La Nouvelle Vieillesse

TransmissionDans cette publicité pour la révolution digitale d’Orange, un vieillard explique à son arrière-petit-fils âgé d’un an à quoi lui serviront ses dix doigts quand il sera plus grand. Cette pub est non seulement dérangeante, comme le remarquait mariejoloiseau, mais elle est aussi parfaitement ridicule, dans la mesure où elle fait jouer au vieillard un rôle qui est aux antipodes de celui dévolu aux personnes âgées dans le monde moderne.

En dépit des avancées de la médecine permettant de vivre dans un état physique satisfaisant pendant longtemps et des progrès technologiques facilitant la vie des personnes affaiblies, vieillir n’a jamais été une expérience aussi nulle que ces derniers temps.

La vieillesse est le dernier âge de la vie qui peut être décomposée en trois phases :
– D’abord l’enfance, qui est une période d’apprentissage et de formation ;
– Puis l’âge adulte, au cours duquel on investit ce qui a été appris pendant l’enfance de façon productive, en ayant des enfants et en travaillant ;
– Enfin le grand âge, qui n’est pas un temps pour apprendre, ni pour être particulièrement productif sur le plan matériel. Traditionnellement, il est consacré à la transmission du savoir-faire et de la sagesse accumulés au fil des années.

Mais la modernité a profondément changé cette ultime phase de l’existence terrestre. Elle l’a amputée de tout ce qui faisait son utilité, son intérêt et sa noblesse.

La transmission d’une génération à l’autre suppose qu’il y ait une continuité entre elles, que les vies qui se succèdent soient conçues comme les maillons d’une même chaîne, qu’un sentiment collectif existe. Il faut qu’une réalité supérieure unisse les existences des uns et des autres. Quelque chose qui ne prend pas fin avec la mort de l’individu et à laquelle chacun appartient et contribue. Lorsque les hommes ont conscience d’être sur un même bateau, chacun occupe son poste. Les anciens donnent les instructions et dispensent leurs conseils, parce qu’ils aiment leur descendants et le navire qui les transporte. Ils ne veulent pas le voir se perdre en mer avec ses occupants. De son côté la jeunesse sait bien qu’elle serait incapable de gouverner seule le bâtiment. Sans écouter les vieux loups de mer, elle ne pourrait le mener à bon port ou survivre aux tempêtes. Elle est reconnaissante et respectueuse envers les anciens pour leur apport indispensable.

Mais depuis quelques temps, l’équipage a abandonné le navire. Chacun de ses membres a pris place dans un canot individuel. Aucun n’a su résister à la tentation que représentaient la « liberté » et l’autonomie. Désormais, les gens naviguent au gré de leurs fantaisies. Un océan les sépare et seule la satisfaction égoïste de besoins momentanés motive les contacts interpersonnels. Dans ce contexte, la transmission intergénérationnelle n’a plus aucun sens.

Mais l’individualisme n’est pas le seul facteur ayant conduit à la modification profonde de la place des vieillards dans la société. Les « progrès » toujours plus rapide des techniques et des technologies y ont contribué de façon considérable, eux aussi. Déjà il y a un siècle, les grands-pères, maîtres dans l’art d’atteler les bovins, n’avaient rien à transmettre à leurs petits-fils et successeurs qui venait de faire l’acquisition d’un tracteur agricole. Aujourd’hui, les papis ont beau jeu de savoir réparer les yeux fermés une Ami 6, leurs descendants ne savent même pas ce qui se cache sous cette sympathique appellation.

Certains domaines sont moins touchés, notamment la gastronomie. Les grands-mères sont encore louées pour leurs tartes, qui sont mangées avec plaisir. Mais rares sont les adolescentes intéressées par reprendre le flambeau de l’expertise pâtissière. Elles sont bien trop occupées à travailler leur thigh gap.
De même, les oiseaux n’ont pas changé depuis cinquante ans et le grand-père qui connaît leurs noms et les reconnait à leur chant espère intéresser son petit-fils par ce savoir. Malheureusement la cervelle de l’enfant est déjà monopolisée par le nom des… pokémons.

L’explosion de la technologie de ces dernières décennies a littéralement inversé la hiérarchie entre les personnes âgées et les jeunes. A présent Papi est le brave abruti qui change de chaine lorsqu’il veut monter le son de sa télé, quand il ne se perd pas carrément dans un labyrinthe de menus dont il ne sortira jamais. A chaque fois que vous rendez visite à Mamie, elle vous demande de régler son autoradio sur France Musique, fréquence qu’elle a perdue en voulant régler le chauffage. Et si par la même occasion vous pouviez lui mettre ses montres à l’heure d’été, parce qu’on est quand même le 4 Juillet. Ce sont donc les petits-enfants qui donnent les leçons désormais et c’est tout à fait inédit.

Ce n’est pas seulement la transmission dans les domaines directement liés aux révolutions technologiques qui a été coupée. Le « progrès » sociétal l’interdit aussi pour tout ce qui a trait aux mœurs. Imagine-t-on aujourd’hui une grand-mère conseiller sa petite fille sur le choix d’un époux ? Non et pourtant elle aurait sans doute des choses intéressantes à lui dire, comme par exemple qu’un bon mari sera sans doute plus intéressé par sa capacité à faire des tartes que par son thigh gap.

A présent que la vieillesse a perdu son rôle spécifique lié à la transmission, être vieux c’est comme être jeune, mais en moins bien. On est faible au lieu d’être fort, on est moche au lieu d’être beau, on est déclinant plutôt que d’avoir l’avenir devant soi. Que reste-t-il aux personnes âgées ? La possibilité de se la couler douce en étant payé, ce qui ne fait que ressortir d’avantage la solitude d’une génération qui a très peu de petits-enfants. Pour certains, il y a le confort d’avoir de l’argent. Mais il n’est pas sûr que rouler dans une belle voiture (dont elle est incapable d’utiliser les trois quart des équipements) compense tout ce qu’a perdu la personne âgée.

Le culte de la jeunesse provient entre autre de cette dévaluation, inévitable dans le contexte moderne, de la vieillesse. Les jeans moulants et les ballerines sur les femmes de cinquante ans, la terreur de vieillir qu’on retrouve aussi chez les hommes en sont des conséquences.

Publicités

7 réflexions au sujet de « La Nouvelle Vieillesse »

  1. Criticus

    Faut pas devenir vieux con, non plus… d’ailleurs, quel âge avez-vous ? Comme ça je dirais 30 ans, comme moi. Si c’est le cas, vous avez mieux à faire que de tenir le bras des vieilles rombières à la sortie de la messe. Quand on est jeune, on a un monde à conquérir !

    Les vieux ne transmettent plus parce qu’ils n’ont pas grand-chose à transmettre. Ils sont nés entre les années 1920 et 1940, soit longtemps après que le fil de la Tradition a été rompu (ce fil sera renoué par une civilisation régénérée, au sens propre comme au sens figuré).

    C’est bien beau de critiquer les jeunes qui refusent d’apprendre des anciens, mais qu’est-ce que ces derniers ont à leur apprendre, à part des poncifs (« Mets pas tes mains dans les poches », « Dis bonjour à la dame », etc.) ? Les recettes de tarte, c’est bien, mais on aurait préféré que les vieux apprennent aux jeunes hommes à se battre, et les vieilles apprennent aux jeunes femmes à se faire belles. En la matière, ce fut le vide intégral…

    Et il n’y a aucun mal à ce que les jeunes femmes veuillent avoir un « thigh gap » ! L’Europe, c’est le Beau, et c’est notamment la beauté féminine. Cette beauté n’est que secondairement liée aux artefacts (vêtements, maquillage, coiffure), elle est d’abord corporelle, donc matérielle. Kate Upton ou Heidi Klum sont peut-être vulgaires, mais leur beauté affirme plus notre civilisation qu’une femme ordinaire et plate qui joue à la « mère de famille » parce que c’est le seul rôle dont elle pouvait se prévaloir. Le souci pour le corps est un souci sain. Et un bon mari, c’est-à-dire un mâle affirmé, sera plus sensible à la beauté d’une femme qu’à ses recettes de tarte. La cuisine, ça vient avec le temps. La beauté, non.

    Quant à la technologie, ce n’est pas un problème en soi. Ce qui l’est, c’est le Zeitgeist qui veut que la technologie doit être au service de l’individu, et cela de la manière la plus égalitaire et universelle possible. Mais elle pourrait tout à fait être mise au service d’une société hiérarchisée (avec une inégalité de droit reflétant les inégalités de nature) et de la communauté. La technologie n’est pas à l’origine du Zeitgeist, elle en est le véhicule.

    Ce que je crois, c’est qu’elle nous lance un défi (un défi évolutif) pour que nous parvenions à concilier non pas « Tradition et Modernité », tarte à la crème des guides du Routard sur la Chine et le Japon, mais Tradition et Progrès, ce qui n’est pas la même chose. Manger des tartes Tatin le dimanche, c’est très bien, mais conquérir les abysses et terraformer Mars, c’est mieux. En fin de compte, l’histoire est faite par les briseurs de nœuds gordiens, les Icare se brûlant les ailes, pas par les chamanes tournant autour de leur totem. C’est la leçon de 2001, l’Odyssée de l’Espace : le vainqueur est celui qui fait corps avec sa création.

    D’ailleurs, même des start-up créées par des post-modernes permettent un retour inattendu de la tradition et de la communauté, comme on le voit avec l’« économie collaborative » :

    http://www.surfandbiz.com/article/economie-collaborative-pas-crise.htm (Non mentionné dans cet article : « Cookening », un site qui permet à des gens de transformer leur salle à manger en restaurant, en recevant des internautes à dîner. C’est très encourageant.)

    Cette ironie de l’histoire qui échappe au conservateur, c’est un processus dialectique qui fait se succéder destruction des usages surranés puis surgissement de nouvelles pratiques, régénérées. Il ne faut pas tenter de nager à contre-courant, mais embrasser le mouvement pour le maîtriser. Le réactionnaire brandit un poing impuissant à la face du monde qui l’ignore, tandis que le traditionaliste s’y adapte et en tire avantage. Il « chevauche le tigre ».

  2. mariejoloiseau

    Pour répondre à Criticus, je dirais que le problème de notre avancée technologique et numérique est le renforcement dans le culte de l’immédiateté, du non-différé, du tout-relatif, de l’incohérence comportementale et mentale en raison de leur adaptativité sans colonne vertébrale. C’est un réel enjeux de civilisation que de savoir se positionner dans le temps, or il manque de façon critique aux moins de 30ans qui sont, en grande partie, dans une organisation psychopathologique dite border-line. Or, ce que la virtualité est en train de faire advenir c’est un monde où la technologie ne sera plus un moyen qui aide l’Homme, mais un besoin qui fait exister l’Homme, qui deviendra nécessaire au sens étymologique du terme, à savoir « sans ce quoi l’Homme n’est pas ».

    Cette pub m’a profondément alertée, car elle m’a véritablement fait peur. Elle laisse largement sous-entendre que cet enfant ne sera rien sans son iPhone, sans la technologie. De plus, l’enfant a besoin de concret pour se construire et pour créer (de même que se créer), au sens où le concret du papier permet de fixer l’imagination comme une forme de sédentarisation de la pensée ; alors que ce monde de technologie appelle principalement à du non-touchable (tel que dessiner sur ipad, où l’enfant ne touche plus même un crayon). Sans oublier que l’on constate de plus en plus un important illettrisme chez les adolescents globalement, et surtout quand il s’agit d’écriture manuscrite : ils ne sont plus capables que d’écrire (et encore, c’est un grand mot) via des claviers.

  3. Criticus

    « un monde où la technologie ne sera plus un moyen qui aide l’Homme, mais un besoin qui fait exister l’Homme, qui deviendra nécessaire au sens étymologique du terme, à savoir “sans ce quoi l’Homme n’est pas” »

    C’est le cas depuis que l’homme a taillé sa première pierre. Depuis lors, l’homme n’est rien sans sa création. Nous ne pourrions pas vivre sans les technologies que nos ancêtres ont créées, y compris — et surtout — les plus rudimentaires. Plus près de nous, l’électricité et l’eau courante ont profondément modifié nos vies, au point que nous ne pourrions plus nous en passer. Il n’y a rien de mal à cette dépendance, la technologie n’est pas extérieure à l’homme, elle est simplement le prolongement de sa main. L’innovation exerce une pression de sélection sur les groupes humains, et ceux qui s’en passent finissent par être assujettis aux autres.

    Les usages récents de la technologie ne sont pas sans poser de questions, mais je maintiens qu’ils en disent plus sur les valeurs qui structurent notre société que sur les outils eux-mêmes.

    Internet, par exemple, pourrait être un « cerveau collectif » (en fait, ça l’est pour une part) si nous n’étions pas dans une société égalitariste. C’est cela à mon sens qui fait d’Internet non pas une encyclopédie universelle, mais plutôt, pour l’essentiel, une sorte d’intestin collectif.

    Quant à la virtualité, il nous faut nous demander si une feuille de papier, et même une tablette de cire, un papyrus ou une table de marbre, n’auraient pas paru « irréels » s’ils avaient été apportés par un homme voyageant dans le temps aux hommes préhistoriques. Je pense qu’on est là largement dans le faux débat : Internet n’a pas aboli les précédents média, il les a complétés. Il a fait accéder à la lecture, et surtout à l’écriture, des gens qui jusque-là regardaient passivement leur télévision. Étant journaliste de formation et l’ayant été quelques années de profession, je me souviens de ces vieux de la corporation qui pensaient qu’Internet ne pourrait jamais remplacer le journal papier. Ces gens étaient comparables aux hommes préhistoriques qui, dans 2001, refusent de se servir de l’os comme arme. Les journaux sont menacés non pas par Internet, mais parce qu’il devient ridicule de payer (de plus en plus cher) pour un produit périmé avant même d’être mis sous presse. Il y aura encore des imprimés, mais ils devront apporter une réelle plus-value, ce que les journaux ne font pas.

    D’ailleurs, je suis bien mieux informé (moins surinformé, et avec de vraies informations) depuis que je ne lis que ce que je trouve sur Internet. Cela requiert une période d’adaptation, mais une fois celle-ci passée, le filtre que me donne Internet me permet d’avoir une vision bien plus pertinente de la réalité que celle que j’avais quand je me contentais des médias classiques.

    L’innovation fait peur, parce qu’elle bouleverse nos usages, mais ce sont les usages obsolètes qui disparaissent. Ceux qui ne le sont pas subsistent. Plutôt que de rejeter la technologie, il faut plutôt nous demander comment nous pouvons surmonter le défi qu’elle nous lance.

  4. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Criticus,

    Vous avez lu dans cet article une critique de la jeunesse abandonnant les personnes âgées qui ne s’y trouve pas.

    Je ne demande à personne d’aller tenir la main de sa grand-mère. Je me contente de constater que dans le contexte individualiste et technologique propre au monde moderne, la place de la vieillesse n’a rien à voir avec ce qu’elle a été autrefois.

    Le contact avec les personnes âgées apporte bien d’autres choses que des réprimandes telle que « ne met pas tes mains dans les poches ». Il nous rappelle que l’on finira usés, faibles et malades comme eux, bien plus vite qu’on ne le croit. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle les jeunes ont parfois envie de jeter les vieux aux oubliettes : ils mettent à mal leur sentiment de toute puissance.

    Je vous suis sur « l’Europe c’est le Beau » et sur « le souci pour le corps est un souci sain », mais la quête du thigh gap idéal ne me paraît pas du tout s’inscrire là dedans. Je vous invite d’ailleurs à me trouver un seul thigh gap dans l’art européen des origines à nos jours.

    « Cette beauté n’est que secondairement liée aux artefacts (vêtements, maquillage, coiffure), elle est d’abord corporelle, donc matérielle. »

    Comme tout le monde j’ai côtoyé des beautés corporelles féminines au lycée, à l’université et ailleurs. Franchement, il ne me semble pas qu’elles aient jamais inspiré un quelconque sentiment supérieur aux hommes qui étaient là. Ni à moi, ni aux autres et encore moins aux mecs qui les touchaient.

    A titre personnel, ce sont bien des femmes dont les artefacts, en plus de souligner leur beauté corporelle, témoignaient d’une certaine tournure de l’âme, qui m’ont conduit à arrêter les sodas et les jeux-vidéos au profit d’activités plus productives.

    A mon avis, si Kate Upton fait se lever quelque chose chez un homme, ce ne sera surement pas le petit doigt et encore moins le pinceau d’un peintre, ou la plume d’un poète.

    Vous confondez « mâle affirmé » et surhomme. Un mâle affirmé c’est un homme qui agit dans le monde et qui est content de pouvoir reconstituer ses forces chez lui, aux côtés de sa femme. A ce moment là il préfère un thon qui sait faire des tartes qu’une belle quiche qui ne fait que des nouilles.

    « La technologie n’est pas à l’origine du Zeitgeist, elle en est le véhicule. »

    Nous sommes là au cœur du problème. Mais je ne vois pas bien ce que vous entendez par « elle en est le véhicule ». Pouvez-vous préciser ?

    « Manger des tartes Tatin le dimanche, c’est très bien, mais conquérir les abysses et terraformer Mars, c’est mieux. »

    J’avais déjà soulevé la question mais vous n’aviez pas réagit alors je retente ma chance. Explorer la surface martienne, mis à part l’exploit technologique, me paraît être aussi passionnant que de déambuler sur le parking d’un hypermarché un dimanche. Quant aux abysses, ça intéressera sans doute les amateurs de films d’épouvante
    Mais je me trompe peut être car je ne suis pas un spécialiste de ces deux univers.

    “Il « chevauche le tigre »“

    Ou bien il se fait dévorer par lui. Mais je sais que vous êtes prêt à prendre le risque, et de toute façon avez-vous le choix.

  5. Criticus

    « Vous avez lu dans cet article une critique de la jeunesse abandonnant les personnes âgées qui ne s’y trouve pas. »

    J’ai bien noté cela, n’ayez crainte. Mais ce débat est connexe et il me paraissait nécessaire de l’aborder. Le sort des vieux dans notre société conduit nécessairement à un questionnement de l’attitude de leurs successeurs, mais on voit rarement de remise en cause de ces gens qui se sont chauffés au feu de paille des « Trente Glorieuses » et s’étonnent à présent que les deux générations suivantes les abandonnent alors qu’ils ont déjà du mal à pouvoir fonder une famille.

    Quant au caractère inexorable de la vieillesse et de la mort, j’y pense chaque jour, sereinement. J’ai un fils, et j’aurai j’espère encore d’autres enfants. Si, quand je meurs, ils sont installés dans un coin où il sera raisonnable d’espérer pour eux et leurs enfants et petits-enfants de continuer ma lignée, je mourrai sans regret. Je ne crois pas en la vie après la mort, ou plutôt, je crois que la vie éternelle se fait par ses descendants. C’est une vision plus saine que celle du « salut » individuel, qui est, quand on y réfléchit, d’un égoïsme consommé. Comme le « salut » ne convainc plus (parce que la religion qui, en Occident, défend cette fadaise, n’inspire plus), nombre de vieux vivent dans l’angoisse de la mort. N’y aurait-il rien après ? Si, vos enfants et petits-enfants perpétueront vos gènes et votre culture. L’Église, en dépit de sa défense supposée de la « famille » (nucléaire, façon Boule & Bill), ne risque pas de leur dire ces mots libérateurs.

    Évidemment, pour que cet objectif se concrétise, il faudra, à terme, un regroupement (sur les ruines des États-Unis, à mon avis, mais je laisse cette question ouverte), une sécession territoriale, et la fondation d’un État capable de maintenir son caractère indo-européen.

    « Je vous invite d’ailleurs à me trouver un seul thigh gap dans l’art européen des origines à nos jours. […] A mon avis, si Kate Upton fait se lever quelque chose chez un homme, ce ne sera surement pas le petit doigt et encore moins le pinceau d’un peintre, ou la plume d’un poète.  »

    Je pourrais vous demander en quoi le modèle de la femme potelée tel qu’on le voit dans les portraits à Versailles aurait pu se retrouver dans l’Antiquité ou dans l’époque contemporaine.

    Il ne s’agit pas de dire que « tout est relatif » (Josiane Balasko serait moche à n’importe quelle époque), mais que cela évolue. Hayley Atwell, pour prendre un exemple plus « sage » que Kate Upton, a pu inspirer l’art. Elle jouait dans l’un des rares bons films récents de Woody Allen. Sa beauté « moderne » a largement élevé un film qui, sinon, aurait été un film correct, sans plus.

    « Vous confondez « mâle affirmé » et surhomme. Un mâle affirmé c’est un homme qui agit dans le monde et qui est content de pouvoir reconstituer ses forces chez lui, aux côtés de sa femme. A ce moment là il préfère un thon qui sait faire des tartes qu’une belle quiche qui ne fait que des nouilles. »

    Vu que ce thon transmettra ses gènes à ses enfants, j’en doute. Ce qui vaut, dans une moindre mesure, pour l’intelligence (l’intelligence est moins dispersée chez les femmes que chez les hommes, il y a donc moins de chances de mal tomber). Une « bonne mère », si c’est parce qu’elle compense un déficit de beauté et/ou d’intelligence, n’est pas exactement un modèle.

    « je ne vois pas bien ce que vous entendez par « elle en est le véhicule ». Pouvez-vous préciser ? »

    Elle exprime les tares de notre société, elle n’en est pas à l’origine. C’est ce que cela voulait dire.

    « J’avais déjà soulevé la question mais vous n’aviez pas réagit alors je retente ma chance. Explorer la surface martienne, mis à part l’exploit technologique, me paraît être aussi passionnant que de déambuler sur le parking d’un hypermarché un dimanche. Quant aux abysses, ça intéressera sans doute les amateurs de films d’épouvante…
Mais je me trompe peut être car je ne suis pas un spécialiste de ces deux univers. »

    Je ne me rappelle pas que vous m’aviez posé la question, mais si je ne vous ai pas répondu, j’en suis bien désolé. Terraformer (et non seulement explorer) Mars ou coloniser les abysses n’est pas juste un exploit technologique (ce qu’est, jusqu’à nouvel ordre, Apollo 11, vu que les programmes de conquête spatiale ont été abandonnés par la NASA), c’est simplement le destin de l’homme. D’abord les planètes du système solaire, puis celles d’autres systèmes stellaires, d’autres galaxies… Ça fait mytho comme ça mais les vies que nous avons, dans leurs côtés épanouissants, auraient semblé tout aussi impossibles à nos ancêtres, proches comme lointains. Imaginer la conquête de Mars n’est pas si irréaliste quand on sait le chemin déjà parcouru. Ceux qui sont blasés à cette idée rejoindront les cimetières de l’histoire. D’autres participeront à l’aventure. Cela n’arrivera pas de mon vivant, ni de celui de mon fils, mais cela arrivera un jour.

    « Mais je sais que vous êtes prêt à prendre le risque, et de toute façon avez vous le choix. »

    Oui, j’avais le choix, j’ai pris ce risque, et je ne le regrette pas, au contraire. J’aurais pu publier mon blog sous pseudo, trouver un emploi plan-plan dans la presse, mais l’ennui est pire que la marginalité. J’ai donc choisi la marginalité, parce qu’au moins, je ne m’ennuie jamais, ce qui était ma hantise après toutes ces années, de la maternelle au bac + 5, où je me suis fait chier comme un rat mort. Pour rien au monde je n’envie les gens qui mènent des vies schizophréniques, fermant toute la journée leur gueule au « boulot » (de plus en plus fictif, d’ailleurs…), pour le soir, au bistrot, dire que « ça va péter » (ce qu’ils ont, assurément, fait devant la machine à café).

  6. Aristarque

    Quelle diversité d’opinions à partir du ressenti devant une simple publicité ou Orange prêche pour sa future paroisse sans même savoir s’il existera encore dans 20 ans ?
    Perso, je note que Papi n’ est pas complètement dépassé par son environnement actuel pour être incapable d’ en imaginer la future évolution potentielle mais qui se fera sans lui pour cause de mort inéluctable…
    A mon humble avis, on peut envisager de terraformer Mars et apprécier la tarte aux pommes, non ? A moins de penser qu’être esprit supérieur vous libère des basses contingences matérielles, l’ un ne s’ oppose pas à l’ autre…
    Quant à gloser sur de prétendues capacités féminines à engendrer de futurs rejetons bien sous tous rapports, à partir de leurs canons physiques ou intellectuels de la période idoine, elle n’ est ni aimable ni charitable: sauf à être né par pure création ex nihilo de la dernière pluie, avez-connaissance exacte de chaque génératrice vous précédant pour être aussi tranché? Et comme les messieurs y interviennent pour 50% de la mise, n’ y aurait-il jamais le moindre souci sous ce rapport ?

  7. Criticus

    « on peut envisager de terraformer Mars et apprécier la tarte aux pommes, non ? »

    Si, tout à fait, et j’espère que les Européens continueront non seulement à apprécier les saveurs qu’ils ont connues, mais aussi à en inventer de nouvelles, comme ils ont su le faire en revenant des Amériques. Le chocolat, la tomate, la pomme de terre, le maïs, la dinde en sont issus, mais ce sont les Européens qui, par leur soif d’innovation, les ont fait accéder à un degré de raffinement impensable jusqu’alors. Difficile d’imaginer la cuisine méditerranéenne sans la tomate, alors qu’il s’agissait au départ d’un fruit toxique. Idem pour le xocoatl en Suisse.

    Nous devons conserver et transmettre, mais nous devons surtout créer. C’est ce qui me gêne dans le discours conservateur et réactionnaire (note : je n’ai pas dit que c’était présent dans cet article, mais il me semblait nécessaire d’aborder ce sujet), c’est un discours de gardien de musée, or, l’Europe, ce n’est pas la répétition sans fin, mais la transgression permanente.

    Ulysse n’est pas Ulysse sans Ithaque, mais il n’est pas pleinement lui-même sans la conquête.

    « Et comme les messieurs y interviennent pour 50% de la mise, n’ y aurait-il jamais le moindre souci sous ce rapport ? »

    Si, sauf que les femmes sont plus honnêtes au sujet de ce qu’elles préfèrent chez les hommes.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s