A quoi donc a servi le féminisme ?

Alors que le mouvement féministe a conduit à une évolution du rôle de la femme, on pourrait penser que, dans le même temps, celui des hommes n’a pas changé. Il est vrai qu’il n’y a pas eu d’agitation « masculiniste » comme il y a eu une agitation féministe tout au long du XXe siècle. On est donc tenté de croire que les hommes sont restés bien sagement à leur place, tandis que les femmes ont fait la révolution. Mais c’est une illusion. En fait, le rôle des hommes à connu une évolution tout à fait comparable à celui des femmes tout au long du siècle dernier, seulement cette évolution a été plus discrète pour les raisons que nous allons voir.
Tout d’abord, il faut comprendre que la force sous-jacente au féminisme est l’individualisme. Le féminisme a eu pour rôle de permettre à chaque individu de sexe féminin de faire ce qu’il veut quand il veut, sans se préoccuper des conséquences sur ses enfants, son mari, sa famille, la société en général, la civilisation. Pourquoi y a-t-il eu un mouvement féministe et non un mouvement masculiniste ? C’est bien simple. Le rôle traditionnel de la femme se situait au sein du foyer. Elle était chargée d’en faire un lieu propre, bien tenu, agréable à vivre et confortable, en l’aménageant de façon astucieuse et en le décorant avec goût. Elle était également chargée de veiller sur ses enfants, de les caresser, de les nourrir, de les faire jouer, de nettoyer le linge, de préparer les repas, de rapiécer les vêtements, etc. Pour résumer, le rôle traditionnel de la femme consistait à être au service de ses enfants, de son époux et parfois d’un membre âgé de la famille. C’était un rôle résolument tourné vers les autres, à travers lequel la femme se sacrifiait pour la communauté (pour sa famille et par ce biais là pour des communautés plus larges, telles que la communauté nationale). Pendant ce temps, le rôle des hommes les amenait hors du foyer (ce qui ne veut pas forcément dire loin de celui-ci) où ils avaient pour mission de gagner de quoi faire vivre leur famille. C’était un rôle tourné vers les autres, vers la communauté, au même titre que celui de la femme. Mais, tout au long du XXe siècle (difficile de dire quand cela a commencé) ce rôle a connu une conversion individualiste discrète. Il a suffit, pour cela, que les ressources produites par le travail de l’homme ne soient plus allouées exclusivement à la satisfaction des besoins du foyer familial, mais qu’elles soient de plus en plus détournées au profit des plaisirs personnels du mari. Celui-ci a commencé à boire son salaire au bistrot, à parier sur des courses de chevaux, à jouer au casino, à s’acheter des montres, des chapeaux, des cigares, une automobile, à offrir des bijoux à sa maîtresse, etc. De son côté, le rôle traditionnel de la femme ne pouvait pas connaître une conversion individualiste comparable, car le sacrifice pour les autres constitue son essence même. Naturellement, la tentation individualiste était aussi forte chez les femmes que chez les hommes. C’est pour cela que le féminisme a eu du succès. Il a permis aux femmes de se débarrasser d’un rôle traditionnel qui était un obstacle insurmontable à l’individualisme et, tout comme les hommes, d’orienter leurs vies vers la satisfaction de leurs désirs individuels.

Pour conclure, le féminisme a permis la mise en adéquation du rôle de la femme avec l’individualisme moderne. Comme toutes les autres forces progressistes, on est bien obligé d’admettre que le féminisme a été irrésistible et l’est encore (la Révolution continue). Ce n’est pas à mettre au crédit d’une habileté stratégique des révolutionnaires, car leur action est une réponse purement mécanique aux circonstances. Les féliciter aurait à peu près autant de sens que de féliciter les sphincters d’un chien à chaque fois qu’il dépose une déjection sur le trottoir. Non, si nous sommes impuissants à résister à la Révolution, c’est que nous nous mettons systématiquement dans une position d’impuissance. Nous nous sommes joyeusement laissés aller à l’individualisme, inutile donc de se plaindre de l’une de ses conséquences : le féminisme. Les évolutions sociétales que nous n’apprécions guère sont toujours le résultat direct d’autres évolutions que nous avons accepté sans même y réfléchir. Je rappelle, par exemple, qu’il est absurde de se plaindre de l’invention d’un mariage pour les homos lorsqu’on s’adonne à la fornication stérile et que l’on verse dans l’androgynie vestimentaire et comportementale (voir cet article).
Plutôt que de lutter contre le lierre qui menace de faire s’écrouler nos murs en coupant quelques feuilles par-ci par-là, nous ferions mieux de l’arracher à la racine. Cela supposerait, entre autres choses, de renoncer à l’individualisme, à la contraception et à l’indifférenciation sexuelle. En réalité, cela n’aura pas lieu sans un profond renouveau spirituel, qui est et a toujours été notre seule chance de salut.

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14 réflexions au sujet de « A quoi donc a servi le féminisme ? »

  1. Roman Bernard

    Une série TV décrit bien ce phénomène : Mad Men. Dans l’esprit des scénaristes il s’agit bien entendu de le célébrer, mais ça n’empêche pas de décrypter le message de son côté.

  2. antigauchisme

    dans mad men, série dont je n’ai vu que quelques épisodes, le mari est volage et bien entouré tandis que la femme est souvent seule a la maison et fidèle Donc le féminisme prone la facilité Plutot que de tenter de rendre le mari fidèle et d’inciter d’autres femmes a rester a la maison elle incite la femme a faire comme l’homme, c’est a dire de tout faire pour que les femmes devennent a leur tour des serial-bosseuses-baiseuses Bien sur les femmes sont les premières a en souffrir, leur physique et leur mental n’étant pas du tout adapté a ce genre de moeurs-mode de vie C’est pour cela que les féministes parlent autant des femmes battues et violées (sans bien sur oser dire qui sont les principaux coupables de ce genres de crimes, gauchisme oblige, mais tout ceci est une autre histoire) Il leur suffit juste de dire que les femmes sont ultras-minoritaires parmi les criminels et qu’il est donc en conséquence beaucoup plus fréquent qu’une femme soient victime d’un homme que l’inverse (bien que les femmes ne soient pas toujours de blanches colombes, on estime a 100000 le nombre de maris maltraités psychiquement ou physiquement par des femmes-contre 400000 femmes maltraitées-sans oublier les nombreux cas de maltraitance de personnes agées et d’enfants, les nourrices infirmières et aides soignantes pauvres et faisant souvent partie de minorités ethnique sont pointées du doigt) pour fimpressioner leur auditoire Grace a ces chiffres, leur « combat », leur « lutte contre le patriarcat qui n’est pas mort, la parité dans tous les domaines n’a pas encore été atteinte, nous ne sommes qu’au milieu du gué » se trouvent ainsi conforté, puisque a notre époque les victimes ont toujours raison (dernier exemple en date gaza ou on ne dit plus que les gazaouis sont des timbrés qui ont choisi volontairement d’etre les esclaves du hamas mais que netanyaou est le descendant d’hitler et celui qui renforce le hamas, on a les meme a la maison qui disent que l’islamisme n’est qu’une réaction légitime au colonialisme, a la pauvreté et a la montée du FN donc que les descendants des nazis sont les électeurs du FN et non les « pauvres » tueurs de femmes-enfants-juifs-chrétiens rayez la mention inutile que l’on peut voir a l’oeuvre sur tous nos écrans, nos pauvres ancètres collabos avaient au moins l’excuse de ne pas avoir eu accès au images des camps et la plupart d’entre eux ignoraient jusqu’a leur existence, donc paix a leur ame, ils n’étaient sans doute que de « bons salauds », persuadés que le fascisme ne pouvait mener qu’au bohneur éternel et que Berlin était le paradis sur terre tout comme après guerre, d’autres « bons salauds » ont cru que le communisme était un régime idéal et que moscou était le paradis sur terre) Les féministes seront surement ravies le jour ou les femmes auront atteint la parité dans le domaine des agressions sexuelles et des crimes passionels

  3. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Roman,

    Féminisation des hommes qui est également un produit de l’individualisme. Si rien n’a de valeur en dehors de moi-même, pourquoi ferais-je preuve de virilité alors que cela implique une mise en danger de ma personne?

  4. Roman Bernard

    Je n’ai pas dit le contraire, j’appliquais juste votre raisonnement dans les deux sens.

    C’était aussi une réaction par rapport à votre “le féminisme abaisse la femme au rang de l’homme” qui fait un peu chevalier servant sur les bords. Dans une société patriarcale, l’esprit chevaleresque se justifie. Dans une société individualiste, c’est du suicide, parfois littéralement :

    http://www.returnofkings.com/39604/not-every-man-can-handle-a-beautiful-woman

  5. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Je m’attendais à ce que ma petite phrase sur la femme rabaissée au rang de l’homme soit interprétée ainsi. Croyez bien que je ne considère pas qu’il y ait, en général, une supériorité morale de la femme sur l’homme, sûrement pas.

    Sinon, concernant le suicide de ce pauvre homme, je ne vois pas ce que la chevalerie vient faire là dedans. Son problème est qu’il idolâtrait une femme qui idolâtrait les hommes (raison pour laquelle elle cherchait en permanence à attirer leur attention). C’est un problème courant et c’est bien normal puisque, comme l’avais compris Max Scheler, « l’homme possède ou un Dieu ou une idole ».

  6. Roman Bernard

    Par « esprit chevaleresque » j’entends non pas la chevalerie médiévale, qui a toute mon admiration (pour des raisons peut-être différentes des vôtres), mais le « chevalier servant », que les Américains appellent « White Knight ». Une attitude qui se justifiait dans une société patriarcale puisqu’elle était une compensation au statut subalterne (ce qui ne signifie pas « inférieur », avant qu’on me reproche de colporter mes cours d’histoire de l’école républicaine…) de la femme. En situation d’égalité juridique, c’est un abaissement de l’homme.

  7. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    A part dans des domaines bien particuliers comme les mathématiques, on ne convainc jamais personne. Plus précisément, on ne convainc que des personnes qui, par elles-mêmes, ont déjà fait le cheminement vers l’idée que l’on expose. Ce que l’on apporte à ces personnes c’est une formulation claire et précise de l’idée qui chez elles était encore vague, confuse, inconsciente mais néanmoins bien présente.
    Il n’y a pas de grand bond en avant dans le domaine intellectuel. Il faut toujours vaincre milles obstacles avant d’accéder à une idée vraiment nouvelle. Parfois, on peut avoir l’illusion que l’on a, du jour au lendemain, changé de vision du monde, mais le processus qui nous a amené à cette évolution, en apparence brutale, s’est en réalité étalé sur plusieurs années.

    Un réverbère, le long d’un chemin ne peut éclairer que les marcheurs qui sont à son niveau. Un aubergiste ne peut nourrir que les voyageurs qui s’arrêtent dans son auberge, pas ceux qui se trouvent sur une autre route, à cent ou mille kilomètres de là.

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