Archives mensuelles : juin 2014

Les illusions du monde moderne : la richesse

Cet texte fait partie d’une série dont l’article introductif se trouve ici.

NB : Dans l’article qui suit, le mot « richesse » désigne les biens matériels auxquels les gens, en général, attachent de l’importance, accordent de la valeur. A l’époque contemporaine, un lave-vaisselle est une forme de richesse. Au moyen-âge, un bac en bois pour laver le linge était une forme de richesse.

Il y a quelque temps, j’ai travaillé comme intérimaire dans une entreprise de pose de portes et fenêtres. Mon collègue et moi, nous arrivions en début de semaine chez un client, dont la maison était équipée d’un simple vitrage vieillot. A la fin de la semaine, quand nous repartions définitivement, tous les ouvrants avaient été remplacés et étaient munis d’un double, voire d’un triple vitrage. D’une maison chaude l’été, froide l’hiver, impossible à chauffer et envahie par les bruits de la rue, nous avions fait un havre de paix et de confort. Mais, ça n’avait pas été sans mal. Il avait fallut démolir, suer, aspirer, porter, découper, soulever, visser, coller, transpirer, ajuster, nettoyer, étanchéifier, faire briller et recommencer autant de fois qu’il y avait de fenêtre. Poser des fenêtres m’a permis de bien réaliser que la présence dans un logement d’un élément de confort, comme le double vitrage, est le résultat d’un effort conséquent. En exerçant ce métier, dans lequel le lien entre le travail fourni et son résultat concret est direct, j’ai pris pleinement conscience d’une réalité éternelle : la richesse est le fruit du travail des hommes et sans travail il n’y a pas de richesse.
Les artisans, tels que les plombiers ou les menuisiers, font encore une activité humaine, parce qu’ils voient le résultat de leur travail, mais aussi parce que ce résultat peut raisonnablement être qualifié d’utile (il constitue donc une richesse authentique, contrairement à un maillot officiel Benzema à 110€). Mais à part eux et quelques autres, qui aujourd’hui peut dire que la richesse produite dans le cadre de son activité professionnelle est immédiatement visible. En fait, souvent, même en cherchant bien, on peine à en trouver la trace. Il ne s’agit pas de dire qu’aucune richesse n’est produite, mais qu’il est souvent impossible d’établir un lien, autre que très abstrait, entre le travail d’une personne et une production de richesse effective. C’est lié à la complexité sur le plan économique des sociétés occidentales modernes, qui est l’aboutissement de siècles de progrès techniques. Ces derniers ont transformés une économie simple, dans laquelle 80% des gens travaillaient la terre, en une économie diversifiée à l’extrême, produisant des biens complexes requérant l’intervention d’une multitude d’acteurs intermédiaires hyperspécialisés.
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L’Éclipse du réel : terreau des idées fausses

LAS VEGASLa discussion rationnelle et argumentée est finalement assez impuissante à faire changer d’opinion un interlocuteur. Il y a heureusement des exceptions et on peut parfois contribuer à faire évoluer une personne d’une idée I à une idée J. Il est assez naturel, en revanche, que le passage d’une idée I à une idée O ne puisse pas se faire en une seule fois. Il est nécessaire de passer par les étapes intermédiaires J, K, L, M et N et cela prend un certain temps. Une personne qui évoluerait directement de I à O verrait « son monde » s’effondrer brutalement et c’est, en général, plus que ce qu’un homme peut supporter. Un changement d’opinion rapide et radical est probablement impossible en dehors du contexte d’événements exceptionnels, tels qu’une grave maladie, ou une guerre.
Si toute remise en question requiert un certain temps, il n’en faut pas moins distinguer les personnes évolutives sur le plan des opinions, de celles qui semblent êtres complètement figées dans leurs idées. Pour ces-dernières il n’est pas question de passer de I à J, même lentement. Cela tient au fait qu’elles défendent les idées qui leur permettent de se sentir bien ou importantes, sans être plus que cela préoccupées par la vérité (bien qu’elles prétendent le contraire). La remise en question de leurs idées mettrait en péril leur bien-être, c’est pourquoi, ces personnes feront tout pour l’éviter, y compris débrancher leur cerveau lorsqu’on leur présente des arguments imparables.
Il est probable que l’âge joue un rôle dans la faculté à évoluer sur le plan des opinions. N’est-il pas plus facile de remettre en question sa vision du monde quand on a vingt-cinq ans que quand on en a cinquante ? Dans le second cas, cela revient à admettre que l’on s’est trompé toute sa vie, ce qui demande beaucoup d’humilité. Lorsque j’avais vingt ans, en voyant tous ces journalistes et ces personnalités du showbiz réciter leur catéchisme gauchiste à la télé, j’ai compris qu’ils défendaient les idées de leur jeunesse, dont ils ne pouvaient plus se défaire, à moins de reconnaître avoir fait fausse route pendant des décennies, ce que leur orgueil n’aurait pas pu supporter. En d’autres termes, ils étaient gauchistes et condamnés à l’être. Ils ne pouvaient pas revenir à la raison parce qu’ils n’avaient pas l’humilité requise pour admettre, du haut de leurs quarante, cinquante ou soixante ans, qu’ils avaient dit et fait n’importe quoi, tout au long de leur vie. Beaucoup de choses se jouent dans les premières années de la vie intellectuelle d’un homme. A ce stade, il n’est pas encore sous l’emprise d’un orgueil qui l’oblige à tenir pour vraies les idées qu’il a défendues la veille (car la veille, il n’avait pas encore d’idée). Bien entendu, il subit d’autres influences, celle du groupe notamment. Par ailleurs, il est souvent d’avantage intéressé par le sentiment de bien-être et de supériorité que peuvent lui donner certaines idées, que par la recherche authentique de la vérité. Toutefois, les jeunes années offrent une liberté que l’on perd une fois que l’on s’est aventuré dans une voie intellectuelle, car on a toujours tendance à persévérer dans une voie dans laquelle on s’est engagé, surtout si elle est mauvaise, et on s’acharne d’autant plus à y rester et à la défendre qu’on est dedans depuis longtemps. Les soixante-huitards sont la tragique illustration de ce phénomène. Il faut veiller à ne pas se tromper quand on est jeune, à bien réfléchir avant de se lancer dans une direction, car remonter la pente, une fois qu’on l’a dévalée, n’est pas chose facile.

Notre but est évidemment de convertir un maximum de gens à nos vues dans l’espoir de sauver la France, l’Europe et le Monde. Malheureusement, comme nous l’avons vu, cette stratégie n’est pas très efficace. Entre les personnes dont les idées évoluent, mais très lentement, et celles chez qui elles sont immuables en raison d’un manque d’intérêt pour la vérité et/ou d’un âge trop avancé, la discussion n’est pas très rentable.
En fait, un développement rationnel, aussi solide soit-il, est loin de valoir la sentence du réel quand il s’agit de convaincre quelqu’un. Nous avons tous appris qu’il ne faut pas toucher une plaque de cuisson en y posant la main, une fois, et en nous brûlant, n’est-ce pas ? Personne n’a jamais admis que toucher une plaque chaude est dangereux après avoir reçu un cours sur les transferts thermiques et le système nerveux par un professeur agrégé.
Les grandes questions autour desquels les bloggeurs et les cyber-commentateurs se disputent seront tranchées de la même façon : par le réel. Ou plutôt devrais-je dire, tranchées, elles le sont déjà, pour qui parvient à percevoir le réel. Car la difficultés est bien là : voir le réel tel qu’il est, malgré l’extraordinaire pouvoir de distorsion du monde moderne. La société occidentale contemporaine, comme toutes les sociétés avancées, entoure le réel d’un épais voile d’illusions. Et j’ai bien peur que de nombreuses positions que l’on voit défendues dans les débats, ici et là, découlent de l’incapacité de leurs auteurs à percer ce voile. Leurs idées ne s’enracinent donc pas dans le réel, mais dans la perception fausse qu’ils en ont. Par conséquent, ces idées sont elles-mêmes fausses.
LasVegas_ComeBackSoonIl s’agit de préciser en quoi la société moderne produit des illusions qui masquent le réel et trompent beaucoup de gens, y compris des personnes de bonne volonté. Je vais vous présenter une série d’exemples concrets de ce phénomène par lequel le monde contemporain escamote le réel derrière une façade factice, mais trompeuse. Chaque exemple fera l’objet d’un article ultérieur. Come back soon !

Un extrait révélateur

Dans l’extrait vidéo ci-dessous, Nicolas Domenach annonce avoir acheté le Coran et affirme qu’après l’avoir lu, il n’y a pas trouvé la violence que Zemmour prétend qu’il contient. Ce qui est intéressant, c’est que Domenach, journaliste de plus de 60 ans, qui prône l’accueil de l’immigré musulman depuis une quarantaine d’années, n’ait lu sa première ligne du Coran que la semaine dernière. Cet homme a contribué activement à l’entrée de dix millions de mahométans sans rien connaître du livre sur lequel est fondée toute leur vie.
Chapeau l’artiste !
Domenach est à mon avis représentatif des gauchistes de sa génération. A vingt ans ils ont adopté des idées à la con parce qu’ils étaient gâtés, blasés, orgueilleux et ignorants. Et tout le reste de leur vie, ils n’ont pas cessé de répéter ces mêmes idées, sans jamais les remettre en question, sans jamais approfondir le sujet en lisant sérieusement quelque chose qui ne les caressait pas dans le sens du poil. Et pour cause tout ce qui comptait, pour eux, c’était leur statut social et leur sentiment d’importance. Les années qui viennent vont être cruelles pour ces papys. Ils vont être contraints de reconnaître qu’ils se sont trompés toute leur vie, sur toute la ligne, à moins qu’ils ne choisissent plutôt de s’enfoncer dans un déni si extrême qu’il les mènera inéluctablement à la folie. Leur orgueil les conduira sûrement sur la seconde voie, à moins que le Christ ne les en guérisse, ce qui vaudrait mieux pour tout le monde. Prions pour eux.