« Le véritable amour doit être implacable »

« On vous a dit, n’est-ce pas, que mes violences écrites offensaient la charité. Je n’ai qu’un mot à répondre à votre théologien. C’est que la Justice et la Miséricorde sont identiques et consubstantielles dans leur absolu. Voilà ce que ne veulent entendre ni les sentimentaux ni les fanatiques. Une doctrine qui propose l’Amour de Dieu pour fin suprême, a surtout besoin d’être virile, sous peine de sanctionner toutes les illusions de l’amour-propre ou de l’amour charnel. Il est trop facile d’émasculer les âmes en ne leur enseignant que le précepte de chérir ses frères, au mépris de tous les autres préceptes qu’on leur cacherait. On obtient, de la sorte, une religion mollasse et poisseuse, plus redoutable par ses effets que le nihilisme même. »

« Or, l’Evangile a des menaces et des conclusions terribles. Jésus, en vingt endroits, lance l’anathème, non sur des choses, mais sur des hommes qu’il désigne avec une effrayante précision. Il n’en donne pas moins sa vie pour tous, mais après nous avoir laissé la consigne de parler “sur les toits“, comme il a parlé lui-même. C’est l’unique modèle et les chrétiens n’ont pas mieux à faire que de pratiquer ses exemples. Que penseriez-vous de la charité d’un homme qui laisserait empoisonner ses frères, de peur de ruiner, en les avertissant, la considération de l’empoisonneur? Moi, je dis qu’à ce point de vue, la charité consiste à vociférer et que le véritable amour doit être implacable. Mais cela suppose une virilité, si défunte aujourd’hui, qu’on ne peut même plus prononcer son nom sans attenter à la pudeur. »

Léon Bloy, Le Désespéré, 1886.

Publicités

2 réflexions au sujet de « « Le véritable amour doit être implacable » »

  1. Popeye

    Et s’il revenait de nos jours, il ne pourrait que nous dire à propos de la virilité « bandes d’imbéciles, je vous l’ai dit il y a un siècle » (même si le terme d’imbécile est plutôt bernanosien)
    Coïncidence rigolote : la réédition d’une de ses oeuvres par Alain Soral vient de se voir caviardé par un petit juge rouge de Bobigny pour « antisémitisme »
    Détail démontrant l’implacable cohérence de la chose : l’oeuvre expurgée s’intitule « le salut vient des Juifs », essai écrit en son temps pour répondre à Edouard Drumont. Lequel Drumont est également objet d’une réédition caviardée. Mais c’est peut-être plus l’éditeur qui est visé dans ce cas…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s