La Création ? Seulement un weekend sur deux.

Paris_13e 

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » (Gn 1, 1)

Comment peut-on être chrétien et vivre en ville, comme si de rien n’était ? Rappelons qu’une ville est un espace d’où la Création a été entièrement éliminée. Les arbres ont été coupés, les animaux chassés, l’herbe recouverte de goudron et le ciel masqué, autant que possible, par des bâtiments démesurés et un nuage de pollution.

« Jésus lui déclara : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le grand, le premier commandement. » (Mt 22, 37-38)

Comment peut-on simultanément aimer Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, et vivre tranquillement en ville, ce lieu qui symbolise le rejet absolu de la Création ? Est-il possible d’être chrétien sans avoir la moindre volonté d’échapper à sa condition de citadin ?

Aiguilles_Bavella

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2 réflexions au sujet de « La Création ? Seulement un weekend sur deux. »

  1. Promeneur solitaire

    Bonjour Kolia,

    Cet article m’inspire une citation de Jean Giono, à qui il semble faire écho d’une certaine manière :

    « Monsieur, mon cher ami, homme. Homme, ne cours plus, ne te hâte plus, j’ai vu ton but. J’ai vu ton but parce que j’ai des yeux neufs, parce que je suis comme un enfant, parce que je sais, comme les enfants. Ne cours plus, tu as pris la mauvaise route. Je t’ai regardé, je t’ai vu ; je sais regarder les hommes et je ne veux pas croire que le but vers lequel tu courais c’était ce coin de trottoir dans l’odeur des fromages ou ce terminus de l’autobus sur une place pleine de boue. C’était ce que tu regardais là-bas, loin, avec tes yeux tristes. […].
    Il n’y aura de bonheur pour toi, homme, que le jour où tu seras dans le soleil debout à côté de moi. Viens, dis la bonne nouvelle autour de toi. Viens, venez tous ; il n’y aura de bonheur pour vous que le jour où les grands arbres crèveront les rues, où le poids des lianes fera crouler l’obélisque et courber la tour Eiffel ; où devant les guichets du Louvre on n’entendra plus que le léger bruit des cosses mûres qui s’ouvrent et des graines sauvages qui tombent ; le jour où, des cavernes du métro, des sangliers éblouis sortiront en tremblant de la queue. »

    Elle est tirée de la nouvelle Destruction de Paris de son ouvrage Solitude de la pitié. À cela cependant, on est tenté d’opposer une autre citation venant, elle, d’un autre récit de ce même ouvrage :

    « Depuis longtemps, je viens dans ce maigre village de montagne. Il est aux confins de ma terre ; il est aux lisières des monts, assiégé de renards, de sangliers, de forêts, et d’eau glacée. De hautes pâtures dorment au milieu des nuages ; le ciel coule et s’en va sous le grand vent ; il ne reste là-haut que le vide gris et des vols d’aigles silencieux comme le passage des ombres.
    Les hommes qui habitent là sont peu nombreux : dix, vingt, mettons quarante en comprenant ceux des hameaux perdus […].
    Il y a donc beaucoup de ciel, beaucoup d’air entre ces hommes quand ils sont sortis du village pour leur travail. Ce qu’ils respirent, ça n’a pas le goût du déjà respiré. L’air qu’ils avalent ne sort pas du boyau des autres. Il est pur et à la source. C’est bon d’un côté mais c’est mauvais de l’autre, étant donné que cette pureté, il faut l’acheter avec sa solitude et son désespoir. »

    En fin de compte, ici, l’alternative semble être entre la tristesse dans une course sans but pour le citadin ou, la solitude accompagnée de son enfant le désespoir pour quiconque parvient à vivre en terre isolée.

  2. Kolia Karamazov Auteur de l’article

    Bonjour Promeneur solitaire,

    Merci pour ces citations.

    Je crois que je me sens moins seul quand je suis physiquement seul dans la nature, que lorsque je suis entouré de voisins, de passants, ou même d’amis lors d’un dîner. Je souffre moins en étant le seul bipède à un kilomètre à la ronde, entouré d’oiseaux, d’insectes et d’arbres, qu’à être au milieu d’hommes avec lesquels, je le constate à chaque instant, je n’ai plus rien de commun. Le fossé est devenu trop grand. A force de ne pas faire comme eux, je ne suis plus comme eux. Je sais qu’ils ne peuvent pas comprendre ce qui est pour moi évident. Pendant un temps je cherchais encore un peu leur compagnie afin de les étudier. Mais, à présent, je sais ce qu’il y a à savoir. J’ai fait le tour.
    Qu’est ce qui est cause de souffrance, la solitude physique, ou la solitude intellectuelle et spirituelle ? Je penche pour cette dernière. Or on la ressent avec beaucoup plus d’acuité lorsque l’on est entouré d’hommes que lorsque l’on est physiquement seul. D’où ma préférence grandissante pour la solitude.
    Est-ce qu’elle condamne au désespoir ? Pas forcément. Après tout, le Christ nous a prévenu : « Certes, la multitude est appelée, mais peu sont élus. » (Mt 22, 14)

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