Archives mensuelles : octobre 2013

Charité et Immigration

Mending_the_nets_BY_Winslow_HomerLes déclarations du pape François qui ont fait suite au drame de Lampedusa conduisent à se poser la question suivante : est-on condamné en tant que catholique à ouvrir grand les portes de l’Europe aux migrants du tiers-monde ?
Certains diront que François est à côté de la plaque, voilà tout, mais ils se verront rétorquer par d’autres que l’exigence de charité et d’amour du prochain, centrale dans le christianisme, ne peut que conduire à la défense d’une ouverture totale des frontières aux miséreux.

Qu’est-ce que la charité ?

Pour répondre à la question que suscite les mots du pape, il convient de s’interroger sur ce qu’est la charité. On parle d’amour a tort et à travers, mais qui s’est demandé ce dont-il s’agit vraiment ?
De la charité on peut proposer la définition suivante : c’est le souci du bien de… Il s’agit à la fois d’une tournure d’esprit et d’une attitude active. Le ou les objets de la charité d’un homme peuvent être ses enfants, son épou(x)(se), sa famille, son prochain en général, son peuple, sa race, l’humanité,…
A ce stade on n’est que modérément avancé, car pour déterminer ce qu’exige concrètement la charité – et notamment savoir si elle requiert ou non de se laisser envahir par les africains ­­­– il s’agirait de savoir ce qu’est « le bien » que la charité vise à réaliser, et surtout comment y parvenir ce qui est un autre problème. La réponse n’est pas simple. C’est même probablement l’un des problèmes les plus vaste et les plus complexe sur lequel l’homme puisse réfléchir. Aimer son enfant, c’est vouloir son bien, mais qu’est-ce qui est bien pour un enfant ? Faut-il lui donner une éducation asexuée pour qu’il puisse choisir lui même son sexe plus tard ? Combien de bonbons et de tours de manège doit-on lui offrir chaque mois ? Est-il préférable de lui donner, en collaboration avec madame, des frères et sœurs ou de le laisser enfant unique de façon à pouvoir le couvrir de cadeaux hors de prix ? A ces interrogations un peu caricaturale s’ajoutent d’innombrables autres questions, beaucoup plus délicates, auxquelles les parents doivent apporter une réponse. Et il ne s’agit là que d’enfants. Comment faire le bien de mon père, de ma mère, de mes frères et sœurs, de mes amis, de mes ennemis ? Quelles voies conduisent au bien d’une communauté, telle qu’une paroisse, un village, un peuple, un royaume ? Comment faire le bien dans sa profession que l’on soit artisan, employé ou cadre dirigeant ? Lorsque l’on a l’exercice du pouvoir politique, où se situe le bien en matière énergétique, militaire, économique ? Et enfin comment réaliser le bien dans le cadre d’une politique migratoire ? La charité exige du chrétien qu’il obtienne une réponse à cette question et qu’il mette en œuvre les moyens de parvenir au bien en ce domaine.

Un boulanger ne répare pas les chaussures

Une première mise au point s’impose. Les idées égalitaires et démocratiques sont si implantées dans les esprits qu’il faut rappeler ce qui devrait être une évidence : déterminer ce qu’est le bien et comment l’atteindre n’est pas une activité destinée à n’importe qui. Comme à toute autre époque, il y a en ce moment un petit nombre de personnes qui pensent et voient juste. A la différence de toutes les autres époques, cette petite minorité est aujourd’hui noyée sous les opinions d’innombrables individus, qui croient penser mais ne comprennent rien du tout. Il est grand temps que ces gens-là retournent se consacrer aux activités qui sont les leurs. En d’autres termes, qu’ils imitent à leur façon le cordonnier du moyen âge qui faisait de bonnes chaussures, mais ne se mêlait point des affaires du royaume ou de questions théologiques. Le boulanger qui fait son pain soigneusement et n’affiche pas de prétention dans les autres domaines, possède une dignité que perd celui qui étale ses vues à tout sujet.
Ce n’est pas la charité en elle-même qui pose problème, mais la définition démocratique de son contenu.
« Il faut accueillir dignement les migrants qui viennent chercher une vie meilleure en Europe, car le Christ nous l’a ordonné en disant : “Aimez vous les uns les autres.“ ». Lorsqu’un catholique dit cela, il croit savoir comment parvenir au bien de l’immigré et de l’autochtone et donc comment les aimer. Mais il se trompe car il se fie à son propre sentiment, à celui des masses qui l’entourent et aux idées d’autres personnes qui se fourvoient, dont certaines sont en position d’autorité, dans l’Eglise ou ailleurs. C’est le paradigme démocratique qui le conduit à accorder du crédit à n’importe qui et notamment à lui même. Il faut rendre justice à l’Eglise catholique qui a longtemps été lucide en ce qui concerne la démocratie.

Nier l’existence du mal conduit à un mal plus grand

Un préalable pour déterminer où se situe le bien et comment le réaliser, dans quelque domaine que ce soit, est de reconnaître l’existence du péché originel. Tout homme est marqué par le péché. Par conséquent le mal est présent dans le monde. Nous sommes tous appelés à éviter d’en être la source, à nous engager au contraire sur un chemin de sainteté et à le suivre sans relâche. Une vision du monde expurgée de tout mal ne peut voir le jour que dans l’esprit de celui qui se prétend sans péché. Il faut donc se méfier comme de la peste de ceux qui en appelle à un monde sans souffrance : ce sont des orgueilleux, aveugles à leur propre part d’ombre. Quoiqu’il arrive, donc, le mal est présent dans le monde. Par conséquent, le paradis terrestre n’est pas une option. Il faut choisir le moindre mal. Les solutions soit disant idéales ne peuvent que conduire à des maux bien plus grands que ceux qu’elles auront permis d’éviter temporairement.

Une question de perspective

La question de l’immigration peut être envisagée de trois façons différentes :

  • En faisant abstraction de tous ses effets secondaires;
  • En prenant en compte ses effets secondaires à moyen termes (quelques années, voire décennies);
  • En considérant ses effets secondaires à long terme (plusieurs décennies).

Dans tous les cas, la problématiques est la suivante : un immigré issu du tiers-monde se présente aux portes de l’Europe. La première option consiste à briser instantanément ses espoirs de vie meilleure et à le renvoyer immédiatement d’où il vient. La seconde option peut être perçue de diverses manières en fonction de la perspective adoptée.

Si l’on fait abstraction de tous les effets secondaires liés à l’accueil de ce migrant (et de tous les autres comme lui), l’alternative au rejet à la mer du gaillard consiste à lui offrir un toit, de quoi se nourrir et une carte vitale, ça s’arrête là. Tout cela se fait aux frais du contribuable, certes, mais il peut se le permettre. Selon cette vision, seul un beau salopard pourrait refuser d’accueillir le migrant. La charité impose l’accueil.

En cas de prise en compte des effets secondaires à moyen terme, on sait que, si on ne fait pas remonter le nouvel arrivant dans sa barcasse, il s’agit de lui fournir un logis, un garde-manger et des soins, mais aussi d’accepter qu’un peu plus tard les immigrés pèsent lourd financièrement sur la France et les français, que la criminalité augmente (ce qui signifie concrètement la mort pour certains et le viol pour d’autres) et plus généralement que le sentiment de cohésion national s’effrite et que l’atmosphère se dégrade. Ceci pris en compte, l’idée de renvoyer l’aspirant immigré chez lui devient parfaitement défendable.
Mais certains préconiseront malgré tout l’accueil du migrant plutôt que sa condamnation à braver les périls et les souffrances d’un retour à la case départ. La prise en considération des conséquences à moyen terme de l’immigration rend difficile la détermination de l’attitude charitable.

Considérons à présent les effets secondaires à long terme. Ils tiennent en deux mots : guerre civile. Cette fois on réalise, que ne pas s’opposer à l’entrée du migrant, signifie que quelques décennies plus tard le pays sera déchiré par la guerre civile. Les dégâts et le nombre de victimes d’un tel désastre sont impossibles à chiffrer mais potentiellement considérables. Il n’y a plus l’ombre d’un doute, on ne voit pas en quoi la défense de politiques migratoires conduisant les descendants de tous à s’entre-tuer, auraient quoi que ce soit de charitable.
La lucidité sur les conséquences à long terme de l’immigration fait apparaître que la charité, non seulement permet de refuser l’entrée en Europe au migrant, mais surtout oblige à le faire avec la plus extrême fermeté.

Bien entendu, parmi ces trois visions qui ont été présentées comme trois façons possibles d’envisager l’immigration, une seule est valable, la troisième. Les deux autres sont tronquées, elles sont l’œuvre de personnes à courte vue.

Conclusion

En dépit de ce que pensent nombre de gens, aussi bien chrétiens qu’ennemis de l’Eglise, la charité n’impose pas d’ouvrir nos frontières à l’immigration. Elle exige au contraire de la refuser catégoriquement. C’est tout du moins vrai si l’on comprend la charité comme le « souci du bien de… » et que l’on reconnait que dans un monde déchu, le bien c’est le moindre mal.
Si tant de gens se font une fausse conception de ce que commande l’amour du prochain, c’est que la détermination des voies menant au bien est des plus difficiles. L’homme moyen est tout à fait enclin à reconnaître son incompétence en matière de mécanique automobile, ce qui le conduit à déléguer l’entretien de sa voiture à un professionnel. En revanche, bercé par les mensonges égalitaires de la démocratie, il s’estime autant capable qu’un autre de savoir ce qui est bon pour la France en matière de défense, d’industrie, de modèle familial, d’alliances internationales, etc. Il se trompe. Le paradigme démocratique « libère » de toute humilité et pousse les gens à prendre au sérieux leurs propres idées.
Croire que débarrasser le monde du mal est une simple affaire de volonté conduit à se fourvoyer en matière d’immigration. Ainsi, comme le rejet de l’immigré est un mal, il faut l’accueillir. Ce que beaucoup ne voient pas, c’est que cet évitement du mal, aussi satisfaisant soit-il sur le moment, se fait à crédit. Le créancier est patient. A mesure que nous lui empruntons son pouvoir s’accroit. Ses taux d’intérêts sont diaboliques, un jour il va falloir payer et face au potentiel destructeur que nous lui avons nous même donné, les bonnes intentions ne suffiront pas.

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Le dimanche et l’indifférenciation du temps et de l’espace

ACDC

Paysage campagnard vu depuis la fenêtre du TGV

Julien est un jeune cadre dynamique parisien qui doit se rendre à Lyon en TGV. Il est 7 heures du matin, il descend les escaliers de l’immeuble du 9ème arrondissement dans lequel se trouve son studio. Plutôt que de profiter d’une dernière minute de calme avant de s’engouffrer dans un Paris déjà bien animé, il écoute AC/DC à fond sur son iPod. La concierge le salue, il n’entend rien, passe la porte d’entrée et se met à dévaler le trottoir vers la gare Saint-Lazare. La chaussée est humide, le camion de nettoyage le précède de 20 mètres, les éboueurs s’entre-interpellent et les klaxons jouent leur rôle de défouloir. Mais pour notre voyageur pressé, rien de tout cela n’existe. Son environnement sonore se résume au hard-rock que crache ses écouteurs. Voilà Julien arrivé à la station de métro. « Si vo plé, jé besoin argent pour mangé ». Un arménien joue de l’accordéon. Le claquement des talons aiguilles des jeunes louves en partance pour la Défense résonne dans les tunnels. Le bruit de la soufflerie est régulièrement couvert par celui d’une rame qui entre en gare quelques mètres plus bas. Mais cette description, Julien serait bien incapable de la faire, car son attention auditive est accaparée par un live de Highway to hell. Il finit par prendre place à bord du métropolitain. Pendant le voyage, un barbu hirsute et manifestement bien imbibé, se lance dans un monologue sans queue ni tête. Deux fatmas font montre de leur amour pour la langue de Molière, en braillant, Allah sait quoi, en arabe. Simultanément, Mamadou entretient une conversation téléphonique animée avec son cousin. Mais pour notre jeune cadre, seul les riffs de Back in Black comptent à ce moment là. A la gare de Lyon, malgré une attente de plus d’une demi-heure, ni les coups de sifflets des contrôleurs, ni le crissement des freins des locomotives, ni le brouhaha général, ne peuvent percer la carapace de heavy métal qui isole Julien du monde extérieur. Plus tard, dans le TGV, les chahuts d’enfants et les annonces de retard pour « raisons indéterminées » ne font pas non plus partie de sa réalité. Une fois à Lyon, des expériences aussi diverses que la traversée du Rhône, puis de la Saône, de la place Bellecour et du vieux Lyon, sont défigurées, égalisées, nivelées par le bulldozer sonore AC/DC.

Pour les nombreux Julien que comptent la France, le temps et l’espace n’existent plus comme des infinis à l’étendue et à la diversité incommensurable, mais sont devenus aussi 
limités et répétitifs qu’une playlist. A chaque instant et en tout lieu, Julien est avant tout dans sa bulle musicale, le reste est plus que secondaire, inexistant. Cette bulle est la même qu’il soit assis dans son appartement, qu’il déambule sur les boulevards à une heure de pointe, qu’il traverse la France en train, ou qu’il passe ses vacances dans une ferme du XVIe siècle.

L’indifférenciation du temps et de l’espace, qu’illustre l’histoire de Julien, est déjà allée très loin sous les effets conjugués de la technologie et de l’idéologie. L’aplanissement du dimanche n’est qu’une étape de plus sur ce chemin. Elle n’aura pas simplement pour conséquence de changer le visage de la semaine. C’est à la disparition pure et simple de celle-ci que va conduire la normalisation du 7ème jour. Ce travail d’élimination des spécificités, des distinctions, des nuances, des frontières, qu’elles soient spatiales ou temporelles, revient à transformer une symphonie de Mozart en sonnerie pour Nokia 3310.

N’en déplaise à ceux qui ne se sentent exister qu’à travers l’acte d’achat, le dimanche est et restera le jour où l’on coupe la musique, où l’on sort de la matrice appelée semaine. Il est et sera toujours le relief qui fait exister la plaine.

On dit qu’un électrocardiogramme vaut milles mots, alors je vous laisse méditer celui-ci :

Avec_&_Sans_Small