Archives mensuelles : juillet 2013

La Nouvelle Vieillesse

TransmissionDans cette publicité pour la révolution digitale d’Orange, un vieillard explique à son arrière-petit-fils âgé d’un an à quoi lui serviront ses dix doigts quand il sera plus grand. Cette pub est non seulement dérangeante, comme le remarquait mariejoloiseau, mais elle est aussi parfaitement ridicule, dans la mesure où elle fait jouer au vieillard un rôle qui est aux antipodes de celui dévolu aux personnes âgées dans le monde moderne.

En dépit des avancées de la médecine permettant de vivre dans un état physique satisfaisant pendant longtemps et des progrès technologiques facilitant la vie des personnes affaiblies, vieillir n’a jamais été une expérience aussi nulle que ces derniers temps.

La vieillesse est le dernier âge de la vie qui peut être décomposée en trois phases :
– D’abord l’enfance, qui est une période d’apprentissage et de formation ;
– Puis l’âge adulte, au cours duquel on investit ce qui a été appris pendant l’enfance de façon productive, en ayant des enfants et en travaillant ;
– Enfin le grand âge, qui n’est pas un temps pour apprendre, ni pour être particulièrement productif sur le plan matériel. Traditionnellement, il est consacré à la transmission du savoir-faire et de la sagesse accumulés au fil des années.

Mais la modernité a profondément changé cette ultime phase de l’existence terrestre. Elle l’a amputée de tout ce qui faisait son utilité, son intérêt et sa noblesse.

La transmission d’une génération à l’autre suppose qu’il y ait une continuité entre elles, que les vies qui se succèdent soient conçues comme les maillons d’une même chaîne, qu’un sentiment collectif existe. Il faut qu’une réalité supérieure unisse les existences des uns et des autres. Quelque chose qui ne prend pas fin avec la mort de l’individu et à laquelle chacun appartient et contribue. Lorsque les hommes ont conscience d’être sur un même bateau, chacun occupe son poste. Les anciens donnent les instructions et dispensent leurs conseils, parce qu’ils aiment leur descendants et le navire qui les transporte. Ils ne veulent pas le voir se perdre en mer avec ses occupants. De son côté la jeunesse sait bien qu’elle serait incapable de gouverner seule le bâtiment. Sans écouter les vieux loups de mer, elle ne pourrait le mener à bon port ou survivre aux tempêtes. Elle est reconnaissante et respectueuse envers les anciens pour leur apport indispensable.

Mais depuis quelques temps, l’équipage a abandonné le navire. Chacun de ses membres a pris place dans un canot individuel. Aucun n’a su résister à la tentation que représentaient la « liberté » et l’autonomie. Désormais, les gens naviguent au gré de leurs fantaisies. Un océan les sépare et seule la satisfaction égoïste de besoins momentanés motive les contacts interpersonnels. Dans ce contexte, la transmission intergénérationnelle n’a plus aucun sens.

Mais l’individualisme n’est pas le seul facteur ayant conduit à la modification profonde de la place des vieillards dans la société. Les « progrès » toujours plus rapide des techniques et des technologies y ont contribué de façon considérable, eux aussi. Déjà il y a un siècle, les grands-pères, maîtres dans l’art d’atteler les bovins, n’avaient rien à transmettre à leurs petits-fils et successeurs qui venait de faire l’acquisition d’un tracteur agricole. Aujourd’hui, les papis ont beau jeu de savoir réparer les yeux fermés une Ami 6, leurs descendants ne savent même pas ce qui se cache sous cette sympathique appellation.

Certains domaines sont moins touchés, notamment la gastronomie. Les grands-mères sont encore louées pour leurs tartes, qui sont mangées avec plaisir. Mais rares sont les adolescentes intéressées par reprendre le flambeau de l’expertise pâtissière. Elles sont bien trop occupées à travailler leur thigh gap.
De même, les oiseaux n’ont pas changé depuis cinquante ans et le grand-père qui connaît leurs noms et les reconnait à leur chant espère intéresser son petit-fils par ce savoir. Malheureusement la cervelle de l’enfant est déjà monopolisée par le nom des… pokémons.

L’explosion de la technologie de ces dernières décennies a littéralement inversé la hiérarchie entre les personnes âgées et les jeunes. A présent Papi est le brave abruti qui change de chaine lorsqu’il veut monter le son de sa télé, quand il ne se perd pas carrément dans un labyrinthe de menus dont il ne sortira jamais. A chaque fois que vous rendez visite à Mamie, elle vous demande de régler son autoradio sur France Musique, fréquence qu’elle a perdue en voulant régler le chauffage. Et si par la même occasion vous pouviez lui mettre ses montres à l’heure d’été, parce qu’on est quand même le 4 Juillet. Ce sont donc les petits-enfants qui donnent les leçons désormais et c’est tout à fait inédit.

Ce n’est pas seulement la transmission dans les domaines directement liés aux révolutions technologiques qui a été coupée. Le « progrès » sociétal l’interdit aussi pour tout ce qui a trait aux mœurs. Imagine-t-on aujourd’hui une grand-mère conseiller sa petite fille sur le choix d’un époux ? Non et pourtant elle aurait sans doute des choses intéressantes à lui dire, comme par exemple qu’un bon mari sera sans doute plus intéressé par sa capacité à faire des tartes que par son thigh gap.

A présent que la vieillesse a perdu son rôle spécifique lié à la transmission, être vieux c’est comme être jeune, mais en moins bien. On est faible au lieu d’être fort, on est moche au lieu d’être beau, on est déclinant plutôt que d’avoir l’avenir devant soi. Que reste-t-il aux personnes âgées ? La possibilité de se la couler douce en étant payé, ce qui ne fait que ressortir d’avantage la solitude d’une génération qui a très peu de petits-enfants. Pour certains, il y a le confort d’avoir de l’argent. Mais il n’est pas sûr que rouler dans une belle voiture (dont elle est incapable d’utiliser les trois quart des équipements) compense tout ce qu’a perdu la personne âgée.

Le culte de la jeunesse provient entre autre de cette dévaluation, inévitable dans le contexte moderne, de la vieillesse. Les jeans moulants et les ballerines sur les femmes de cinquante ans, la terreur de vieillir qu’on retrouve aussi chez les hommes en sont des conséquences.

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Un bien éminemment précieux

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez bien plutôt celui qui peut faire périr âme et corps dans la géhenne. » Mt 10:28

On peut prendre le travail et le toit d’un homme, ses enfants et sa femme, son pain et sa terre. Mais une chose ne peut lui être retirée : son honneur.

Il peut le perdre, mais uniquement si il y a consenti.

Tout le reste est susceptible de lui être enlevé. Il peut lutter, se défendre contre les forces qui cherchent à le dépouiller, mais en définitive il n’est pas totalement maître des événements. L’issue du combat ne peut qu’être incertaine et il se pourrait bien qu’il se retrouve nu, sans logis, sans patrie, sans épouse,…

En revanche, l’honneur ne peut être arraché des mains d’un homme. On ne vient pas à bout de l’honneur de qui est déterminé à le préserver. Tout peut être tenté contre lui, on peut même le tuer, si telle est sa volonté, son honneur restera intact.

C’est pourquoi l’honneur est un bien éminemment précieux : le seul sur lequel on puisse compter quoi qu’il arrive. Lorsque tout le reste s’effondre, il subsiste et évite la chute dans le néant. Une existence qui n’est pas fondée sur ce roc est condamnée à être le jouet des circonstances.

Alors que la civilisation est à l’agonie, la destruction du bien, du beau et du vrai est une réalité vécue quotidiennement. Plus que jamais, transiger sur l’honneur est une folie.
Ne cédez pas au découragement que suscite le chaos et la laideur, car l’objectif ultime de leur promotion est précisément d’engendrer le désespoir qui fait chuter les âmes. Votre honneur est le véritable enjeu de cette guerre. Le préserver, c’est la gagner.