L’Euthanasie ou l’Orgueil jusqu’au Bout

Death_Of_St_JosephApparemment le débat sur la « fin de vie » est relancé. Il faut comprendre par là que les militants pro-euthanasie ont décidé d’avancer un peu plus leurs pions, afin de gagner du terrain, objectif qu’ils ne manqueront pas d’atteindre.

Que veulent les partisans de l’euthanasie ? Si vous croyez que leur but et d’éviter les souffrances de la maladie et de l’agonie, vous vous trompez. Ce n’est pas la souffrance en elle-même qui leur pose problème, mais l’une de ses conséquences. Ils veulent échapper au crépuscule de l’existence terrestre et à ses maux, car cette épreuve jette une lumière de vérité sur la vie qui s’achève. Elle révèle tout ce qui en nous relevait de la vanité et fait tomber le masque d’orgueil derrière lequel nous nous cachions.

A cause du progrès matériel, il est devenu possible d’échapper à la souffrance tout au long de l’existence, en se réfugiant dans la consommation compulsive de toutes sortes de choses. Les prémices d’un sentiment de vacuité sont étouffées instantanément par l’allumage de la télé. Une sensation de mal-être naissante est avortée à coup de nourriture grasse et sucrée, ou, pour ceux qui en ont les moyens, à l’aide d’un dîner dans un restaurant chic. Les moments d’ennui, qui pourraient donner lieu à un questionnement existentiel, sont meublés par des interrogations bien plus fondamentales, concernant la couleur du prochain canapé d’angle que l’on va s’offrir. On traverse désormais l’existence en fuyant systématiquement tout désagrément, quitte à vivre dans le mensonge permanent sur ce qu’est la vie et sur ce que nous sommes. Le monde moderne nous offre d’esquiver tout contact rugueux avec le réel, tant la vaseline y coule à flot. A l’approche de la moindre aspérité, nous nous empressons d’envoyer de grandes giclées de ce lubrifiant, pour éviter toute sensation qui pourrait être différente de celles que nous avons connues dans le ventre de maman. La glissade ne doit pas s’interrompre, pas même un instant, sans quoi l’excitation du mouvement et de la nouveauté pourrait laisser place à des questions pénibles sur le sens de la vie. Quel que soit notre milieu social, nous disposons en permanence, non pas d’un tube, mais d’une citerne entière de vaseline dont nous commandons l’écoulement à volonté. Mettre en route un jeu vidéo, s’acheter une nième paire de chaussure ou une nième montre, pratiquer une sexualité récréative et stérile, partir en weekend à Barcelone, prendre un bain chaud aux huiles essentielles, commander des pizzas, aller voir le dernier navet hollywoodien, allumer la radio, … Ces activités ne sont que quelques exemples des refuges que l’on trouve dans la consommation. Nous y avons sans cesse recours afin de remplir nos âmes avec du vent, de peur que, ne souffrant de leur vacuité, elles ne réclament une nourriture consistante, indisponible en supermarché. Rien ne doit arrêter l’homme dans l’agitation frénétique qui lui permet d’éviter de se regarder en face, non pas dans le miroir de Narcisse, dans lequel il s’admire chaque matin après s’être épilé les sourcils, mais dans celui que nous tend notre conscience et qui, si on le saisit résolument, nous fait apparaître tel que l’on est. Pas un moment calme ne doit venir troubler l’excitation et le vacarme permanent, sans quoi nous pourrions entendre le silence nous demander : « Que fais-tu de ta vie ? ».

Esquiver la souffrance est désormais possible d’un bout à l’autre de l’existence, sauf lorsqu’elle arrive à son terme. Au crépuscule de la vie, l’astre de l’agonie se lève et jette une lumière éclatante, qu’aucun voile ne saurait entraver, sur le chemin parcouru. Alors, tout ce qui fut vain apparaît comme tel, toutes nos lâchetés nous sont reprochées, et le masque d’orgueil qui camouflait notre laideur se consume et laisse apparaitre notre vrai visage. Qu’as-tu fais de ta vie ? Il n’est plus possible d’échapper à cette question, d’autant plus cruciale qu’elle est, cette fois, conjuguée au passé.
La perspective de ce face à face avec soi-même terrorise le partisan de l’euthanasie. Il craint que ne lui soit imposé ce qu’il a passé sa vie à éviter : un regard de vérité sur son existence. Derrière le paravent de son orgueil, il a mené une vie laide et vaine, et l’on comprend que la mise en lumière de ce fait, par le déclin fatal de sa vitalité, constitue une épreuve terrible pour lui. Il voudrait ne pas avoir à connaître cette première et dernière confrontation avec sa réalité. C’est pour cela qu’il réclame le droit à la piquouze. Il la veut pour lui-même, mais aussi pour ses proches, car les voir souffrir lui est désagréable. Le spectacle de leur agonie ébranle déjà les certitudes qui seront balayées lorsqu’il sera à leur place.
La souffrance terminale est honnie, non parce qu’elle est douloureuse, mais parce qu’elle brise les idoles, dissous les mensonges, révèle ce qui est tapi dans les ténèbres. C’est plus que n’en peuvent supporter ceux qui n’ont cessés de se mentir et de se complaire dans l’ombre et l’idolâtrie. C’est pourquoi, après avoir été indignes de la vie, ils réclament le droit de « mourir dans la dignité ». Pauvres âmes …

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6 réflexions au sujet de « L’Euthanasie ou l’Orgueil jusqu’au Bout »

  1. mariejoloiseau

    Je n’avais jamais pensé à utiliser ce terme d’orgueil, je parle généralement de dignité, puis de fierté, mais en fait, vous avez bien raison. Un orgueil à la romaine.

  2. François (droite d'avant)

     » Il craint que ne lui soit imposé ce qu’il a passé sa vie à éviter : un regard de vérité sur son existence. Derrière le paravent de son orgueil, il a mené une vie laide et vaine, et l’on comprend que la mise en lumière de ce fait, par le déclin fatal de sa vitalité, constitue une épreuve terrible pour lui. Il voudrait ne pas avoir à connaître cette première et dernière confrontation avec sa réalité.  »
    La confrontation avec le réel, c’est le moment où l’on heurte le mur. Je comprends finalement assez bien que l’on veuille se suicider « dans la dignité » avant de se faire bobo.
    Excellent article, comme à l’accoutumée!

  3. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    « Je comprends finalement assez bien que l’on veuille se suicider “dans la dignité” avant de se faire bobo. »

    Oui, ça se comprend bien, mais le drame c’est que cet ultime mouvement d’orgueil conduit droit en enfer, d’après l’Eglise catholique. Au contraire, la souffrance de celui qui accepte finalement de se prendre de plein fouet le mur du réel est rédemptrice.

    « Excellent article, comme à l’accoutumée! »

    Merci!

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