Archives mensuelles : décembre 2014

Joyeux Noël  !

Chers lecteurs, je vous souhaite un Joyeux Noël.
Nativity

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Les Enfants et le divorce

Les adultes sont experts dans l’art de se mentir. Constamment, ils se racontent des histoires afin de donner aux évènements le sens qui les arrange, qui les rassure, ou qui les flatte. Mais comme le rappelait le meilleur slogan de la Manif pour Tous, « on ne ment pas aux enfants ». Il est vrai que même si c’est à un niveau subconscient, même s’ils sont rarement en mesure de verbaliser ce qu’ils perçoivent et ressentent, les enfants ne sont pas dupes des mensonges et de l’hypocrisie des adultes. Le sens véritable du théâtre humain dans lequel ils grandissent ne leur échappe en aucun cas. Il faut dire que l’âme tendre de ces petits êtres n’a pas encore disparu sous cette croûte de mensonges accumulés, qui est à la fois une protection et une prison pour l’âme des adultes. Du moins de ceux qui préfèrent une relative sensation de confort à la vérité et dont la vie n’est guidée que par un unique principe : la fuite devant toute espèce de souffrance. L’âme des enfants accède donc naturellement au sens objectif des événements auxquels ils sont livrés. Parmi eux : le divorce. Nous autres, fieffés menteurs d’âge adulte, il nous faut réfléchir et raisonner pour appréhender le divorce dans sa réalité, telle que la ressent instinctivement l’enfant. Alors raisonnons.

Un homme et une femme se marient ensemble et ont des enfants ensemble pour les mêmes raisons. Ils estiment avoir rencontré la personne avec qui ils veulent fonder une famille. Le divorce ne peut vouloir signifier qu’une seule chose : il y a eu erreur. Les époux se sont trompés. Ils ont mal évalué l’autre. Il n’était pas la bonne personne finalement. S’ils avaient su, ils n’auraient pas commis pareille erreur. Ce sens là du divorce, les adultes veulent bien l’admettre. On les voit moins souvent reconnaître une réalité pourtant simple : si se marier avec lui ou elle était une erreur, forcément, avoir des enfants avec lui ou elle en était une aussi. Les enfants dès lors ne sont plus le fruit de l’amour mais celui d’une méprise. Si les parents avaient su, ils ne les auraient pas eu. Cette réalité, les adultes ne veulent pas la voir. Les enfants, par contre, la prenne en plein cœur et ne sortent pas indemne du cataclysme existentiel qu’elle représente.

Les époux peuvent être séparés, les gamètes, une fois qu’elles ont fusionné, ne peuvent pas l’être. Qui sait ce qu’il se passerait dans le cas contraire ?
Suite à un divorce, l’enfant, s’il n’est pas coupé en deux physiquement, n’en subit pas moins un déchirement intérieur. En effet, un enfant n’est à l’image ni de son père, ni de sa mère, il est à l’image du couple parental. L’harmonie de son âme est directement en lien avec l’harmonie de la relation conjugale. Le divorce se situe aux antipodes de l’harmonie. Il est le résultat de la plus extrême absence d’harmonie et il marque la fin de tout espoir en la possibilité de l’harmonie.
Mais avant le divorce, le défaut d’harmonie conjugale peut se manifester de bien d’autres façons. Par une dispute par exemple. Ce serait une grave erreur de croire qu’être témoin d’une dispute entre leurs parents est pour des enfants simplement désagréable, comme il peut l’être pour chacun d’entre nous d’assister à une dispute au sein d’un couple d’amis, chez qui nous sommes invités à dîner. Une dispute parentale pose toujours un problème d’ordre existentiel aux enfants. Ce n’est pas juste l’ambiance le temps d’un repas ou d’une après-midi qui est altérée négativement, c’est aussi l’harmonie intérieure des enfants, leur confiance en eux et en la vie qui sont mises à mal.
Passons en revue l’un ou l’autre exemple. Lorsqu’une mère manifeste du mépris à l’encontre de son mari, son fils, qui naturellement s’identifie à son père, prend ce mépris pour lui. Il en conçoit l’idée qu’il est méprisable et que les filles, que sa mère représente symboliquement, le mépriseront à juste titre. Cela le conduira simultanément à craindre leur jugement à l’excès et à chercher avidement leur approbation, afin d’apaiser la blessure infligée par la mère via le père. Cette situation est sans issue car, ainsi que l’a noté Stendhal, « on a de talent et de force auprès des femmes qu’autant qu’on met à les avoir exactement le même intérêt qu’à une partie de billard ». Vu l’impasse dans laquelle est engagé notre jeune homme, on comprend qu’il risque de sombrer dans l’addiction à la pornographie ou au sexe tarifé.
Autre exemple. Si un père ne montre jamais qu’il apprécie les charmes de sa femme et fait, au contraire, régulièrement, des remarques désobligeantes sur son apparence ou son tour de taille, sa fille, qui s’identifie naturellement à sa mère, finit par être persuadée qu’elle n’a aucun pouvoir de séduction. Elle se trouvera toujours trop grosse, laide, mal-proportionnée, ridicule et sera convaincue que les garçons, que son père représente symboliquement, se moqueront d’elle à juste titre. Cela la conduira simultanément à craindre leur regard et à chercher avidement leur approbation, dans l’espoir de soigner la blessure infligée par le père via la mère. Cette situation pourra soit la conduire à s’habiller comme un sac et à manger des sucreries dans son coin, soit donner lieu à une surenchère à base de tenues pornographiques et de maquillage excessif. Étaler un demi centimètre de Nutella sur une tartine ou la même épaisseur de fond de teint sur son visage, voilà les alternatives qui s’offrent à elle. Malheureusement, quelle que soit la fréquence et la qualité des marques d’approbation dont fera l’objet cette jeune femme, elles ne lui permettront pas d’acquérir cette harmonie intérieure dont elle a été privée par l’attitude de ses parents. En effet, le sentiment qu’elle a d’être condamnée au rejet universel, en raison d’une apparence qu’elle croit repoussante, est profondément ancré en elle. Cette idée lui a tant de fois été suggérée, indirectement, pas le comportement de son père vis-à-vis de sa mère, que l’idée contraire ne parvient pas à prendre forme en elle, quoi qu’il arrive. Ainsi, lorsqu’un jeune homme lui témoigne de l’intérêt, ce n’est pas, selon elle, la preuve qu’elle est séduisante, non, cela prouve que ce jeune homme est un pauvre type, probablement désespéré. Sinon pourquoi prêterait-il attention à un laideron, à une grosse dinde sans intérêt, se demande la jeune fille.

Aimer n’est pas un affect passif, c’est une attitude active de recherche du bien de l’autre et même du bien tout court, avec lequel il se confond. Affirmer que l’on aime est d’un intérêt douteux. Il ne faut pas affirmer, il faut aimer. Bien des mères croient pouvoir aimer leurs enfants sans aimer leur mari. C’est particulièrement vrai à l’heure du divorce de masse. Pourtant, comme l’a démontré cet article, tout déficit d’amour dans la relation parentale engendre le malheur des enfants. En dépit des affirmations du contraire, un enfant n’est aimé que dans la mesure où ses parents s’aiment mutuellement.
 
 
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