dans le décor

decor_moderneL’un des aspects les plus frappant du progressisme est le manque d’humilité de ses promoteurs. Leur arrogance est double. Elle est d’une part dirigée vers les hommes qui ont vécu avant eux et d’autre part, vers la nature (ou vers Dieu, si vous préférez). L’essentiel de leur programme consiste à faire exactement l’inverse de ce qu’ont fait nos ancêtres jusqu’à il y a environ cinq minutes. Célébrer l’homosexualité au lieu de la condamner. Abolir la distinction entre les rôles féminin et masculin plutôt que de soigneusement les séparer. Ouvrir grand notre territoire aux étrangers plutôt que de le défendre jalousement. « Prostituer » nos jeunes filles plutôt que de veiller à leur chasteté, etc. Par ailleurs, les « progrès » que sont la stérilisation systématique des relations sexuelles, l’enrôlement des femmes dans les commandos marine, ou les « familles » avec deux pères, relèvent clairement d’une révolte contre la nature.
La vision progressiste du monde tient en deux phrases : « Tous les hommes avant midi moins le quart aujourd’hui étaient des gros cons » et « Je me suis créé moi même ».

Ce rejet du passé et de la nature est si radical qu’il en est grotesque. Comment expliquer qu’en dépit de cela, le progressisme avance irrésistiblement depuis plus de deux siècles ?

Depuis le XIXe siècle et surtout ces dernières décennies, du fait des progrès scientifiques et techniques, le « décor » a beaucoup changé. Prenons la peine de regarder autour de nous et nous ne verrons presque que des matériaux et des objets nouveaux. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les hommes utilisent essentiellement des appareils, des outils, des moyens de transport qui n’existaient pas dix ans plus tôt pour les uns, trente ou cinquante ans pour les autres. Pour la première fois, l’homme vit dans des appartements, des villes, des entreprises et des infrastructures publiques, tapissés du sol au plafond de matières qui étaient inconnues à la naissance de ses grands parents. Du sol en PVC, aux faux plafonds en polystyrène : nous vivons dans un monde en plastique.

Le « décor » qui entoure l’homme moderne est si profondément différent de celui dans lequel vivaient ses ancêtres, qu’il ne se sent pas en lien avec eux. Spontanément il les voit comme appartenant à un autre univers, à une autre dimension. Ils n’ont pas plus de réalité que des personnages de fiction, tels ceux dépeints dans le Seigneur des Anneaux.

Cette situation est inédite. Auparavant, le cadre de vie ne changeait pas fondamentalement d’une génération à l’autre. Les paysans de 1780, de 1680 et de 1580 vivaient dans des environnements semblables. Leur village, leur habitation, leurs meubles et leurs outils de travail n’étaient guère différents. Cette permanence des choses matérielles entretenait chez l’homme d’autrefois un sentiment de grande proximité avec ses prédécesseurs. Il était comme eux.

A l’inverse, du simple fait des conditions matérielles jamais vues dont il « bénéficie », l’homme moderne est coupé du passé. Son cadre de vie influence son psychisme et en fait un terrain fertile pour le progressisme.
Spontanément il imagine qu’il n’y a pas lieu de continuer à organiser nos sociétés comme elles l’étaient il y a un siècle ou deux. Au contraire, il lui paraît naturel, dans un monde à l’apparence radicalement nouvelle, de repenser totalement la façon dont sont réglées les interactions humaines.
D’ailleurs, celui qui met en question le progressisme se voit bien souvent rétorquer comme seul argument que « le monde a changé ».

Pourtant, le progrès technique ne justifie en rien le progressisme sociétal. On ne voit pas pourquoi, sous prétexte que James Watt a mis au point une machine à vapeur, il faudrait subitement marier les homosexuels et faire vivre des musulmans et des chrétiens sur le même palier. Au contraire, si l’on considère que la machine à vapeur est un bienfait, il serait judicieux de laisser en place le type de société qui a permis son invention.

Mais la raison est impuissante à détromper le progressiste. Il ne voit pas que sous le masque de la modernité, rien n’a fondamentalement changé.
Finalement, sa vision du monde n’est pas tant fondée sur le mépris des ancêtres que sur l’illusion de ne pas en avoir.

Le progressisme se présente également comme un rejet radical de la nature. Ce second aspect prend également sa source dans le changement de « décor ».

Jusque récemment les réalisations humaines étaient faites essentiellement de pierre et de bois. Au contact de ces matériaux, on ne peut ignorer leur provenance. Certes ils étaient façonnés de main d’homme, mais leur origine naturelle n’en était pas moins évidente. Nos ancêtres savaient qu’ils n’en étaient pas les créateurs et qu’au contraire, ils dépendaient de la nature pour bâtir leurs habitations, fabriquer leurs outils et leurs moyens de transport. Comme elle leur fournissait de bonnes choses avec générosité, elle suscitait leur admiration et leur reconnaissance.

Le décor moderne a ceci de particulier qu’il est entièrement composé de matières artificielles. Contrairement à une façade en pierres de taille ou à une armoire en chêne, la planche de bord d’une Clio ou le boitier d’un ordinateur ne ressemblent à rien de ce que l’on peut trouver dans la nature. Celle-ci a pourtant fourni le nécessaire à l’élaboration des nouveaux matériaux, mais nous ne le sentons pas spontanément. A la différence du bois, le PVC des montants d’une fenêtre ne crie pas son origine naturelle. Personne ne songe à un gisement pétrolier en aérant sa chambre. Les objets du quotidien n’évoquent plus la forêt ou un massif granitique, mais tout au plus les rayonnages d’un supermarché. C’est là leur seule origine connue.

Le cadre de vie moderne coupe l’homme de la nature. Privé de la relation qu’il avait toujours entretenue avec elle, il est gagné par le sentiment de ne pas appartenir à la création. Dès lors, il oublie que ce n’est pas lui qui a fixé les règles du jeu et dans son orgueil, il prétend abolir les sexes, les races, les différences,…decor_ancien2

C’est donc à un double déracinement qu’a conduit le changement de décor. Il a simultanément arraché l’homme à ses pères et à sa mère. En cela il a considérablement favorisé l’émergence et la prolifération de l’idéologie progressiste.

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10 réflexions au sujet de « Une civilisation dans le décor »

  1. Ping : Pourquoi n’arrête-t-on pas le « progrès » ? | Kolia Karamazov

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