Sans conformité, point de désir

Sargent_Lady-Agnew-of-Lochnaw

Lady Agnew of Lochnaw, John Sargent

Un ami m’a écrit pour me poser une question relative au désir. Avec sa permission je reproduis ici son courrier, suivi de la réponse que je lui ai faite.

Cher *******,

Comme tu le sais, je suis actuellement en deuxième année d’école d’ingénieur. Je te l’avais déjà dit de vive voix, ici, l’ambiance générale est déplorable. Je t’écris pour te parler d’une rencontre que j’ai faite, qui tranche avec l’atmosphère lourde et vulgaire que je subis depuis plus d’un an. Tu t’en doutes sûrement, il n’y a pas beaucoup de filles parmi les élèves. En fait, elles représentent moins d’un quart des effectifs. Et bien malgré cela, j’ai eu la chance d’en trouver une qui est exceptionnelle. Elle a un prénom courant (Marie) mais elle est très différente de toutes les autres filles. Juge par toi-même. Tout d’abord, sache que dans sa famille ils n’ont jamais eu la télévision, c’est suffisamment rare pour être noté ! Par ailleurs, elle m’a dit qu’elle ne compte pas travailler toute sa vie, car elle veut avoir des enfants. Elle n’est pas carriériste pour un sou et si elle fait des études aussi poussées que les siennes, c’est en partie parce que la société actuelle ne lui laisse pas le choix. C’est ironique tu ne trouves pas ? Marie est aussi l’une des seules à n’avoir pas tenu à participer au fameux weekend d’intégration, ce en quoi elle a eu parfaitement raison, car moi qui ai eu le malheur d’y aller, j’aurais plutôt tendance à l’appeler weekend d’avilissement. Elle a aussi déclaré ne pas aimer la bière, de ce fait elle est sans doute la seule fille de l’école qu’on ne voit pas régulièrement une bouteille à la bouche. Par contre elle aime faire de la broderie !

Après avoir fait sa connaissance, vu ses qualités, j’ai cru que j’en tomberais amoureux. Mais le temps passe et mon cœur ne s’embrase pas, je ne parviens pas vraiment à la désirer. C’est sur ce fait troublant que je souhaiterais avoir ton avis.

Je ne t’ai pas encore décrit son apparence. Elle mesure environ 1m65, elle a de longues jambes, qui lui permettent d’être la plus rapide en course à pied. Sa peau est pâle et bien qu’elle n’utilise apparemment pas de maquillage, elle est parfaite, presque trop à vrai dire. En tout cas, si toutes les femmes avaient une peau comme la sienne, l’industrie des cosmétiques aurait du souci à se faire. Par ailleurs, elle a un beau sourire et elle rit d’une façon charmante. Tu comprends, dans ces conditions, que je m’étonne de ne pas la désirer. Mais finalement, je ne suis pas un cas à part, car à ma connaissance, aucun autre garçon de l’école n’a manifesté d’intérêt pour elle. Mais, dans leur cas, c’est sans doute lié au fait qu’elle ne les côtoie pas beaucoup, puisqu’elle n’a pas d’affinité avec eux. Mais moi j’en ai nettement plus.

Avant de te solliciter, je me suis interrogé moi-même sur l’énigme que constitue mon absence de désir, mais je ne suis pas arrivé à des conclusions très probantes. La seule piste dont je dispose c’est que, depuis le départ, je suis un peu rebuté par la façon dont Marie s’habille. Elle porte systématiquement des chaussures qui font d’avantage penser à celles des femmes de cinquante ans que je vois à l’église, qu’à celles d’une fille de vingt ans. Et puis parfois, elle met des gilets à boutons en laine qui me font un peu penser à ceux de ma grand mère.

Voilà, je t’ai donné tous les éléments qui me semblent nécessaires pour comprendre la situation. Je ne sais pas si tu pourras m’aider à élucider le mystère de mon absence de désir. Quoi qu’il en soit, merci d’avance pour le temps que tu me consacreras.

A bientôt,

Eugène

Mon cher Eugène,

L’absence de désir dans un cas tel que tu le décris n’a rien de surprenant. Ton trouble provient du fait que tu n’as pas encore compris la nature du désir et ses mécanismes. Lorsque tu dis que tu ne désires pas Marie, tu as pour référence de ce que signifie « désirer », les désirs que tu as éprouvé, et éprouve peut-être encore en ce moment, pour d’autres filles. Et en effet, ce que ces dernières ont suscité chez toi, Marie ne peut pas le susciter. Cette incapacité de Marie découle de sa non-conformité. La plupart des filles d’une génération donnée sont des clones copiés sur un unique modèle. Elles s’habillent toutes de la même manière, elles ont les mêmes chaussures, les mêmes sacs à main ou à dos, elles se coiffent et se maquillent de façons similaires, elles ont des attitudes et des langages corporels semblables et même leurs façons de parler, les expressions qu’elles emploient, sont presque identiques. Marie n’est pas désirable car elle n’est pas un clone. Elle est, au contraire, radicalement différente des autres. Je vais à présent t’expliquer pourquoi les clones sont désirables.

Ce ne sont pas les qualités intrinsèques du clone qui le rendent désirable. Celui qui le désire est convaincu du contraire, mais il est victime d’une illusion. Si ses caractéristiques objectives n’en sont pas la source, qu’est-ce qui explique la désirabilité du clone ?

Conquérir un clone, revient à conquérir les clones, tous les clones. Lorsqu’un garçon possède une fille, il possède symboliquement toutes celles qui lui sont identiques. Comme 90% des filles d’une génération sont des clones, posséder un clone, ce n’est pas seulement posséder une fille, c’est les posséder toutes. Cela revient à recevoir l’approbation du genre féminin tout entier. Or c’est cette validation générale qui est désirée et Marie ne peut te la donner à cause du fossé considérable qui la sépare de la conformité. Voilà donc une première raison pour laquelle tu ne désires pas Marie comme tu désires les filles conformes.

Ce n’est pas tout. Des clones tu n’as cessé d’en croiser ces dernières années. Certains, fatalement, t’ont infligé des blessures d’amour-propre, en te rejetant, te manifestant du dédain ou simplement de l’indifférence. De plus, en se rendant inaccessibles, ils se sont parés à tes yeux d’une aura mêlant mystère et supériorité, qui a suscité un intérêt, voire une forme de fascination chez toi.
C’est parce que toutes les filles conformes semblent participer d’une même essence que tu les désires. Comme elles sont interchangeables, en conquérir une te permettrait de soigner les blessures d’amour-propre que t’ont infligé les autres, d’une part, et d’accéder à cette supériorité qui t’as été refusée, d’autre part. Ce sont ces bénéfices, que sa possession offre, qui rendent le clone désirable. Marie n’étant pas un clone, la posséder ne procure aucun de ces avantages. C’est là une seconde raison qui explique que Marie ne suscite pas ton désir contrairement aux filles conformes.

En voilà une troisième. Tout au long de ta vie d’adolescent et de jeune adulte, tu as été témoin de désirs masculins pour des clones de sexe féminin. Ces hommes désirants, que tu as observés, peuvent être classés en deux catégories : tes idoles et tes rivaux. Dans la première se trouvent les hommes pour lesquels tu as une admiration débordante. Tu désires les femmes qu’ils désirent parce que tu crois que les posséder te permettra de devenir comme eux. A tes rivaux tu n’as, au contraire, pas envie de ressembler. Mais dans les faits, tu leur ressembles, sinon ils ne seraient pas tes rivaux. Cette ressemblance t’est insupportable, tu veux à tout prix te démarquer d’eux, plus précisément tu veux prouver que tu leur est supérieur. Pour y parvenir tu n’as d’autre moyen que de t’emparer de l’objet de leurs désirs. Lorsque l’un d’entre eux manifeste un désir pour une fille, tu la désires à ton tour, car la posséder serait la preuve définitive de ta supériorité sur ton rival. Tu ne supportes pas l’idée, qu’à l’inverse, tu puisses échouer et lui réussir, car cela prouverait ton infériorité.
N’oublie pas que la conquête d’un clone est équivalente à celle d’un autre. Cela explique que les clones soient désirables, car en conquérir un permet de prendre le dessus sur un rival qui en a désiré un autre, ou de ressembler à une idole qui en possédait un.

Récapitulons. La conquête d’une fille conforme permet :
– de recevoir l’approbation du genre féminin tout entier ;
– de soigner les blessures d’amour-propre infligées par les autres filles conformes ;
– d’accéder à ce mystère et à cette supériorité que les filles conformes te semblent recéler depuis que certaines d’entre-elles t’ont ignoré, ou repoussé ;
– de t’approcher de ton idole qui était elle-même en possession d’une fille conforme ;
– d’affirmer ta supériorité sur tes rivaux qui désirent des filles conformes.

Très souvent, le désir sexuel prend sa source dans un ou plusieurs de ces cinq bénéfices associés à la possession d’une fille conforme. Les qualités réelles de l’objet du désir n’entrent pas en compte.
La possession de Marie, ou de toute autre jeune femme non-conforme, ne peut produire aucun des cinq effets ci-dessus. Posséder Marie permet seulement de posséder Marie, rien de plus. Or, malgré ses qualités bien réelles, elle n’est qu’un être humain et la simple humanité n’est pas désirable car le désir est métaphysique (cf. René Girard).

Non seulement Marie, parce qu’elle ne se soumet pas aux modes et aux conformismes de son temps, est maintenue à l’écart de la bulle spéculative du désir, mais ses choix vestimentaires achèvent de la disqualifier sur le marché sexuel. Tu évoquais ses chaussures et ses gilets en décalage par rapport aux tenues habituelles de la jeunesse. Cette particularité pose-t-elle un problème esthétique ? Probablement pas, car il est difficile de faire plus laid que les baskets que portent, aujourd’hui, les filles standards. Des chaussures de paroissienne de cinquante ans sont objectivement supérieures à ces horreurs. Mais il ne s’agit pas d’esthétique, car l’esthétique est une qualité objective et le désir n’en a que faire. Le problème des tenues de Marie c’est qu’elles la rattachent à l’univers de l’âge, de la vieillesse et donc de la mort, de la finitude et de la misérable condition humaine. Or toutes ces choses anéantissent le désir, car elles sont l’antithèse de la supériorité métaphysique qui est sa seule et unique source. La jeunesse, au contraire, est associée à la supériorité divine car les visages non encore marqués par le vieillissement donnent l’illusion de l’immortalité. Marie, malgré sa peau juvénile, est symboliquement rattachée à la vieillesse à cause de la façon dont elle s’habille. En terme de désirabilité, ça lui est fatal. Une mégère de 45 ans avec un jeans slim et des Converse aurait probablement d’avantage de succès.

Marie n’est décidemment pas désirable. Pourtant ses qualités sont réelles et extrêmement rares. Passons sur ses longues jambes et sa peau à donner des sueurs froides aux pontes de l’Oréal, car ce n’est que la cerise sur le gâteau. Par contre, prends bien la mesure de ce que signifie ne jamais avoir eu la télé à la maison. Il est possible que désormais internet la concurrence, mais au cours des vingt dernières années, la télé était de loin le premier vecteur de bêtise, de vulgarité, de superficialité et de laideur sous toutes ses formes. Marie est une rescapée, un oiseau qui a échappé au mazoutage. D’ailleurs, comme par hasard, la seule fille de ta génération qui n’a pas été sous perfusion télévisuelle, ne veut pas faire carrière mais se marier, avoir des enfants et s’en occuper. Et elle aime la broderie, dis-tu ? Là encore c’est une bonne pioche. La capacité à consacrer du temps à des activités minutieuses, qui n’offre pas de récompense immédiate, manifeste une qualité de l’âme d’autant plus précieuse qu’elle est devenue presque introuvable.
Face à tout cela, qu’est-ce que les filles conformes ont à t’offrir, à part une connaissance exhaustive des différentes marques de bières ?

Tu en es à un stade où tu deviens capable de discerner ce qui a de la valeur de ce qui n’en a pas chez une femme. Tu es troublé parce que ton désir continue à prendre pour objet des coquilles qui te semblent, à juste titre, être vides. Il s’obstine à leur attribuer une valeur inestimable dont tu as de plus en plus de mal à déterminer le contenu objectif. Et pour cause, le désir est un illusionniste de génie, le seul qui sache faire passer le néant pour le paradis. Tu es encore trop vaniteux pour avoir une pleine conscience de ces choses-là, mais tu vas te libérer petit à petit, à mesure que tu approfondiras ta relation avec Dieu, qui est le seul remède au désir métaphysique. Plus tu t’attacheras au seul vrai Dieu, plus tu te détourneras des idoles que sont les objets successifs de tes désirs. Mais cela va te demander encore quelques années de maturation. En attendant tu peux demander Marie en mariage les yeux fermés.

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18 réflexions au sujet de « Sans conformité, point de désir »

  1. Mat

    Je vous avoue, Kolia, que je connais mal René Girard. Mais quand je vous lis, je me demande un peu quoi en penser. Je suis méfiant à l’égard de tous ces penseurs qui, durant les deux ou trois derniers siècles, se sont amusés à sortir la clef du sens de l’univers de leur chapeau de magicien. Un désir uniquement mimétique, ne devant rien aux qualité de l’objet désiré, ça va tellement à l’encontre, non seulement de l’expérience ressentie, mais de tout ce qu’on a écrit du désir pendant, mettons, 2000 ans (et 2000 ans de civilisation gréco-latine, puis chrétienne, notez) qu’il me faudrait plus que des références à Proust pour m’en convaincre.

  2. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Tout d’abord, comme je l’ai déjà mentionné, nous ne sommes pas tous esclaves du désir métaphysique (et donc mimétique) au même degré. Moins on est vaniteux, moins on l’est. Finalement la vraie nature du désir est perceptible par assez peu de gens. Une personne vaniteuse ne la perçoit pas car elle est trop impliquée dans le désir métaphysique pour le voir tel qu’il est, elle est aveuglée. Une personne exceptionnellement peu vaniteuse n’est pas bien placée, non plus, pour appréhender les mécanismes du désir, car elle n’a pas la possibilité de les voir à l’œuvre en elle-même. La vérité sur le désir n’apparaît en pleine lumière qu’aux yeux du vaniteux qui se défait peu à peu de sa vanité.
    Dans tous les cas, même si on y met toute la bonne volonté du monde, on n’ouvre pas les yeux sur la réalité du désir en une journée, après avoir lu un article sur un blog.

    Je suis méfiant à l’égard de tous ces penseurs qui, durant les deux ou trois derniers siècles, se sont amusés à sortir la clef du sens de l’univers de leur chapeau de magicien.

    Je ne sais pas à quels autres penseurs vous pensez. Darwin ? Marx ? Ce qui est certain c’est que Girard permet de réfuter nombre de sottises proférées au nom de ces deux barbus.
    Plutôt que de voir Girard comme un penseur-magicien, parmi d’autres, je le considère comme allant radicalement à contre-courant de l’évolution intellectuelle de ces trois-cent dernières années. Il a mis en lumière les conséquences cachées, mais considérables, de la tentative qui a été faite de se passer de Dieu. Car le désir métaphysique ne se déchaîne qu’à partir du moment où Dieu est mis de côté. Les hommes ne peuvent pas se passer de la divinité. Soit ils sont en relation avec Dieu, soit ils veulent devenir des dieux eux-mêmes et sombrent dans l’idolâtrie.
    Après deux siècles d’apostasie, presque toute l’activité humaine est motivée par le désir. Dans ce contexte, la théorie girardienne explique presque tous les comportements et je comprends que Girard puisse passer pour un magicien.

    Un désir uniquement mimétique, ne devant rien aux qualité de l’objet désiré, …

    Dans les cas les plus aigus, les qualités de l’objet peuvent en effet ne pas intervenir du tout. Souvent, elles jouent quand même un rôle, mais pas celui qu’on croit.
    Pourquoi achète-t-on une Ferrari, par exemple ? Une Ferrari a des qualités intrinsèques, des supériorités objectives. C’est une voiture qui est plus performante que toutes les autres, c’est indiscutable. Mais est-ce pour cela qu’on en achète une ? Dans certains cas oui, il y a parmi les clients quelques authentiques passionnés d’automobile. Mais il y en a aussi qui n’y connaissent rien en mécanique, en sport auto, qui ne savent pas ce qu’est un V12 et qui hésitent entre le diesel et le sans-plomb à chaque passage à la pompe. Ces gros malins, incapables d’apprécier les qualités réelles d’une Ferrari, ont pourtant déboursé 200.000€ pour en avoir une. Il faut donc croire qu’ils la désiraient pour d’autres raisons.
    De même, désire-t-on une femme pour sa beauté ? Ce n’est pas ce que nous dit Stendhal dans son essai De l’Amour : « On voit en quoi la beauté est nécessaire à la naissance de l’amour. Il faut que la laideur ne fasse pas obstacle. L’amant arrive bientôt à trouver belle sa maîtresse telle qu’elle est, sans songer à la vraie beauté. »
    La beauté ne serait donc pas désirée, elle ne ferait juste pas obstacle au désir, contrairement à la laideur (qui, soit dit en passant, ne me semble pas être un obstacle absolument insurmontable pour le désir).

    … ça va tellement à l’encontre, non seulement de l’expérience ressentie, mais de tout ce qu’on a écrit du désir pendant, mettons, 2000 ans

    Oui, ça va à l’encontre de l’expérience ressentie, mais il est possible de se libérer de l’illusion et de la voir pour ce qu’elle est.
    Si vous connaissez des textes intéressants sur le désir, qui proposent des analyses non girardiennes, n’hésitez pas à m’en donner les références.

    il me faudrait plus que des références à Proust pour m’en convaincre.

    Ainsi des citations de Proust ne suffisent pas à vous convaincre. Vous avez raison, je ne me serais pas non plus laissé convaincre par les seuls mots de Marcel Proust. Peut-être que Cervantès, Stendhal ou Dostoïevski sauraient mieux vous persuader. Sinon, le Christ s’en chargera :
    « Comment pourriez-vous croire, vous qui tenez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? » Jean 5 : 44

  3. Mat

    « Tout d’abord, comme je l’ai déjà mentionné, nous ne sommes pas tous esclaves du désir métaphysique (et donc mimétique) au même degré. Moins on est vaniteux, moins on l’est.  »

    Donc, si on n’est pas d’accord avec Girard, c’est qu’on est vaniteux. Je ne nie pas que je sois vaniteux, mais ça me semble un peu court comme argument. Les psychanalystes aussi vous expliquent que, si vous ne croyez pas en leurs théories, c’est que vous faites une résistance.

    « Je ne sais pas à quels autres penseurs vous pensez. Darwin ? Marx ?  »

    Vous pourrez y ajouter Freud et quelques autres zozos.

    « Pourquoi achète-t-on une Ferrari, par exemple ? Une Ferrari a des qualités intrinsèques, des supériorités objectives. C’est une voiture qui est plus performante que toutes les autres, c’est indiscutable. Mais est-ce pour cela qu’on en achète une ? Dans certains cas oui, il y a parmi les clients quelques authentiques passionnés d’automobile.  »

    Est-ce à dire qu’il existerait bien un désir non-mimétique, finalement ?

    « Si vous connaissez des textes intéressants sur le désir, qui proposent des analyses non girardiennes, n’hésitez pas à m’en donner les références. »

    Je ne pensais pas à des analyses, mais à des textes narratifs, qui décrivent la naissance du désir amoureux comme provenant des qualités de l’objet désiré. De tels textes, il y en a pléthore, de l’antiquité au grand siècle en passant par le moyen âge, et beaucoup de leurs auteurs (Ovide, Chrétien de Troyes, Racine…) sont de grands écrivains.

    Comprenez bien que je ne viens pas attaquer vos positions. Je suis catholique. Je reconnais volontiers l’importance du détachement des biens terrestres, même si je ne suis pas suvent capable de l’appliquer dans ma propre vie. Je veux vivre et mourir fidèle aux enseignements de l’Eglise, mais René Girard n’est pas encore dans le credo. Il m’a l’air d’être un homme à système, et de tels gens, même quand ils ont de bonnes idées, les poussent généralement trop loin.

    Prenez La Rochefoucauld, qui nous dit que tout est amour propre, et qui traque l’amour propre jusqu’au cloître, jusque dans l’humilité. Si on le prend au sérieux, on ne peut que hausser les épaules, et conclure : « OK, nous faisons tout par amour propre. Alors pourquoi s’en faire ? C’est très bien, l’amour propre. Pas la peine de lutter contre, s’il est même la source de nos actes vertueux. » La Rochefoucauld laisse subsister la possibilité d’échapper à l’amour propre par la fuite en Dieu, mais il n’en donne pas d’exemple. Je ne suis pas sûr qu’il y ait vraiment cru.

    Girard nous dit que tout désir (y compris, si je vous suis bien, le désir sexuel qui est nécessaire à la perpétuation de notre espèce) est mimétique. Là encore, je hausse les épaules et je dis : « Peut-être, mais en ce cas, il est vain de vouloir s’y soustraire. Loin d’être un piège auquel s’arracher, le désir mimétique est chose bonne et naturelle, puisqu’il nous fait agir et nous fait transmettre la vie. »

    Je crois comprendre que Girard dessine vaguement (comme La Rochefoucauld) la possibilité d’échapper au désir mimétique en nous réfugiant en Dieu, Dieu qui serait seul à être véritablement, immédiatement désirable. Et je ne nie pas, certes, que Dieu soit le seul véritable bien vers lequel nous devons tendre. Mais notre désir de Lui n’est-il pas aussi mimétique, voire LE désir mimétique s’il en est un ? Dieu étant l’Inconnu par excellence, et complètement au-delà de notre imagination, je ne suis pas sûr que nous puissions vraiment Le désirer… sans médiation d’un tiers. Et justement l’Eglise nous propose des modèles, les saints, des hommes qui ont vécu cette relation d’abandon et d’amour avec Dieu à laquelle nous devons aspirer. Est-ce que cheminer vers Dieu, ce n’est pas suivre l’exemple des saints ? Les saints seraient-ils donc « des idoles », au sens girardien du terme ?

    Je me demande s’il n’y pas plus de sagesse dans la Christmas Carol de saint Wenceslas que dans les pages de René Girard.

    « Sire, the night is darker now
    And the wind blows stronger
    Fails my heart, I know not how,
    I can go no longer. »
    « Mark my footsteps, my good page
    Tread thou in them boldly
    Thou shalt find the winter’s rage
    Freeze thy blood less coldly. »

    In his master’s steps he trod
    Where the snow lay dinted :
    Heat was in the very sod
    Which the Saint had printed

  4. Thibault

    Le désir sexuel est irrationnel. On peut désirer une personne alors que l’on ne la connaissait pas 5 minutes auparavant, ou on peut désirer une bêtasse. Inversement on peut apprécier énormément une personne de l’autre sexe pour ses qualités humaines et ne pas la désirer. Donc à la question d’Eugène, j’aurais une réponse plus simple : un aspect bloque son inconscient, et son origine est probablement simplement physique.
    Les biologistes ont démontré que chez les hommes et les femmes le cerveau analysait d’abord le corps physique de l’autre et en tirait une conclusion inconsciente sur un plan biologique (processus inconscient) : la question qui se pose pour les hommes est « cette fille sera-t-elle capable de porter mes enfants, de les allaiter ? » (d’où par exemple l’importance d’une jolie poitrine) et pour les femmes « cet homme sera-t-il capable de protéger (physiquement) la famille ? » (d’où certains facteurs comme la taille, la robustesse apparente, une certaine virilité, …). Le cerveau n’a pas eu tellement le temps d’évoluer depuis le néolithique. Si la réponse est oui : flot d’hormones. Il n’y a pas à chercher plus loin. (bien sûr, quelques autres aspects rentrent certainement en compte, et l’habillement et parures modernes trompent nos sens et donc nos neurones).

    L’intellect de la personne, les qualités humaines, … ça le cerveau « primitif » n’en tient pas compte.

    Après, est-on obligé de se soumettre à nos désirs, d’en être l’esclave ? Ca je ne le crois pas. Je pense qu’on peut très bien se mettre avec une personne que l’on ne désire pas absolument. Le désir peut, de plus, apparaître ou se développer avec le temps (à condition que la personne ne nous répugne pas physiquement dès le départ). Pour une relation à long terme, il faut autre chose que le désir sexuel … la passion amoureuse dépassant rarement 3 ans. Le fort taux de divorces actuels est selon moi dû à la domination du désir sexuel dans le choix du conjoint, les autres aspects (centres d’intérêt communs, valeurs communes, …) étant délaissés contrairement aux anciens temps. Les statistiques de l’INSEE montrent un taux de divorces/séparations fort entre 3 et 7 ans après mariage avec un pic de divorces 3-4 ans après le mariage.

    Conclusion : il vaut mieux se mettre avec une personne que l’on apprécie beaucoup qu’avec une personne que l’on désire (les deux n’étant pas antinomiques).

    Sinon analyse intéressante de Kolia.

  5. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Mat,

    Donc, si on n’est pas d’accord avec Girard, c’est qu’on est vaniteux.

    Non, je n’ai pas dis ça. D’abord, il est possible que René Girard se trompe et moi avec lui. Mais au début de mon commentaire précédent, je supposais la validité de la théorie girardienne et je tentais d’expliquer pourquoi elle peut malgré tout paraître erronée, voire ridicule. J’ai notamment écrit que cette théorie est susceptible de ne pas parler beaucoup aux personnes peu vaniteuses. Donc vous voyez, je ne vous range pas dans la case des vaniteux. Si vous l’étiez vraiment vous ne prendriez pas le temps de dialoguer avec moi et vous auriez passé votre samedi après-midi dans les boutiques, ou à faire le beau en terrasse.
    J’ai également écrit : « La vérité sur le désir n’apparaît en pleine lumière qu’aux yeux du vaniteux qui se défait peu à peu de sa vanité. » Ce sont donc les adeptes de la théorie de Girard que « j’accuse » d’être des vaniteux plus ou moins repentis.

    Est-ce à dire qu’il existerait bien un désir non-mimétique, finalement ?

    Oui, je n’en ai pas encore parlé (c’est difficile d’être exhaustif) mais Girard établit une distinction entre « désir » et « passion ». La passion n’est pas mimétique, elle est spontanée. Elle se distingue du désir en cela qu’elle ne requiert pas la possession de l’objet pour être satisfaite. Par ailleurs, elle ne conduit jamais au ressentiment, ni à la haine. Le passionné de Ferrari s’accommode de ne pas en posséder une. Il est heureux d’en voir une passer dans la rue, il aimerait bien la conduire, mais il n’est pas jaloux. Le désir peut conduire à la violence, voire au meurtre, pas la passion. Cela s’explique par le fait que la passion n’est pas métaphysique. Certaines choses peuvent faire l’objet de passions, mais pas de désir. Par exemple, on peut être passionné par les trains, mais pas les désirer. Je pense que ces explications vous permettent de sentir la différence entre « désir » et « passion ». Selon Girard, il y a une évolution historique marquée par la disparition des êtres passionnés au fur et à mesure que le désir étend son emprise.

    Je ne pensais pas à des analyses, mais à des textes narratifs, qui décrivent la naissance du désir amoureux comme provenant des qualités de l’objet désiré.

    Pour le coup, s’il y a un point sur lequel je pense que tout le monde sera d’accord, c’est sur le fait que le sentiment amoureux produit une transfiguration de l’être aimé, qui engendre un désir infiniment plus intense que celui que produirait la simple considération de ses qualités et de ses défauts. Qui, alors qu’il était au désespoir de n’être pas aimé de celle dont il était amoureux, n’a pas entendu ses amis lui dire : « Tu te tracasses inutilement, elle est comme les autres, elle n’a rien d’exceptionnel. Passe à autre chose ! » Et qui peut dire, rétrospectivement, que ces amis n’avaient pas raison. Nous avons tous un jour rit en nous souvenant de nos sentiment passés. « Comment a-t-elle pu me rendre aussi fou ? Haha, c’est invraisemblable ! »
    Nous savons tous, n’est-ce pas, que l’état amoureux est fondé sur une illusion. Nous le savons, mais nous refusons d’en tenir compte, car nous ne voulons pas renoncer aux délices du sentiment amoureux.

    La question est de savoir si l’idéalisation par l’amoureux est tout de même fondée sur des qualités objectives. En général oui, elle s’appuie sur des caractéristiques concrètes. Elles jouent dans l’embrasement amoureux le même rôle qu’une allumette dans la mise en route d’un feu de la saint Jean. Mais la clarté éblouissante et la chaleur suffocante qui en résultent ne sont pas dues à l’allumette, mais aux grandes quantités de paille et de branches sèches accumulées en nous-mêmes et qui correspondent à notre propension à rêver de l’être parfait et à caresser l’espoir de nous lier à lui.

    De tels textes, il y en a pléthore, de l’antiquité au grand siècle en passant par le moyen âge, et beaucoup de leurs auteurs (Ovide, Chrétien de Troyes, Racine…) sont de grands écrivains.

    On peut être un grand écrivain et ne pas voir à travers l’illusion amoureuse. On peut aussi l’avoir dépassée et raconter la naissance du désir malgré tout, car le désir, contrairement à l’être auquel il donne naissance dans l’imagination de l’amoureux, est lui bien réel.
    Mais surtout, il faut adopter une perspective historique. Le désir métaphysique est un mal qui a été plus ou moins répandu et aigu en fonction des époques. Au cours des derniers siècles il n’a cessé de gagner du terrain, en parallèle du rejet de Dieu par les hommes. C’est cette évolution que Girard a retrouvée dans les œuvres des romanciers qu’il a étudiés. Ainsi, chez Cervantès, ce sont les premiers stades du désir qui transparaissent, chez Flaubert puis Stendhal le mal s’aggrave avant de trouver son stade ultime chez Proust et Dostoïevski. Cervantès n’a pas moins de mérite parce qu’il n’a pas perçu les conséquences ultimes du désir. Il ne les a pas perçu, tout simplement parce qu’elles n’étaient pas visibles dans l’Espagne du XVIe siècle. Elles l’étaient, en revanche, dans la France du début du XXe et la Russie des années 1860-1870.
    Vous voyez qu’il n’est pas question de rabaisser Chrétien de Troyes parce qu’il aurait été dupe des illusions entourant le désir.

    La théorie de Girard date d’il y a plus de cinquante ans (1961). Depuis, la situation s’est encore aggravée, il n’y a plus de doute quant au fait que le désir nous emmène au fond des égouts.
    Si Chrétien de Troyes venait nous rendre visite, je ne crois pas que le spectacle qui s’offrirait à ses yeux lui donnerait envie de chanter la genèse du désir amoureux. Je crois qu’il n’aurait pas le cœur à cela en découvrant que les jeunes hommes désirent à en mourir des outres à bière, suceuses de b****, qui ne peuvent pas passer un jour sans leur smartphone sans tomber en dépression nerveuse. Elliot Rodger a tué six personnes et s’est suicidé parce qu’il était rejeté par les filles de ce type.
    On va me reprocher l’avant dernière phrase en me disant qu’elle est haineuse alors qu’elle est factuelle. Franchement, je préférerais ne pas avoir à écrire ce genre de chose, mais à un moment donné, il faut faire l’état des lieux objectivement, même si on tombe sur des choses laides et malodorantes. On ne peut pas reprocher à l’égoutier qui revient de sa tournée d’inspection, d’être sale.

    [René Girard] m’a l’air d’être un homme à système, et de tels gens, même quand ils ont de bonnes idées, les poussent généralement trop loin.

    Vous avez raison, ce risque existe. Peut-être aussi n’est-ce pas lui, mais moi qui vais trop loin. Car les analyses sur le désir que je livre sont fondées sur la théorie de Girard, mais n’ont pas été formulées explicitement par lui, c’est moi qui les ai imaginées.
    J’ai conscience du risque d’aller trop loin. Pour éviter de dire n’importe quoi, je me fie au pouvoir explicatif de la théorie et je dois dire qu’elle me satisfait beaucoup sur ce plan là. Mais je sais que les apparences sont parfois trompeuses et je vous remercie de tempérer mon enthousiasme par les doutes que vous exprimez.

    Loin d’être un piège auquel s’arracher, le désir mimétique est chose bonne et naturelle, puisqu’il nous fait agir et nous fait transmettre la vie.

    Pardon, mais là vous vous trompez lourdement. En occident le désir sexuel est libre de toute contrainte depuis seulement quarante ans. Le désir est seul maître à bord dans le domaine des relations conjugales, amoureuses et sexuelles depuis les années 70. La transmission de la vie devrait battre son plein si on vous suit. Or, l’Europe est en train de se suicider démographiquement, le désir des français à conduit aux meurtres de huit millions d’enfants, et 99% des rapports sexuels sont stériles.

    Girard nous dit que tout désir (y compris, si je vous suis bien, le désir sexuel qui est nécessaire à la perpétuation de notre espèce) est mimétique.

    Je ne sais pas ce qu’en pense Girard, mais je considère, en effet, que même ce que l’on appelle l’instinct sexuel et que l’on considère comme une évidence dans le monde post-darwinien, n’est pas ce que l’on croit. L’article ci-dessus, ainsi que celui-ci donne quelques précisions sur le sujet.
    Je pense que ce que nous appelons désir sexuel est comme une gangue qui enserre et étouffe le désir que Dieu a originellement mit dans le cœur de l’homme. On peut libérer ce bon désir voulu par Dieu de sa gangue, c’est même notre devoir. L’univers de ce désir n’est pas tapissé de contraceptifs, d’IVG, de pratiques contre-nature, de tenues affriolantes, de fun et de stérilité. Ce désir n’est que charité et il vise à la gloire de Dieu.

    Et je ne nie pas, certes, que Dieu soit le seul véritable bien vers lequel nous devons tendre. Mais notre désir de Lui n’est-il pas aussi mimétique, voire LE désir mimétique s’il en est un ?

    Le désir mimétique n’est pas mauvais en lui-même, tout dépend qui est imité. Si c’est le Christ tout va bien. Par ailleurs, imiter un saint revient à imiter le Christ, non ?

    la Christmas Carol de saint Wenceslas

    Marcher dans les pas d’un autre homme, pourquoi pas, mais tout dépend de quel homme il s’agit. Très belles paroles, merci.

  6. Mat

    Je crois que nous sommes d’accord sur le fond. Il faudrait que je lise Girard pour en parler de manière plus pertinente, mais… tant à faire et si peu de temps !

  7. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Thibault,

    Le désir sexuel est irrationnel.

    Oui, dans le sens où en général nous n’en comprenons pas vraiment les mécanismes. Mais mon article tente justement d’expliquer ce qui pour l’instant n’est pas expliqué ou est mal expliqué.

    On peut désirer une personne alors que l’on ne la connaissait pas 5 minutes auparavant, ou on peut désirer une bêtasse.

    Absolument, mais René Girard va plus loin : « Baudelaire affirmait déjà que la “ bêtise ” est un ornement indispensable de la beauté moderne. Il faut aller plus loin ; il faut situer l’essence même du sexuellement désirable dans l’insuffisance spirituelle et morale, dans tous les vices qui rendrait la fréquentation de l’être désiré intolérable en dehors de ce désir. »

    En effet, aux yeux de l’être sensible et réfléchi, fatalement un peu tourmenté et souffrant, l’idiote semble faire preuve d’une aisance, d’une maîtrise « divine ». En réalité, elle n’a d’assurance dans la vie que parce qu’elle ne pense rien et ne sent rien.
    L’abruti peut avoir du succès auprès des femmes pour les mêmes raisons.

    Il m’est arrivé de désirer une fille exactement pour cela. Elle n’arrêtait pas de raconter des histoires sans intérêts avec une conscience d’elle-même proche de celle d’une vache laitière. Ses bavardages étaient aussi automatiques, mécaniques et irréfléchis que les ruminations d’un bovin. Et cela contribuait à mon désir…

    Donc à la question d’Eugène, j’aurais une réponse plus simple : un aspect bloque son inconscient, et son origine est probablement simplement physique.

    Est-ce qu’on désire celle dont on aime le physique, ou est ce qu’on aime le physique de celle que l’on désire ?
    Ça peut probablement marcher dans les deux sens, mais je penche plutôt pour la deuxième option.

    Pour ma part je pense qu’il suffirait qu’Eugène fasse des avances à Marie et que celle-ci les repousse pour qu’il se mette à la désirer.

    la question qui se pose pour les hommes est “cette fille sera-t-elle capable de porter mes enfants, de les allaiter ?” (d’où par exemple l’importance d’une jolie poitrine)

    Votre approche de cette question est matérialiste et darwinienne, si je comprends bien. Je vous invite à me proposer un scénario plausible, s’inscrivant dans le cadre de la théorie de l’évolution, permettant d’expliquer le goût des hommes pour les beaux seins.

    Après, est-on obligé de se soumettre à nos désirs, d’en être l’esclave ? Ca je ne le crois pas.

    Vous avez raison, mais je pense que l’homme sera esclave de ses désirs (qu’il est très prompt à rebaptiser « instincts » pour justifier qu’il s’y abandonne) aussi longtemps qu’il refusera le règne de Dieu.

    Le fort taux de divorces actuels est selon moi dû à la domination du désir sexuel dans le choix du conjoint, les autres aspects (centres d’intérêt communs, valeurs communes, …) étant délaissés contrairement aux anciens temps.

    C’est un des facteurs du divorce de masse, mais c’est loin d’être le seul. Aux anciens temps, comme vous dites, la société et la culture, dans leur globalité, étaient marriage friendly. A présent elles lui sont foncièrement hostiles.

    Conclusion : il vaut mieux se mettre avec une personne que l’on apprécie beaucoup qu’avec une personne que l’on désire (les deux n’étant pas antinomiques).

    D’accord avec vous. J’ajoute qu’il ne faut pas se marier avec la personne que l’on aime, mais avec celle que l’on veut aimer, que l’on choisit d’aimer.

  8. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Mat,

    Je ne vous le fais pas dire. Je pense qu’il y a un intérêt particulier à s’intéresser au désir dans une société ou il règne en maître omnipotent, mais ça reste une question de priorité. Le bouquin en lui-même n’est pas très long (300 pages), mais il faut prendre le temps de le méditer et de le confronter à sa propre expérience pour en retirer des fruits.

    De mon côté, je ne regrette pas de l’avoir lu, ne serait-ce que parce que Girard m’a donné envie de lire les romanciers.

  9. Thibault

    @ Kolia

    Je ne suis pas « darwiniste » mais je considère qu’il y a du bon à prendre. De même que je ne suis pas marxiste et que pourtant je considère que Marx n’a pas dit que des bêtises.

    Pourquoi cette focalisation des hommes sur la poitrine, cette partie du corps (qui était autrefois) importante pour l’allaitement ? Pourquoi les femmes aiment les hommes plutôt grands (au moins plus grands qu’elles), à l’apparence robuste ?
    Je ne dis pas que ça explique tout, mais que ça explique en grande partie.

    Pour ce qui est le physique et la personnalité ,c’est délicat, mais on a tendance à préférer des personnes qui ont confiance en elles (surtout dans le sens femmes > hommes), mais la raison que vous avancez (la vacuité intellectuelle donnant de l’assurance) est plausible.

    Après je ne suis pas chrétien croyant, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier votre blog. J’ai ma métaphysique personnelle bâtie sur ce que j’ai lu des NDE (expériences de mort imminente), de diférents astrophysiciens (en particulier sur le principe anthropique) et philosophes. Je trouve le christianisme très beau et ai fait un mémoire sur l’Eglise au XVIIIe, à l’époque ils disaint que la religion chrétienne est vraie car elle est belle, argument qui ne me convainc pas. Mais je ne cherche à convaincre personne.

  10. Thibault

    « Est-ce qu’on désire celle dont on aime le physique, ou est ce qu’on aime le physique de celle que l’on désire ? »

    Le physique est une condition indispensable pour le désir. Donnez-moi des femmes de 1m50 faisant 80 kg qui soient ardemment désirées. Il y aura toujours des exceptions, mais justement ce sont des exceptions …

  11. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Pourquoi cette focalisation des hommes sur la poitrine, cette partie du corps (qui était autrefois) importante pour l’allaitement ?

    D’après ce que j’ai lu, la taille de la poitrine n’a pas d’incidence sur la production de lait.
    Mais là n’est pas la question. Il y a plein de façon d’expliquer l’attirance des hommes pour les beaux seins. Le fait qu’ils soient beaux en est une. Et oui, après tout, peut-être que les hommes aiment les beaux seins simplement parce qu’ils sont beaux. L’approche évolutionniste suggère qu’il y a un ou plusieurs gènes qui commandent d’aimer les « beaux seins » et que ce ou ces gènes se sont répandus dans la population masculine sous l’effet d’une pression sélective. Je vous invitais à préciser ce scénario, à le détailler, pour qu’il soit complet et convaincant. Je ne sais pas si vous y parviendrez, mais je vous conseille d’essayer, ça ne peut qu’être instructif.

    mais on a tendance à préférer des personnes qui ont confiance en elles

    La confiance, que je rattacherais à la foi, est bonne et il est parfaitement sain d’être plus attiré par les personnes qui en font montre que par celles qui ont une déficience à ce niveau là. Par contre, de nos jours, c’est bien souvent la grossièreté, la bêtise, l’agressivité qui passent pour de la confiance et qui offrent un certain succès à ceux et à celles qui en font montre.

    Le physique est une condition indispensable pour le désir. Donnez-moi des femmes de 1m50 faisant 80 kg qui soient ardemment désirées.

    Je vous renvoi à Stendhal que j’ai déjà cité plus haut : « On voit en quoi la beauté est nécessaire à la naissance de l’amour. Il faut que la laideur ne fasse pas obstacle. L’amant arrive bientôt à trouver belle sa maîtresse telle qu’elle est, sans songer à la vraie beauté. »

  12. lecteurob

    Cher Eugène,
    si tant est que vous existiez vraiment, et que vous lisiez ce blog, je ne saurais trop vous recommander, pour ma part, de bien prendre note de tous les arguments de Kolia qui me semblent profonds et très justes, mais de ne surtout pas, comme il vous le suggère à la fin, demander Marie en mariage « les yeux fermés ». Surtout pas « les yeux fermés », donc, et par conséquent, surtout pas immédiatement.
    Ceci, parce que — et c’est sans doute le seul autre point sur lequel je divergerais avec Kolia — il est certain que vous ne posséderez jamais Marie, pas plus qu’aucune autre femme. Marie est Marie, elle n’est pas vous, et c’est tout son intérêt. Et si vous voulez vous engager dans une histoire commune avec elle, si le désir que vous pouvez avoir pour elle n’est certes pas ce qui vous permettra de mener cette histoire bien loin, il est quand même nécessaire. Aussi, commencez par éclaircir ces quelques points apparemment secondaires qui vous chagrinent chez elle. Parlez-en simplement avec elle, et vous verrez si ces aspects vous semblent alors encore importants ou non…
    Je vous dis ceci par expérience, de cas similaires au vôtre qui m’ont été rapportés, où cette personne miraculeusement préservée des horreurs de notre monde matérialiste et superficiel, s’est avérée provenir d’un milieu plus ou moins sectaire, qu’elle ne revendiquait pas, mais avec lequel elle n’était pas claire du tout non plus, et finalement très fragile dans sa position « le cul entre deux chaises ». Je ne dis pas que ce soit le cas de Marie, je ne dis pas non plus que la fragilité soit une raison de renoncer, mais il vaut mieux le savoir avant.
    Et puis, d’une manière générale, il me semble préférable d’apprendre à connaître Marie un peu plus que la qualité de son teint, le fait qu’elle préfère broder plutôt que regarder la télé, et les habits qu’elle porte… Discutez, échangez, avec elle, sur des sujets un peu plus sérieux ! Est-elle croyante, déjà ? Quelles sont ses opinions politiques ? Non pour dire qu’il soit nécessaire que vous partagiez les mêmes convictions et opinions sur tout, mais sachez-le avant, au moins. Qu’elle veuille avoir des enfants peut être une très bonne chose, mais avant de penser à les faire, il vous faut penser à construire un couple…
    Bien amicalement à vous, cher Eugène.

  13. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Merci pour ces excellents conseils. Eugène les a lus.
    Je suis d’accord avec vous, demander en mariage les yeux fermés n’est pas une très bonne idée. En fait, j’ai surtout écrit cela pour le style, pour faire une chute spectaculaire :-)
    Bonne remarque sur l’éventuel milieu sectaire dont pourrait provenir Marie. Mais il faut aussi s’entendre sur ce qu’on appelle une « secte ». Pour certains la FSSPX en est une. L’idéal serait qu’Eugène puisse entrer en contact avec la famille de Marie et fasse connaissance avec ses parents, ça lui donnera une bonne idée de ce à quoi pourrait ressembler la vie conjugale avec Marie.

  14. lecteurob

    Cher Kolia, dont je viens de découvrir le blog suite à nos interventions réciproques sur celui de Pneumatis,
    je ne pensais effectivement pas à des sectes ‘dures’, qu’elles soient chrétiennes ou autres : dans ce cas, soit Marie y serait encore, et ne se laisserait sans doute même pas aborder par Eugène sans chercher à le ‘convertir’, soit elle s’en serait échappée, et se trouverait complètement paumée dans notre monde moderne, ou encore s’y serait plongée à fond par réaction.
    Le cas que j’ai connu par ma fille (eh oui, là il s’agissait d’un garçon, qui détonnait dans le paysage) devait plutôt provenir d’une des nombreuses églises de la mouvance protestante, qui ont pour certaines d’entre elles aussi de telles habitudes de rejet de la modernité. Pour ce que j’en sais, peut-être le cas pourrait-il aussi se présenter avec la FSSPX ? je ne la connais pas suffisamment pour le dire. Ce qui se passait, en tout cas, avec ce garçon, c’est que tout en ayant hérité des valeurs de la communauté de ses parents, en n’hésitant pas à les afficher et à les vivre, il ne souhaitait pourtant pas, à ce moment-là, rester dans cette église. C’est normal, je crois, nous avons tous à un moment donné à prendre nos distances avec nos parents pour nous construire par nous-mêmes. En même temps, ce qui me semble aussi évident, c’est que tôt ou tard, soit ce garçon retournera, par choix personnel, vers l’église dont il venait, soit, hélas, reverra ses exigences en matière d’éthique. Je ne peux pas dire ce qu’il a finalement fait, si tant est qu’il ait fini par faire un choix à l’heure actuelle : ma fille a laissé tomber.
    Et je pense qu’elle a eu raison. Parce que c’est là où je voulais en venir aussi, en recommandant à Eugène d’apprendre à connaître Marie un peu plus que ce qui me semble rester très superficiel dans sa lettre : est-il prêt à épouser une mormone ou une quacker ? j’imagine que non…

  15. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Ah oui, un protestant, il faut faire attention en effet :-)

    C’est normal, je crois, nous avons tous à un moment donné à prendre nos distances avec nos parents pour nous construire par nous-mêmes.

    J’ai du mal à déterminer si cette prise de distance est absolument nécessaire et en supposant qu’elle le soit, quel est le bon dosage. Parce que si elle prend des proportions trop importantes et a des conséquences graves, ça me parait être un échec des parents (qui ne sont pas toujours aidé par la société, aujourd’hui ils ne le sont pas du tout).
    J’ai l’impression, d’après ce que j’ai pu observer autour de moi, que de nombreux parents ont voulu protéger leurs enfants, mais ont à moitié échoué car ils n’ont pas osé la coupure radicale avec le monde. En gros, aujourd’hui et depuis un certain temps, si on veut protéger ses enfants des miasmes et de la pourriture ambiante, les « bons lycées cathos de centre-ville » ne suffisent absolument pas. Ils ne protègent de rien. Les seules solutions sont à mon avis dans le hors-contrat et le homeschooling. Mais j’admets ne pas connaitre ces solutions de l’intérieur.

    est-il prêt à épouser une mormone ou une quacker ? j’imagine que non…

    Marie n’est ni quaker ni mormone, mais vous employez ces mots au sens figuré je suppose. Eugène n’est sans doute pas prêt pour le moment, mais il finira par l’être, lorsque son regard aura traversé le monde moderne, de part en part, et n’y aura vu que le néant.

  16. Anon

    L’isolement complet est effectivement la solution la plus radicale et la plus sûre. C’est juste que c’est à ce moment qu’on devient une secte…

  17. Irena Adler

    Merci Kolia ! Un excellent article ! En tout cas j’ai beaucoup aimé. ^^

    Je ne viens pas suffisamment souvent vous lire… Il s’agit de réparer ce manquement ! :)

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