Archives mensuelles : mars 2014

Cher ami

Mon petit ami à plumes est fort gai ces temps-ci.Merle noir Turdus merula Common Blackbird

Pour l’écouter, ouvrez votre fenêtre, de préférence au lever et au coucher du soleil. Et si, par malheur, vous habitez boulevard Haussmann, vous n’avez plus qu’à cliquer sur la « vidéo » que voici.

JCDecaux plus fort que Goebbels

Propagande_Commerciale_Petite

Il y a aujourd’hui, dans nos rues, plus d’affiches à la gloire de la consommation, qu’il n’y en a jamais eu pour vanter les mérites d’un régime totalitaire.
Comment se fait-il que les gens ne réagissent pas ? Si l’on remplaçait ne serait-ce qu’un quart des affiches publicitaires par des portraits grand format de Marine Le Pen, la population serait prise de panique, mais là elle ne bronche pas.
Pour expliquer ce phénomène et pour justifier que soi-même on ne voit rien à redire à l’omniprésence des panneaux publicitaires, on mettra en avant le fait qu’ils sont diversifiés. Certes ils vantent les mérites de certains produits et de certaines firmes, mais pas toujours des mêmes, dira-t-on. A l’inverse, la propagande totalitaire est toute entière consacrée à un unique « guide suprême », ou à un seul parti. Elle ne laisse donc pas le choix et c’est en cela qu’elle serait odieuse.
Mais justement, toute la perversion de la propagande commerciale réside dans le fait qu’elle laisse penser que l’offre est diverse, alors que c’est toujours la même chose qui est vendue. Les gens se font avoir car ils sont esclaves de leur propre désir et donc de la machine commerciale. Ils sont pris au piège de la société de consommation, par rapport à laquelle ils sont incapables de prendre du recul. Par conséquent, ils ne peuvent pas la voir telle qu’elle est et ne réalisent pas qu’il n’y a aucune différence entre une campagne publicitaire et une autre. Pour comprendre cet aveuglement du consommateur, comparons le à un gamer qui consacre sa journée du samedi aux jeux vidéo. Il joue un total de dix heures, au cours desquelles il change régulièrement de jeu. De son point de vue, le programme de sa journée est varié. Tantôt il combat des zombies ou sauve une princesse, tantôt il pilote un vaisseau spatial ou construit un château fort. Mais du point de vue de l’observateur extérieur, pour qui il existe un monde en dehors des jeux vidéo, ce gamer passe dix heures assis sur une chaise à appuyer sur des boutons et à manipuler des joysticks. Ce qui apparaît divers à l’amateur de jeux vidéo qui a le nez collé sur son écran, semble monotone et répétitif à celui qui observe la scène d’un peu plus loin. C’est ce même manque de recul qui conduit le consommateur à croire qu’il y a une différence entre Toyota et Volkswagen, ou entre Lacoste et Ralph Lauren, et donc à percevoir les campagnes publicitaires comme diversifiées. Mais si l’on est un petit peu désengagé de la société de consommation, on réalise que les affiches de nos rues sont toutes identiques. Elles nous enjoignent systématiquement à acheter de la camelote inutile. Vu sous un autre angle, elles nous séduisent toutes en nous faisant miroiter le même mirage : l’accès à la « supériorité métaphysique ».

Voyez plutôt. Ici, on ne nous vend pas une voiture, mais la « supériorité métaphysique ». , on ne nous vend pas des vêtements, mais la « supériorité métaphysique ». Et enfin ici, on ne nous vend pas un parfum, mais, vous l’avez compris, la « supériorité métaphysique ».

PS : Si vous souhaitez comprendre les mécanismes du désir et notamment sa nature métaphysique, je vous recommande vivement de lire Mensonge romantique et vérité romanesque de René Girard.

Jacques Bainville et Louis XIV avec moi

BainvilleEn lisant l’Histoire de France de Jacques Bainville, je me suis découvert deux alliés de poids :-). L’auteur lui-même ainsi que Louis XIV qu’il cite à un moment.

En effet, certains passages rejoignent ce que j’ai écrit à droite et à gauche sur le progrès matériel comme cause de déclin, en cela qu’il déchaîne progressivement l’orgueil des hommes.

Je ne suis malheureusement pas en mesure de vous fournir les numéros de page d’où proviennent les citations car j’ai lu une version électronique du livre. Faute de mieux j’indique le chapitre et le pourcentage d’avancement (en faisant une règle de trois vous retrouverez approximativement la page dans votre version papier).

Chapitre III : Grandeur et décadence des Carolingiens (5%)

Et il a fallu, à toutes les époques, que les peuples, pour être gouvernés, fussent consentants.

Chapitre II : L’essai mérovingien (5%)

Comment s’impose-t-on à un peuple? Toujours de la même manière : par les services rendus.

Chapitre IV : La révolution de 987 et l’avènement des Capétiens (7%)

Ce serait une erreur de croire que les populations eussent été hostiles à ce morcellement de la souveraineté. Tout ce qu’elles demandaient, c’étaient des défenseurs. La féodalité, issue du vieux patronat, fondée sur la réciprocité des services, naissait de l’anarchie et du besoin d’un gouvernement, comme aux temps de l’humanité primitive. Représentons-nous des hommes dont la vie était menacée tous les jours, qui fuyaient les pirates normands et les bandits de toute espèce, dont les maisons étaient brûlées et les terres ravagées. Dès qu’un individu puissant et vigoureux s’offrait pour protéger les personnes et les biens, on était trop heureux de se livrer à lui, jusqu’au servage, préférable à une existence de bête traquée. De quel prix était la liberté quand la ruine et la mort menaçaient à toute heure et partout? En rendant des services, dont le plus apprécié était la défense de la sécurité publique, le seigneur féodal légitima son usurpation. Parfois même il promettait des garanties particulières à ceux qui reconnaissaient son autorité. Par là dura l’esprit des franchises provinciales et municipales, destinées à une renaissance prochaine.

Tout cela se fit peu à peu, spontanément, sans méthode, avec la plus grande diversité. Ainsi naquit une multitude de monarchies locales fondées sur un consentement donné par la détresse. Les abus de la féodalité ne furent sentis que plus tard, quand les conditions eurent changé, quand l’ordre commença à revenir, et les abus ne s’en développèrent aussi qu’à la longue, la valeur du service ayant diminué et le prix qu’on le payait étant resté le même. C’est ce que nous voyons de nos jours pour le régime capitaliste. Qui se souvient des premiers actionnaires qui ont risqué leur argent pour construire des chemins de fer? À ce moment-là, ils ont été indispensables. Depuis, par voie d’héritage ou d’acquisition, leurs droits ont passé à d’autres qui ont l’air de parasites. Il en fut de même des droits féodaux et des charges qu’ils avaient pour contrepartie. Transformés, usés par les siècles, les droits féodaux n’ont disparu tout à fait qu’en 1789, ce qui laisse une belle marge au capitalisme de notre temps. Mais, de même que la création des chemins de fer par des sociétés privées fut saluée comme un progrès, ce fut un progrès, au dixième siècle, de vivre à l’abri d’un château fort. Les donjons abattus plus tard avec rage avaient été construits d’abord avec le zèle qu’on met à élever des fortifications contre l’ennemi.

Chapitre V : Pendant 340 ans, l’honorable maison capétienne règne de père en fils (9%)

Depuis les destructions et la désolation du dixième siècle, des richesses s’étaient reconstituées, la société tendait à se régulariser. Aux siècles précédents, la ruine de l’ordre et de la sécurité avait poussé les petits et les faibles à se livrer à des personnages puissants ou énergiques en échange de leur protection. Les circonstances avaient changé. La preuve que le régime féodal avait été bienfaisant, c’est qu’à l’abri des châteaux forts une classe moyenne s’était reformée par le travail et par l’épargne. Alors cette classe moyenne devint sensible aux abus de la féodalité. La dépendance ne lui fut pas moins insupportable que les petites guerres, les brigandages, les exactions. On avait recherché la protection des seigneurs pour être à l’abri des pirates : on voulut des droits civils et politiques dès que la protection fut moins nécessaire. La prospérité rendit le goût des libertés et le moyen de les acquérir. Ce qu’on appelle la révolution communale fut, comme toutes les révolutions, un effet de l’enrichissement, car les richesses donnent la force et c’est quand les hommes commencent à se sentir sûrs du lendemain que la liberté commence aussi à avoir du prix pour eux.

Chapitre XIII : Louis XIV (39%)

L’originalité de Louis XIV et d’avoir raisonné son cas et compris comme pas un les circonstances dans lesquelles son règne s’était ouvert et qui lui donnait en France un crédit illimité. Il l’a dit, dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin, en homme qui avait vu beaucoup de choses, la Fronde, les révolutions d’Angleterre et de Hollande : il y a des périodes où des « accidents extraordinaires » font sentir aux peuples l’utilité du commandement. « Tant que tout prospère dans un état, on peut oublier les biens infinis que produit la royauté et envier seulement ceux qu’elle possède : l’homme, naturellement ambitieux et orgueilleux, ne trouve jamais en lui-même pourquoi un autre lui doit commander jusqu’à ce que son besoin propre lui fasse sentir. Mais ce besoin même, aussitôt qu’il a un remède constant et réglé, la coutume le lui rend insensible. » Ainsi Louis XIV avait prévu que le mouvement qui rendait la monarchie plus puissante qu’elle n’avait jamais été ne serait pas éternel, que des temps reviendraient où le besoin de liberté serait le plus fort. Désirée en 1661 pour sa bienfaisance, l’autorité apparaitrait comme une tyrannie en 1789 : déjà, sur la fin de son règne, Louis XIV a pu s’appercevoir que la France se lassait de ce qu’elle avait appelé et salué avec enthousiasme et reconnaissance. Il avait prévu cette fatigue, annoncé ce retour du pendule, et, par là, il a été meilleur connaisseur des hommes que ceux qui prétendent qu’il a donné à la monarchie le germe de la mort en concentrant le pouvoir.

La véritable catastrophe technologique

Les sociétés « avancées » offrent un cadre de vie très confortable à leurs membres. L’homme qui en bénéficie ne réalise pas que des conditions bien particulières ont été nécessaires à l’avènement de ce confort, et sont indispensables à sa pérennité. Au contraire, il le considère comme une donnée de l’existence. Pour lui, les plaques vitrocéramiques et les WC autonettoyants sont indissociables de l’expérience humaine, au même titre que l’alternance des saisons, ou la nécessité de se nourrir régulièrement. Sur la base de cette vision erronée du monde, l’homme se laisse gagner par un état d’esprit absurde et destructeur. En voici une illustration (cliquez sur l’image pour l’agrandir) :

Femme_Automobile