Charité et Immigration

Mending_the_nets_BY_Winslow_HomerLes déclarations du pape François qui ont fait suite au drame de Lampedusa conduisent à se poser la question suivante : est-on condamné en tant que catholique à ouvrir grand les portes de l’Europe aux migrants du tiers-monde ?
Certains diront que François est à côté de la plaque, voilà tout, mais ils se verront rétorquer par d’autres que l’exigence de charité et d’amour du prochain, centrale dans le christianisme, ne peut que conduire à la défense d’une ouverture totale des frontières aux miséreux.

Qu’est-ce que la charité ?

Pour répondre à la question que suscite les mots du pape, il convient de s’interroger sur ce qu’est la charité. On parle d’amour a tort et à travers, mais qui s’est demandé ce dont-il s’agit vraiment ?
De la charité on peut proposer la définition suivante : c’est le souci du bien de… Il s’agit à la fois d’une tournure d’esprit et d’une attitude active. Le ou les objets de la charité d’un homme peuvent être ses enfants, son épou(x)(se), sa famille, son prochain en général, son peuple, sa race, l’humanité,…
A ce stade on n’est que modérément avancé, car pour déterminer ce qu’exige concrètement la charité – et notamment savoir si elle requiert ou non de se laisser envahir par les africains ­­­– il s’agirait de savoir ce qu’est « le bien » que la charité vise à réaliser, et surtout comment y parvenir ce qui est un autre problème. La réponse n’est pas simple. C’est même probablement l’un des problèmes les plus vaste et les plus complexe sur lequel l’homme puisse réfléchir. Aimer son enfant, c’est vouloir son bien, mais qu’est-ce qui est bien pour un enfant ? Faut-il lui donner une éducation asexuée pour qu’il puisse choisir lui même son sexe plus tard ? Combien de bonbons et de tours de manège doit-on lui offrir chaque mois ? Est-il préférable de lui donner, en collaboration avec madame, des frères et sœurs ou de le laisser enfant unique de façon à pouvoir le couvrir de cadeaux hors de prix ? A ces interrogations un peu caricaturale s’ajoutent d’innombrables autres questions, beaucoup plus délicates, auxquelles les parents doivent apporter une réponse. Et il ne s’agit là que d’enfants. Comment faire le bien de mon père, de ma mère, de mes frères et sœurs, de mes amis, de mes ennemis ? Quelles voies conduisent au bien d’une communauté, telle qu’une paroisse, un village, un peuple, un royaume ? Comment faire le bien dans sa profession que l’on soit artisan, employé ou cadre dirigeant ? Lorsque l’on a l’exercice du pouvoir politique, où se situe le bien en matière énergétique, militaire, économique ? Et enfin comment réaliser le bien dans le cadre d’une politique migratoire ? La charité exige du chrétien qu’il obtienne une réponse à cette question et qu’il mette en œuvre les moyens de parvenir au bien en ce domaine.

Un boulanger ne répare pas les chaussures

Une première mise au point s’impose. Les idées égalitaires et démocratiques sont si implantées dans les esprits qu’il faut rappeler ce qui devrait être une évidence : déterminer ce qu’est le bien et comment l’atteindre n’est pas une activité destinée à n’importe qui. Comme à toute autre époque, il y a en ce moment un petit nombre de personnes qui pensent et voient juste. A la différence de toutes les autres époques, cette petite minorité est aujourd’hui noyée sous les opinions d’innombrables individus, qui croient penser mais ne comprennent rien du tout. Il est grand temps que ces gens-là retournent se consacrer aux activités qui sont les leurs. En d’autres termes, qu’ils imitent à leur façon le cordonnier du moyen âge qui faisait de bonnes chaussures, mais ne se mêlait point des affaires du royaume ou de questions théologiques. Le boulanger qui fait son pain soigneusement et n’affiche pas de prétention dans les autres domaines, possède une dignité que perd celui qui étale ses vues à tout sujet.
Ce n’est pas la charité en elle-même qui pose problème, mais la définition démocratique de son contenu.
« Il faut accueillir dignement les migrants qui viennent chercher une vie meilleure en Europe, car le Christ nous l’a ordonné en disant : “Aimez vous les uns les autres.“ ». Lorsqu’un catholique dit cela, il croit savoir comment parvenir au bien de l’immigré et de l’autochtone et donc comment les aimer. Mais il se trompe car il se fie à son propre sentiment, à celui des masses qui l’entourent et aux idées d’autres personnes qui se fourvoient, dont certaines sont en position d’autorité, dans l’Eglise ou ailleurs. C’est le paradigme démocratique qui le conduit à accorder du crédit à n’importe qui et notamment à lui même. Il faut rendre justice à l’Eglise catholique qui a longtemps été lucide en ce qui concerne la démocratie.

Nier l’existence du mal conduit à un mal plus grand

Un préalable pour déterminer où se situe le bien et comment le réaliser, dans quelque domaine que ce soit, est de reconnaître l’existence du péché originel. Tout homme est marqué par le péché. Par conséquent le mal est présent dans le monde. Nous sommes tous appelés à éviter d’en être la source, à nous engager au contraire sur un chemin de sainteté et à le suivre sans relâche. Une vision du monde expurgée de tout mal ne peut voir le jour que dans l’esprit de celui qui se prétend sans péché. Il faut donc se méfier comme de la peste de ceux qui en appelle à un monde sans souffrance : ce sont des orgueilleux, aveugles à leur propre part d’ombre. Quoiqu’il arrive, donc, le mal est présent dans le monde. Par conséquent, le paradis terrestre n’est pas une option. Il faut choisir le moindre mal. Les solutions soit disant idéales ne peuvent que conduire à des maux bien plus grands que ceux qu’elles auront permis d’éviter temporairement.

Une question de perspective

La question de l’immigration peut être envisagée de trois façons différentes :

  • En faisant abstraction de tous ses effets secondaires;
  • En prenant en compte ses effets secondaires à moyen termes (quelques années, voire décennies);
  • En considérant ses effets secondaires à long terme (plusieurs décennies).

Dans tous les cas, la problématiques est la suivante : un immigré issu du tiers-monde se présente aux portes de l’Europe. La première option consiste à briser instantanément ses espoirs de vie meilleure et à le renvoyer immédiatement d’où il vient. La seconde option peut être perçue de diverses manières en fonction de la perspective adoptée.

Si l’on fait abstraction de tous les effets secondaires liés à l’accueil de ce migrant (et de tous les autres comme lui), l’alternative au rejet à la mer du gaillard consiste à lui offrir un toit, de quoi se nourrir et une carte vitale, ça s’arrête là. Tout cela se fait aux frais du contribuable, certes, mais il peut se le permettre. Selon cette vision, seul un beau salopard pourrait refuser d’accueillir le migrant. La charité impose l’accueil.

En cas de prise en compte des effets secondaires à moyen terme, on sait que, si on ne fait pas remonter le nouvel arrivant dans sa barcasse, il s’agit de lui fournir un logis, un garde-manger et des soins, mais aussi d’accepter qu’un peu plus tard les immigrés pèsent lourd financièrement sur la France et les français, que la criminalité augmente (ce qui signifie concrètement la mort pour certains et le viol pour d’autres) et plus généralement que le sentiment de cohésion national s’effrite et que l’atmosphère se dégrade. Ceci pris en compte, l’idée de renvoyer l’aspirant immigré chez lui devient parfaitement défendable.
Mais certains préconiseront malgré tout l’accueil du migrant plutôt que sa condamnation à braver les périls et les souffrances d’un retour à la case départ. La prise en considération des conséquences à moyen terme de l’immigration rend difficile la détermination de l’attitude charitable.

Considérons à présent les effets secondaires à long terme. Ils tiennent en deux mots : guerre civile. Cette fois on réalise, que ne pas s’opposer à l’entrée du migrant, signifie que quelques décennies plus tard le pays sera déchiré par la guerre civile. Les dégâts et le nombre de victimes d’un tel désastre sont impossibles à chiffrer mais potentiellement considérables. Il n’y a plus l’ombre d’un doute, on ne voit pas en quoi la défense de politiques migratoires conduisant les descendants de tous à s’entre-tuer, auraient quoi que ce soit de charitable.
La lucidité sur les conséquences à long terme de l’immigration fait apparaître que la charité, non seulement permet de refuser l’entrée en Europe au migrant, mais surtout oblige à le faire avec la plus extrême fermeté.

Bien entendu, parmi ces trois visions qui ont été présentées comme trois façons possibles d’envisager l’immigration, une seule est valable, la troisième. Les deux autres sont tronquées, elles sont l’œuvre de personnes à courte vue.

Conclusion

En dépit de ce que pensent nombre de gens, aussi bien chrétiens qu’ennemis de l’Eglise, la charité n’impose pas d’ouvrir nos frontières à l’immigration. Elle exige au contraire de la refuser catégoriquement. C’est tout du moins vrai si l’on comprend la charité comme le « souci du bien de… » et que l’on reconnait que dans un monde déchu, le bien c’est le moindre mal.
Si tant de gens se font une fausse conception de ce que commande l’amour du prochain, c’est que la détermination des voies menant au bien est des plus difficiles. L’homme moyen est tout à fait enclin à reconnaître son incompétence en matière de mécanique automobile, ce qui le conduit à déléguer l’entretien de sa voiture à un professionnel. En revanche, bercé par les mensonges égalitaires de la démocratie, il s’estime autant capable qu’un autre de savoir ce qui est bon pour la France en matière de défense, d’industrie, de modèle familial, d’alliances internationales, etc. Il se trompe. Le paradigme démocratique « libère » de toute humilité et pousse les gens à prendre au sérieux leurs propres idées.
Croire que débarrasser le monde du mal est une simple affaire de volonté conduit à se fourvoyer en matière d’immigration. Ainsi, comme le rejet de l’immigré est un mal, il faut l’accueillir. Ce que beaucoup ne voient pas, c’est que cet évitement du mal, aussi satisfaisant soit-il sur le moment, se fait à crédit. Le créancier est patient. A mesure que nous lui empruntons son pouvoir s’accroit. Ses taux d’intérêts sont diaboliques, un jour il va falloir payer et face au potentiel destructeur que nous lui avons nous même donné, les bonnes intentions ne suffiront pas.

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64 réflexions au sujet de « Charité et Immigration »

  1. Roman Bernard

    « c’est plus compliqué que ça »

    Qu’est-ce qui est plus compliqué que ça ? Vous utilisez un langage scientiste pour décrire quelque chose qui requiert un acte de foi. Ça ne colle pas, désolé. Vous ne pouvez pas décrire votre foi comme une « vérité » et ensuite battre en retraite quand on vous demande de la démontrer. Croire n’est pas savoir.

    « cette histoire de déduction me semble grotesque »

    Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le terme que vous utilisez pour la qualifier, mais le cheminement qui vous conduit à penser cela.

    C’est un peu comme quand j’expose un long raisonnement et qu’on m’objecte : « je ne suis pas d’accord avec toi ». Pas d’accord… d’accord, mais en quoi ? C’est ça qui m’intéresse.

    « Rejeter vos déductions d’impôt, ce n’est pas souhaiter que continue la redistribution étatique automatique. »

    Je l’ai déjà expliqué longuement, je l’expliquerai brièvement ici : si vous donnez l’égalité des droits aux hommes, vous aurez des masses de manœuvre menées par des démagogues pour obtenir l’égalité de fait. Le suffrage universel (et même censitaire d’ailleurs, qui ne repose que sur un critère économique largement insuffisant) en a donné l’exemple.

    Les droits doivent être inégaux pour qu’une hiérarchie sociale saine tienne. Là ce que nous avons, c’est une élite composée de manipulateurs des masses égalisées : médias, banques, publicitaires, démagogues politiques, etc.

    « Je pointais du doigt le risque qu’il y aurait à se replonger aussitôt dans une fuite en avant irréfléchie, alors que c’est précisément à cause d’un tel comportement qu’on est au fond du trou. »

    Oui, il faut garder les racines en terre pour que les branches puissent pousser vers les étoiles.

    Mais je ne pense pas que ce soit à cause de son hubris que l’Occident est au fond du trou, je pense au contraire que, depuis l’humanisme, il est engagé vers la pacification universelle et perpétuelle, qui implique la mort de toute aventure, toute création, toute vie digne d’être vécue.

  2. Roman Bernard

    Concernant les jeux vidéos, aviez-vous lu cet article du regretté « Bal des Dégueulasses » ?

    21.05.2008
    Les gamers. (merci Xyr)
    Il y a des catégories de ratés, de loosers, qui me sont foncièrement sympathiques. Deux supercatégories en général :
    – les gens qui gâchent la fête, qui incarnent l’intrusion du réel hideux dans le programme thanatolâtrique du festivisme. Par exemple, les supporters du PSG et leur banderole à la con. Ou les casseurs dans les manifs lycéennes qui savatent les manifestants en criant « sale blanc! »
    – tous ceux qui, vivant leur vie, se font dégueuler dessus des torrents de moraline par les batards du couple incestueux libéralisme/totalitarisme hygiénique.

    Dans cette deuxième catégorie, je met assurément, définitivement, les gamers*. Oui, je le dis clairement, un étudiant décérébré qui passe sa journée sur World of Warcraft m’est infiniment plus sympathique qu’un imbécile major de promo de Sciences-Po, qui finira vieux à 25 ans, au bureau national du Parti socialiste.

    Le gamer. Il vit dans un monde virtuel. Quel criminel. Il donne 15€ par mois à un prestataire de services pour ne pas avoir à les dépenser dans un supermarché ignoble peuplé de zombies faméliques qui pleurent leur pouvoir d’achat évanoui. Je serais le premier à juger de haut ces déserteurs du réel, si j’étais capable de trouver une seule once de réalité dans le monde qui est sous mes yeux. Il suffit que j’écoute 5 minutes un discours politique, où se mêlent le mensonge, la mauvaise foi et le massacre du sens, pour que j’ai envie de rejoindre la Matrice. Je préfère voir un ado tuer des gobelins et des démons, que de le voir écouter Nadine Morano en se disant « ma foi, cette femme de droite a du coeur, elle est moderne ».

    Comment en vouloir à ces jeunes? Sérieusement? Au virtuel qui pue la pisse, où le Standardführer de la HALDE veut envoyer inopinément sa gestapo dans les entreprises vérifier l’absence de discriminations (et pourquoi pas l’absence de consentement à l’horrible ou d’insinuation de doute poison de l’esprit?), où des illettrés réussissent leurs examens en licence de lettres, où absolument plus rien n’a de sens ni de but, ces affreux pisse-froids choisissent des épopées en technicolor délavé, incarnent tant bien que mal des chevaliers, des guerriers, bref, tous ces trucs virils bannis de la réalité depuis 3 siècles. Ils préfèrent un monde virtuel mais vivable, normé, à cette ignoble réalité anomique et totalitaire.

    Dans ce fameux World of Warcraft, ce qui est cultivé est forcément fachisteuh : la cohésion du groupe, la responsabilité d’un seul dans sa survie. Et du point de vue scénaristique, un monde ancien, un Moyen Âge permanent sans Inquisition, sans pogroms mais apaisé, épuré. Ce Moyen-Âge qui fait rêver tous les gosses quand on leur parle des châteaux forts. Mais le Moyen Âge ne peut pas plaire. C’est une période de ténèbres©. On ne peut pas, on ne doit pas le regretter. On ne doit pas s’y projetter. Même le temps d’un jeu. Notons aussi l’écrasante sur-représentation masculine dans ces jeux, qui a deux significations détestables : primo, elle rappelle aux sociologues subventionnés que les garçons et les filles ont des intérêts qui différent toujours, malgré la chimiothérapie indifférenciante. Et secundo, que les jeunes hommes cherchent désespérément des moyens de substitution pour exprimer leurs sentiments virils…

    Normal qu’ils finissent réacs, ces gamers. La « réalité », ce n’est qu’une hallucination consensuelle, y revenir est à chaque fois une peine, une corvée. La réalité a été détruite depuis des années. La génération des gamers a été traînée dans la rue pour faire réélire Chirac. Ils l’emmerdent, la réalité. Ils l’emmerdent, elle, ses donneurs de leçons, ses flics, ses services d’hygiène intime, ses idéologues, ses approuveurs professionnels. Tout ce qu’ils veulent, ces gamers, c’est débarasser leur cerveau de tous les stimuli venant d’un monde qui a perdu toute signification, toute finalité. Et donc tout intérêt. Ils ont choisi la solution abêtissante et ludique, bien leur en fasse. Si, au lieu de jouer à World of Warcraft, ils lisaient des romans, ils seraient tous internés pour crise de bovarysme aigüe. De tous temps les gens ont fuit la réalité, surtout quand celle-ci ne cadrait pas avec les valeurs qu’elle martelait. Bref quand elle n’était pas très réelle.

    Je radote. Mais je préfèrerais toujours un « gamer » incarnant un chevalier, qu’un abruti n’incarnant rien, et ne rêvant que de nouvelles lois pour encadrer la vie intime de chacun. Le premier n’est qu’à quelques pas de devenir un misanthrope bien réac (lisant le BDD entre deux raids sur je ne sais quel boss). Le second est perdu, et s’acharnera jusqu’à ce que le monde ressemble à ses cauchemars stériles.

    Ce n’est pas le gamer qui est le plus aliéné, mais le lecteur de Libé qui enrichit chaque jour un peu plus Rotschild pour se faire laver le cerveau et pour gober tout ce qu’un siècle amoureux de lui-même peut pondre…

    * Il est à noter que la presse de gauche est experte pour publier des articles malhonnêtes et bidons sur l’addiction aux jeux vidéos, sur les dangers du virtuel, etc. Entre la réacosphère et les joueurs de World of Warcraft, on a donc ce point commun fabuleux : vouloir échapper à la laideur du monde moderne, et écoper pour ça d’un blâme de la part des mâtons de Panurge. Gamers et réacs-du-web, même combat : on emmerde Libé et tout ce que cette feuille de chou libérale-libertaire représente.

  3. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    « Pourquoi ne pas admettre que savoir et foi sont distincts ? »

    Ils ne sont pas distincts dans le sens où il n’y aurait aucun lien entre les deux. Par exemple, la foi éclaire ce qui relève du savoir.

    « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le terme que vous utilisez pour la qualifier, mais le cheminement qui vous conduit à penser cela. »

    Ok, je vais vous montrer le chemin.

    « Bonjour. Je vous amène cette jeune femme pour savoir si l’épouser me donnerait droit à des réductions d’impôt.
    – Bien. Attendez-nous là, je l’emmène faire les tests. Nous serons de retour dans dix minutes.
    – Ce n’est pas censé durer une demi-heure normalement ?
    – Initialement oui, mais notre budget a été revu à la baisse, alors vous comprenez… Mais ne vous inquiétez pas, nous passons toujours en revu l’ensemble des critères.
    – D’accord. A tout de suite, chérie »

    Dix minutes s’écoulent.

    « Alors ?
    – Je n’ai pas que des bonnes nouvelles à vous annoncer monsieur. Tout d’abord, lors de notre test, le QI de cette femme que vous convoitez n’a pas dépassé cent vingt-trois points. En l’épousant vous passeriez donc à côté du bonus de sept cents euros qui n’est accessible qu’à partir d’un score de cent vingt-cinq. Par ailleurs, vu la forme du menton et la taille des oreilles de l’élue de votre cœur, si j’en crois mon pied à coulisse, son nez est trop long de deux millimètres. Vous ne pourrez donc pas prétendre à une déduction de catégorie B.
    – N’y a-t-il vraiment rien que l’on puisse faire ?
    – Si bien sûr. Choisissez une autre femme… Ou sinon, si vous êtes bricoleur, achetez une lime et rabotez un peu le nez de celle-ci. »

    « Les droits doivent être inégaux pour qu’une hiérarchie sociale saine tienne. »

    Vous pouvez instaurer des droits inégaux autant que vous voulez, ça ne fera pas avaler la pilule de n’importe quelle hiérarchie dans n’importe quel contexte à un peuple. Ce ne sont pas les droits inégaux qui donne sa légitimité à une hiérarchie, c’est la légitimité d’une hiérarchie (plus précisément le fait qu’elle soit perçue comme telle par la masse) qui conduit à l’acceptation des droits inégaux. En somme, il faut que les gens admirent leurs chefs pour leurs qualités et les aiment pour les bienfaits qu’ils produisent, pour qu’ils acceptent l’inégalité formelle. Cela suppose que les droits « élargis » ne soient pas attribués à n’importe qui, n’importe comment. En fait, je ne suis même pas sûr qu’il faille les attribuer.

    « Mais je ne pense pas que ce soit à cause de son hubris que l’Occident est au fond du trou, je pense au contraire que, depuis l’humanisme, il est engagé vers la pacification universelle et perpétuelle, qui implique la mort de toute aventure, toute création, toute vie digne d’être vécue. »

    Quand je vous lis, j’ai souvent l’impression que vous faites comme si les attraits de l’American way of life n’existaient pas. Un pavillon moderne avec jardin et arrosage automatique, une piscine, une « belle » voiture,… Ces choses là exercent une forte attraction sur un grand nombre de gens. Je comprends très bien pourquoi, notamment parce que ce sont des choses qui m’ont moi même tenté pendant un temps. Sous la pression de circonstances particulières, je les ai mises en perspective et j’ai réalisé que c’était de la merde (pardonnez-moi la grossièreté du langage). Néanmoins, encore aujourd’hui, je regrette parfois fugacement de na pas être un zombie qui ne vit que pour boire du coca, s’acheter des bagnoles et se faire installer une cuisine américaine. Ces gens là ont la vie facile d’une certaine façon, c’est pourquoi il peut m’arriver de vouloir être à leur place. Heureusement c’est toujours très bref (de l’ordre de cinq secondes).
    Mais vous, vous me donnez l’impression de ne pas prendre en compte l’attrait du lifestyle individualiste et consumériste. C’est de la merde, oui, mais de la merde attrayante et j’ai le sentiment que vous occultez cet aspect. C’est peut être lié au fait que vous n’avez jamais expérimenté de tentation en rapport avec ce mode de vie, mais ça me paraît peu probable… Dites-moi si je me trompe.

  4. Roman Bernard

    « Ils ne sont pas distincts dans le sens où il n’y aurait aucun lien entre les deux. »

    Distinct ne veut pas dire sans lien. Il peut y avoir un lien entre foi et savoir (c’est d’ailleurs le principe de la théologie), mais celui-ci n’est pas forcé. Et les deux étant distincts, utiliser un vocabulaire scientiste pour parler de ce qui relève de la foi est erroné.

    « – N’y a-t-il vraiment rien que l’on puisse faire ?
    – Si bien sûr. Choisissez une autre femme… »

    Quand on épouse quelqu’un, on accepte aussi ses défauts, ses handicaps. Comme ici.

    Je me rends compte que j’essaie de faire ici de l’architecture d’intérieur dans une maison en flammes. Le danger aujourd’hui n’est pas l’eugénisme (n’en déplaise aux pro-n’importe-qu’elle-vie), mais bien le dysgénisme, i.e. la détérioration génétique rapide de l’ensemble du genre humain.

    Je propose une solution extrêmement modérée, et vous êtes encore contre. Il y a bien des solutions plus radicales, mais vous les rejetterez avec encore plus de véhémence…

    Mais peut-être devrais-je pour une fois appliquer le précepte de Tyler Durden (“Stop trying to control everything and just let go!”) à moi-même. Vous ne voulez pas d’eugénisme, même soft ? Alors tout ce que vous appréciez dans la civilisation est menacé, à relatif court terme.

    Comme on ne peut motiver les gens par un discours d’évitement de la catastrophe (ce qui est la raison pour laquelle les conservateurs et les réactionnaires perdent toujours), je propose un discours positif, d’une société d’hommes et de femmes toujours plus intelligents, forts et beaux.

    C’est un peu le projet sioniste du monde européen. On ne sait pas encore où il aura lieu, quand il aura lieu, comment il sera établi, mais on sait que c’est la seule voie possible.

    « il faut que les gens admirent leurs chefs pour leurs qualités et les aiment pour les bienfaits qu’ils produisent, pour qu’ils acceptent l’inégalité formelle. Cela suppose que les droits « élargis » ne soient pas attribués à n’importe qui, n’importe comment »

    En effet, c’est le problème que pose une époque anti-tragique comme la nôtre. Comment admirer des gestionnaires dont le seul « mérite » est d’avoir embobiné la population ?

    La « bonne nouvelle », c’est que les temps à venir appellent un autre type d’homme.

    « vous me donnez l’impression de ne pas prendre en compte l’attrait du lifestyle individualiste et consumériste »

    Dans cette discussion, non, puisque je pars du principe que chacun ici le rejette.

    « encore aujourd’hui, je regrette parfois fugacement de na pas être un zombie qui ne vit que pour boire du coca, s’acheter des bagnoles et se faire installer une cuisine américaine. Ces gens là ont la vie facile d’une certaine façon, c’est pourquoi il peut m’arriver de vouloir être à leur place. Heureusement c’est toujours très bref (de l’ordre de cinq secondes) »

    Ça m’est aussi arrivé quand j’avais des problèmes d’argent, mais, même alors, je me réjouissais de ne pas vivre leur vie. Si la seule vie possible est de rêver d’une piscine dont l’agrément est sans commune mesure avec l’attente qu’elle a suscitée et les frais qu’elle a nécessités, alors je préfère être un ermite. L’inconfort est de loin préférable à l’ennui.

    Mais si j’arrive bien à convaincre les gens qui sont déjà en révolte contre ce mode de vie, j’avoue avoir les plus grandes peines à convaincre ceux pour lesquels c’est la panacée.

    Quand je dis à mes amis de mon ancienne équipe d’aviron (tous dans ce schéma, hélas) que les problèmes dont ils se plaignent (insécurité surtout) sont une chance de nous réveiller de notre torpeur autant qu’une menace mortelle, ils ont du mal à me suivre.

    Alors, à chaque anniversaire, je leur offre des DVD (les livres, je n’essaie plus) de films qui sapent leur rêve en carton-pâte. Je crois avoir décelé récemment un doute croissant sur ce mode de vie, et les mêmes personnes qui rejetaient d’emblée toute critique de la société de consommation (à la manière d’un Robert Marchenoir, baby-boomer archétypique) me tiennent à présent des propos que je leur avais tenus naguère. Par exemple, je les entends avouer à demi-mot (et dans ce cas je m’engouffre dans la brèche pour qu’ils l’avouent chaque fois un peu plus) qu’ils se font chier au boulot, qu’ils ne savent d’ailleurs pas très bien à quoi ils sont payés, et que s’emmerder toute la semaine pour les vodka-red bull du samedi soir est un sacrifice trop grand. Ce sont les mêmes qui, il n’y a pas si longtemps, auraient qualifié de « communiste » (Bébert, c’est fini la Guerre froide !) toute personne qui, comme votre serviteur, aurait tenté de remettre le consumérisme en cause.

    Espoir, donc.

    « C’est peut être lié au fait que vous n’avez jamais expérimenté de tentation en rapport avec ce mode de vie, mais ça me paraît peu probable… Dites-moi si je me trompe. »

    Oh, si, je l’ai expérimentée, comme toute personne née dans les années 1980. Mais comme je l’ai expliqué à nos amis ricains, la « bonne nouvelle » est que ce mode de vie n’est pas soutenable et qu’il va donc falloir, pour notre génération, revenir rapidement à la réalité :

    [T]he “leave us alone” idea, which was behind the White flight phenomenon, is precisely what has led us to our current dispossession. Baby Boomers wanted to be “left alone,” so they fled to even further suburbs, moving further and further away from their own responsibilities. It is this process, White flight, that guaranteed that the ongoing dispossession could go on without being too painful.

    The “good news” is that it is becoming impossible to continue the White flight process. Rising housing costs, growing gas prices, the concentration of jobs in city centers are putting the bourgeois dream to an end. It is now almost impossible for a generation that can only wait tables after a masters degree to keep fleeing. Problems will have to be faced, and dealt with.

  5. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    « Le danger aujourd’hui n’est pas l’eugénisme (n’en déplaise aux pro-n’importe-qu’elle-vie), mais bien le dysgénisme, i.e. la détérioration génétique rapide de l’ensemble du genre humain. »

    Je ne suis pas convaincu. Je vois beaucoup de nuisibles et les plus gros sont presque tous des gens qui auraient passé haut la main vos critères eugéniques.

    « Je propose une solution extrêmement modérée, et vous êtes encore contre. »

    J’ai dit pourquoi je suis contre, je vais donc me répéter pour résumer. D’abord, votre histoire de critères de sélection participe d’une vision tout à fait fausse de l’homme. Ensuite, la mise en oeuvre d’un programme eugénique basé sur des déductions d’impôt, elle-même fondées sur ces fameux critères, donnerait lieu à des situations grotesques comme celle que j’ai mise en scène dans mon commentaire précédent.

    « Une humanité dégradée ne pourrait pas être touchée par la Sainte-Chapelle »

    C’est vrai, mais pas pour une humanité « dégradée » du point de vue de vos critères. Il suffit d’aller à une soirée X-HEC et entendre le vomi sonore que les élites génétiques écoutent en boucle, pour se rendre compte que la capacité à apprécier la beauté n’a pas grand chose à voir avec celle à obtenir des déductions d’impôt eugéniques. Un homme apprécie la beauté dans la mesure où son âme est pure. Frank Ribéry pourrait apprécier la Sainte-Chapelle si son âme était pure. Malheureusement elle est dans un état de délabrement avancée, tout comme celles des participants aux soirées sus-mentionnées. Mais eux ont moins d’excuses.

    « La « bonne nouvelle », c’est que les temps à venir appellent un autre type d’homme. »

    La mauvaise c’est que, concrètement, ce qui appelle cet « autre type d’homme », c’est le chaos. Je ne suis pas sûr que l’on puisse être dispensés de cette étape…

    « Quand je dis à mes amis de mon ancienne équipe d’aviron (tous dans ce schéma, hélas) que les problèmes dont ils se plaignent (insécurité surtout) sont une chance de nous réveiller de notre torpeur autant qu’une menace mortelle, ils ont du mal à me suivre. »

    Oui, je vois. Ils ne rament pas que quand ils sont sur un bateau. Enfin si vous pouvez parler un peu franchement avec eux sans qu’ils ne se mettent à hurler, c’est déjà pas mal.

    « Alors, à chaque anniversaire, je leur offre des DVD (les livres, je n’essaie plus) de films qui sapent leur rêve en carton-pâte. »

    En livre vous pourriez essayer le dernier Naulleau, qui est aussi le dernier… Soral.

  6. Roman Bernard

    « Je vois beaucoup de nuisibles et les plus gros sont presque tous des gens qui auraient passé haut la main vos critères eugéniques. »

    J’en doute, pour les raisons évoquées plus haut, notamment la médiocrité des élites actuelles.

    « votre histoire de critères de sélection participe d’une vision tout à fait fausse de l’homme »

    Si vous la caricaturez, elle est fausse. Si vous la prenez pour ce qu’elle est (les gens sont naturellement attirés par des personnes intelligentes, belles, fortes, et d’autres qualités), elle a du sens.

    « la mise en oeuvre d’un programme eugénique basé sur des déductions d’impôt, elle-même fondées sur ces fameux critères, donnerait lieu à des situations grotesques comme celle que j’ai mise en scène dans mon commentaire précédent »

    J’ai déjà dit en quoi cette mise en scène est caricaturale. La liberté du choix du conjoint demeurerait.

    Et, encore une fois, rien n’est plus grotesque que la marche vers l’Idiocratie dans laquelle le genre humain est engagé.

    «  Il suffit d’aller à une soirée X-HEC et entendre le vomi sonore que les élites génétiques écoutent en boucle »

    Encore une fois, je doute que les élites actuelles remplissent ces critères.

    Vous devriez lire Revolt Against Civilization: the Menace of the Under-Man (1922) de Lothrop Stoddard. Il y décrit les élites en cours de formation à l’époque, et qui ont triomphé entre les années 30 et 60 (à la faveur de la crise de 29, de la Seconde Guerre mondiale puis du baby-boom) comme des tainted leaders. Ils avaient les capacités à se hisser au sommet de la hiérachie sociale, mais pas de maintenir la civilisation, et encore moins de lui permettre de continuer sa marche vers l’avant… et vers le haut.

    Ensuite, votre réduction de la capacité à être touché par la beauté à la « pureté de l’âme » (?) est erronée. Il faut un certain niveau intellectuel pour pouvoir être sensible à l’esthétique.

    La scène de la visite du Louvre dans L’Assommoir est édifiante à cet égard.

    « La mauvaise c’est que, concrètement, ce qui appelle cet “autre type d’homme”, c’est le chaos. Je ne suis pas sûr que l’on puisse être dispensés de cette étape… »

    N’oubliez pas les paroles du Joker :

    Introduce a little anarchy, you upset the established order and everything becomes chaos. I’m an agent of chaos. And you know the thing about chaos, Harvey? … It’s fair.

    (Voir la vidéo du Joker)

    Je ne me réjouis pas du chaos à venir, mais il sera salvateur par rapport à l’Empire de l’Ennui dans lequel nous vivons, qui nous fait mourir par manque de sens à l’existence.

    « Oui, je vois. Ils ne rament pas que quand ils sont sur un bateau. Enfin si vous pouvez parler un peu franchement avec eux sans qu’ils ne se mettent à hurler, c’est déjà pas mal. »

    Oh, ils ne rament plus, à l’exception de l’un d’entre nous qui a été trois fois champion du monde. Les autres me font penser à la fine équipe de Watchmen au début du film.

    Ils ne hurlent pas, mais ils haussent les épaules et ricanent, ce qui n’est guère mieux.

    Il y a plus de « recrues » à faire chez ceux qui s’indignent aujourd’hui au nom de fausses valeurs (démocratie, égalité, droits de l’homme) et qui réaliseront demain qu’ils ont été escroqués. Beaucoup risquent de connaître un réveil douloureux, mais libérateur.

    « En livre vous pourriez essayer le dernier Naulleau, qui est aussi le dernier… Soral. »

    C’est ironique ?

  7. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    « J’en doute, pour les raisons évoquées plus haut, notamment la médiocrité des élites actuelles. »

    Je ne sais pas exactement ce que vous appelez élites. Des définitions plus ou moins restrictives sont possibles. Ce qui est certain c’est qu’on n’entre pas dans une grande école d’ingénieur comme dans un moulin. La sélection est restée drastique. Ne réussissent que ceux qui comprennent vite et bien. Je viens de trouver mention d’une étude d’Abergel et Hostyn (1995) selon laquelle presque tous les polytechniciens ont un QI compris entre 140 et 150. C’est là que votre réductionnisme (« intelligence, force, beauté » qui dans le cadre d’un programme eugénique se traduirait concrètement en « QI, concours de pompes, symétrie du visage ») se prend les pieds dans le tapis. S’y on se tient à celui-ci, on ne comprend ni pourquoi les polytechniciens écoutent une musique aussi vulgaire que les élèves d’un CAP boucherie, ni que la plupart acceptent le paradigme actuel sans voir qu’il nous mène à l’abattoir (tandis que les CAP boucherie savent, eux, qu’ils finiront à l’abattoir).

    « Ensuite, votre réduction de la capacité à être touché par la beauté à la « pureté de l’âme » (?) est erronée. Il faut un certain niveau intellectuel pour pouvoir être sensible à l’esthétique. »

    La pureté de l’âme est une condition nécessaire pour apprécier la beauté. Je dirais même que la beauté est insupportable pour les âmes laides, ce qui explique que l’on puisse faire fuir les voyous avec de la musique classique. Cela explique aussi le goût de certains pour l’art contemporain (c’est un art qui leur ressemble).
    L’intellect joue aussi un rôle, c’est sûr. Une personne très intelligente et « l’idiot du village » apprécient la beauté de façon différente. Mais même un enfant de six ans peut s’émerveiller devant un vitrail traversé par les rayons du soleil, alors je ne vois pas pourquoi Ribéry ne le pourrait pas.

    « And you know the thing about chaos, Harvey? … It’s fair. »

    Je ne crois pas que le chaos soit juste. Des innocents feront parti de ses victimes, notamment des enfants.

    « C’est ironique ? »

    Oui et non. J’aime bien Soral globalement, mais je ne suis pas sûr que ce genre de cadeau serait très productif. Le lecteur de Naulleau est trop éloigné de Soral pour pouvoir être touché par le discours très radical qu’il tient dans le livre. Il faut être plus progressif pour faire changer quelqu’un d’avis.

  8. Roman Bernard

    “Ce qui est certain c’est qu’on n’entre pas dans une grande école d’ingénieur comme dans un moulin. La sélection est restée drastique. Ne réussissent que ceux qui comprennent vite et bien. Je viens de trouver mention d’une étude d’Abergel et Hostyn (1995) selon laquelle presque tous les polytechniciens ont un QI compris entre 140 et 150.”

    L’intelligence est polymorphe, elle est donc aussi verbale. Cette étude parle-t-elle des résultats aux tests verbaux ? En tout cas, on ne peut guère dire que les élèves-ingénieurs brillent par leur culture littéraire, historique, ou même cinématographique (domaine qui m’est cher).

    J’ajouterais que s’ils sont presque tous en dessous de 150, il n’y a pas de génie parmi eux.

    « Je ne crois pas que le chaos soit juste. Des innocents feront parti de ses victimes, notamment des enfants. »

    Vous dites cela comme si des innocents, notamment des enfants, n’étaient pas déjà victimes dans notre zoo. Une société féodale n’aurait pas de programme d’État pour faciliter au maximum l’avortement des enfants européens (plus de 200 000 par an rien qu’en France).

    Inutile de dire que la mort d’innocents est plutôt appelée à augmenter dans les années à venir.

    Sachant cela, quel danger y aurait-il à entrer dans une société fragmentée, sachant, de surcroît, que c’est déjà en train de se passer (seuls les Européens/chrétiens l’ignorent) ?

    Ajoutons que nous reprendrons enfin notre destin en mains, au lieu d’être des bêtes en cage.

    « Oui et non. J’aime bien Soral globalement, mais je ne suis pas sûr que ce genre de cadeau serait très productif. Le lecteur de Naulleau est trop éloigné de Soral pour pouvoir être touché par le discours très radical qu’il tient dans le livre. Il faut être plus progressif pour faire changer quelqu’un d’avis. »

    Non mais là ce ne sont même pas des lecteurs de Naulleau, ce sont… des non-lecteurs.

    Et plusieurs ont des formations « prestigieuses » d’ingé et les jobs fictifs qui vont avec.

  9. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Le drame des polytechniciens, c’est un peu le même que celui des énarques. Frank Boizard résumait ça l’autre jour en disant de l’énarque « [qu’]au seuil de l’âge adulte, il reçoit son diplôme de «Monsieur ou Mademoiselle Je-sais-tout» et, puisqu’il sait tout, il arrête complètement d’apprendre »
    Ce n’est vraiment pas un cadeau qu’on fait à ces jeunes gens que de leur dire qu’ils savent tout (alors qu’ils ne savent rien pour la plupart). Mais il est vrai que le système n’a pas intérêt à produire des gens cultivés et surtout pas des gens cultivés et intelligents.
    Il y a quand même quelques exceptions, tel que Roland Hureaux, énarque de moins de 70 ans et pourtant très cultivé.

    Sinon, vous avez raison, beaucoup d’innocents ont déjà été passé à la moulinette et il y en a chaque jour un peu plus.

    « Sachant cela, quel danger y aurait-il à entrer dans une société fragmentée, sachant, de surcroît, que c’est déjà en train de se passer (seuls les Européens/chrétiens l’ignorent) ? »

    Entrer dans une société fragmentée ? C’est à dire ? Se regrouper par communauté de façon claire et assumée ? Faire sécession ?

  10. Roman Bernard

    « le système n’a pas intérêt à produire des gens cultivés et surtout pas des gens cultivés et intelligents »

    Non en effet, ce dont il a besoin, c’est d’ingénieurs dociles, compétents dans leur seul métier.

    Une scène du film Fahrenheit 451 (qui est peut-être dans le roman, je l’ai lu il y a trop longtemps pour m’en souvenir) résume bien le phénomène : les enfants passent leurs journées à réciter des tables de multiplication. Or, depuis les années 80 au moins, faire la filière S (anciennement C) est vu comme un passage obligé, y compris par ceux qui n’ont pas la fibre matheuse ou scientifique. Et cela procède d’une idéologie : le camarade Bourdieu soutenait par exemple que les maths et les sciences positives devraient dominer l’enseignement, car au contraire des lettres et des humanités, elles ne seraient pas « discriminantes ». C’est évidemment faux (la maîtrise des maths et des sciences présuppose aussi un certain niveau de culture, même au rabais), mais ça a eu un impact très net sur l’enseignement, et donc par ricochet sur le monde du travail et sur la culture.

    Au final, on a de purs spécialistes techniques qui font tourner le Moloch toute la journée avant de rentrer regarder How I met your mother. Le régime n’a rien à craindre face à ça.

    « Entrer dans une société fragmentée ? C’est à dire ? Se regrouper par communauté de façon claire et assumée ? Faire sécession ? »

    Oui. Si on ne le fait pas pour nous, ça se fera (ça se fait déjà) contre nous.

    Mais la communautarisation puis la sécession ne sont que des moyens vers le but ultérieur, lui-même un nouveau départ : la création d’une sorte d’Atlantide pour les Européens.

  11. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    « Non en effet, ce dont il a besoin, c’est d’ingénieurs dociles, compétents dans leur seul métier. »

    Oui, c’est ce dont le système aurait besoin, mais il a de plus en plus de mal à les avoir, car les valeurs qu’il véhicule incitent les jeunes ingénieurs à se tourner vers la finance ou le management et non plus vers des fonctions techniques, qui sont perçues comme « sales ».

    « Or, depuis les années 80 au moins, faire la filière S (anciennement C) est vu comme un passage obligé, y compris par ceux qui n’ont pas la fibre matheuse ou scientifique. Et cela procède d’une idéologie : le camarade Bourdieu soutenait par exemple que les maths et les sciences positives devraient dominer l’enseignement, car au contraire des lettres et des humanités, elles ne seraient pas « discriminantes ». »

    Je ne connaissais pas cette explication pour la prépondérance des maths dans notre système scolaire. C’est intéressant.

    « Oui. Si on ne le fait pas pour nous, ça se fera (ça se fait déjà) contre nous.
    Mais la communautarisation puis la sécession ne sont que des moyens vers le but ultérieur, lui-même un nouveau départ : la création d’une sorte d’Atlantide pour les Européens. »

    Mais pour parler plus concret que l’Atlantide, votre idée ce serait plutôt une Desouchière en milieu rural ou un immeuble de centre ville (comme c’est le cas je crois pour CasaPound) ?

  12. Roman Bernard

    « Oui, c’est ce dont le système aurait besoin, mais il a de plus en plus de mal à les avoir, car les valeurs qu’il véhicule incitent les jeunes ingénieurs à se tourner vers la finance ou le management et non plus vers des fonctions techniques, qui sont perçues comme « sales ». »

    Oui, et les tendances dysgéniques qu’il promeut vont rendre la population inapte à maintenir ce niveau de technologie. Les grands groupes auront beau reclure leurs ingénieurs dans des gated communities, toute barrière qui n’est pas défendue pro-activement finit par tomber. Citons quelques exemples du passé : Port-aux-Princes, Detroit, Johannesburg.

    « votre idée ce serait plutôt une Desouchière en milieu rural ou un immeuble de centre ville »

    La première est rassurante et le second inquiétant, mais c’est bien dans le second que réside l’avenir et non dans la première. Je dis cela après être allé sur place à deux reprises pour voir que cette idée de se regrouper à la campagne relève plus du fantasme d’urbain que de la véritable alternative. Pour commencer, il n’y a pas de boulot à la campagne. On peut déplorer la métropolisation croissante du territoire, mais pas échapper à la nécessité de s’y adapter.

    D’ailleurs, les gens qui pensent comme nous sont presque intégralement dans des villes. Mais non seulement le travail est dans les villes, le pouvoir y est également. À terme, il faut faire sécession, certes, mais on n’y est pas encore, et pour l’instant, on en est à l’étape de la communautarisation, qui a un versant privé (sociétés secrètes, clubs, rencontres informelles) et un versant public (lobbies, médias, partis). Et cela ne peut se faire que dans la capitale.

    Le projet urbain a en apparence contre lui la démographie, mais ce n’est pas le nombre qui fait la loi (on l’a bien vu lors des « Manifs pour Tous » : plus d’un million de manifestants à trois reprises pour que dalle). Il serait trop politiquement incorrect de le mentionner, mais un parti politique, il y a quelque temps et dans un pays proche, a réussi en quelques années à triompher alors qu’il prenait ses quartiers dans une ville alors aux mains des communistes.

    Mon idée, plutôt que de se terrer à la campagne en attendant la guerre civile (à laquelle on ne survivrait pas en n’étant pas pro-actif), serait de s’installer en banlieue et d’opérer en ville.

    Un peu comme la Paper Street Soap Company, pour continuer à citer ce film-trésor.

  13. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    « il n’y a pas de boulot à la campagne »

    On peut vivre à la campagne et travailler en ville, ou à proximité d’une ville. Ce n’est peut être pas possible à Paris, mais dans les villes moyennes ça l’est.

    « D’ailleurs, les gens qui pensent comme nous sont presque intégralement dans des villes. »

    Oui, mais si notre pensée commune comprend l’idée d’un exode urbain alors tout va bien. Abandonnons les villes tous ensembles.

    « Et cela ne peut se faire que dans la capitale. »

    Etre actif dans les villes n’empêche pas d’avoir un camp de base en milieu rural, si?
    Et puis franchement, vous croyez vraiment qu’il y a encore quelque chose à tirer de cette « capitale » là. N’y vivent plus que des bobos et des immigrés. C’est vraiment l’endroit où il ne faudra pas être si ça chauffe. A mes yeux, Paris c’est la marmite de l’enfer et ça ne va pas s’améliorer.
    A l’heure actuelle je vis en ville, mais j’ai choisi un logement à trois minutes à vélo d’une forêt. Et, par chance, l’espace vert artificiel autour de mon immeuble accueille des moineaux, des merles, des corbeaux, des mésanges, un rouge gorge, un pic vert,… Je suis très content de ce voisinage.

  14. Roman Bernard

    « On peut vivre à la campagne et travailler en ville, ou à proximité d’une ville. Ce n’est peut être pas possible à Paris, mais dans les villes moyennes ça l’est. »

    C’est de moins en moins possible à Lyon, pour parler d’un cas que je connais bien. La métropolisation du territoire est une tendance mondiale, et pour y mettre un terme il faudra au préalable s’y être adapté. La machine folle doit être arrêtée, et pour ça il faut s’en rapprocher.

    « Oui, mais si notre pensée commune comprend l’idée d’un exode urbain alors tout va bien. Abandonnons les villes tous ensembles. »

    À terme, oui, il faudra vivre dans des territoires à taille humaine. C’est d’ailleurs aussi pour cela que l’État-nation est obsolète : trop petit pour les affaires engageant l’avenir de la civilisation, trop grand pour celles qui concernent les communautés. Cela étant dit, nous n’en sommes pas encore à des territoires à taille humaine. Ce sera le rôle de la génération qui nous succédera.

    « Et puis franchement, vous croyez vraiment qu’il y a encore quelque chose à tirer de cette “capitale” là. N’y vivent plus que des bobos et des immigrés. C’est vraiment l’endroit où il ne faudra pas être si ça chauffe. A mes yeux, Paris c’est la marmite de l’enfer et ça ne va pas s’améliorer. »

    Je note qu’une nette majorité de gens intéressants que je connais vivent à Paris (la plupart d’entre eux étant nés en-dehors de Paris). Je n’ai jamais trouvé de communauté de pensée et d’esprit à Lyon (1,3 million d’habitants) ni à Strasbourg (450 000 habitants). À Paris, si.

    Si la situation doit changer, elle changera grâce à de telles gens. Les white trash que j’ai vus faire des flash-mobs devant un Subway de la grande rue d’une petite ville de province, non.

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