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« è normale, è normale »

Dans son dernier article, Koztoujours défend les propos que le pape a tenus suite à la tuerie de Charlie Hebdo. Le texte qui suit est une réaction à certaines des idées qu’il développe.
Tout d’abord, vous pouvez découvrir ici les propos du pape.

Koztoujours écrit :
La position chrétienne que développe le pape est celle de l’articulation entre la liberté et la responsabilité, quand précisément Charlie Hebdo revendique en Une d’être un « journal irresponsable ». Ainsi le pape souligne-t-il que, si la violence est inacceptable, la réalité du monde est telle qu’elle ne peut surprendre.

Dans le cas qui nous intéresse, ne vaudrait-il pas mieux remplacer « la réalité du monde » par « la réalité de l’islam » ? Car, soyons sérieux, d’éventuels actes de violence répondant à des caricatures de Jésus ou de Bouddha surprendrait beaucoup de monde, il me semble.

Koz continue :
Nulle caution à la violence. Mais se défausser sur celui qui est violent, lorsque l’on porte atteinte à ce qui est sacré pour lui (que ce soit sa mère ou sa foi), joint la facilité à l’irresponsabilité

Le problème c’est qu’on a l’impression que la frontière entre la responsabilité et l’irresponsabilité, ainsi que celle entre la réponse non-violente et la réponse violente est beaucoup plus vite franchie quand il s’agit de l’islam que quand il s’agit du christianisme.

Koz ajoute :
A ce stade, il m’a été opposé ce qui est désormais entré dans notre prêt-à-penser collectif : ce serait comme reprocher son viol à la fille court-vêtue. Raisonnement par l’absurde pour raisonnement par l’absurde, je tiens que ce serait davantage comparable au fait pour quelqu’un d’envoyer, de nuit, cette fille, nue, dans un quartier glauque, et de décliner toute responsabilité quand lui arrive un pépin.

Pour reprendre l’image de Koztoujours, il est irresponsable d’envoyer sa fille de dix-huit ans, nue, à une heure du matin, dans un bistrot où des hommes ont picolé toute la soirée. Faire un truc pareil serait irresponsable aujourd’hui, mais ça l’était déjà en 1950 ou au XIXe siècle. C’est une chose à ne pas faire et on l’accepte car c’est une donnée de l’existence, ça a toujours été et ça sera toujours ainsi.
deborahandco3Par contre, certaines choses n’ont pas toujours été ainsi. L’arrivée massive en France d’immigrés africains, en grande partie musulmans, a, dans certains domaines, conduit à un important déplacement de la frontière entre ce que l’on peut faire et ne pas faire et ce que l’on peut dire et ne pas dire. C’est cela qui pose problème, bien au-delà de la seule question des caricatures de Charlie Hebdo.
Par exemple, aujourd’hui, il y a de nombreux endroits en France où l’on ne peut plus envoyer sa fille de dix-huit ans, en pleine journée, habillée comme sur la photo ci-contre. Ce serait irresponsable de le faire. La vue de ses cheveux, de sa jupe colorée, de ses mollets peut-être, serait une offense inacceptable faite à la foi et aux convictions religieuses de certains. Or « on ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, car toutes les religions ont leur dignité. D’ailleurs, si M. Gasbarri, mon grand ami, met une jupe, je lui saute dessus… è normale, è normale ».

Personne ne conteste que certains actes, certaines paroles, sont susceptibles d’entrainer des réactions violentes et que, par conséquent, poser ces actes, prononcer ces paroles, peut être, à juste titre, considéré comme irresponsable. Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est que des actes et des paroles que l’on n’aurait jamais qualifiés d’irresponsables il y a trente, cinquante, ou cent ans peuvent maintenant être perçus comme tels.
Je me demande jusqu’à quel point il faudra que la limite qui marque le début de l’irresponsabilité et de la violence s’approche de Koztoujours pour qu’il cesse de défendre le pape et son déjà fameux « è normale, è normale ».

Une population qui a souffert est-elle condamnée au sous-développement ?

Nous sommes priés de croire que les différences de développement entre les peuples du monde s’expliquent par les événements passés. Les peuples en retard d’un point de vue du développement auraient traversés de dures épreuves, connus de grand malheurs, été violentés et maltraités. Leur retard ne serait dû qu’à la difficulté qu’il y a à se relever après un drame. Les peuples à la pointe du développement, en revanche, n’auraient jamais réellement souffert. Ils auraient été favorisés par le hasard et surtout, ils auraient été bourreaux mais jamais victimes.

Voyons, à travers l’étude de trois cas de figure, si cette vision du monde tient la route.

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Un bon policier est un policier mort

Il y a quelques jours je circulais à bord d’un bus régional. Après avoir passé une semaine à la montagne, j’effectuais mon retour à la civilisation barbarie. La radio fonctionnait à faible volume, suffisant néanmoins pour que je puisse comprendre quelques mots : « Ferguson », « nouvelles émeutes ». Cela m’a suffit pour savoir exactement ce qu’il se passait. Un noir avait été abattu par un blanc aux Etats-Unis et les médias français, à la suite de leurs homologues américains, se jetaient sur cette occasion pour bien nous rappeler à quel point l’Amérique blanche est raciste. Je savais aussi qu’on allait nous présenter le mort comme un sympathique jeune homme, sans histoire, apprécié de tous dans le quartier et plein de projets positifs pour l’avenir. Et je savais qu’en creusant un peu, nous découvririons qu’il n’avait rien du gendre idéal, mais qu’il représentait plutôt son antithèse. Il n’y a pas de mérite particulier à deviner tout cela simplement en entendant deux mots émanant de la radio grésillante d’un autobus. Il suffit de réaliser que le même scénario se répète systématiquement.

Si je vous parle de cela c’est parce que cette nouvelle affaire illustre parfaitement ce que je disais dans un article précédent.

Si vous regardez la télé, écoutez la radio, ou lisez la presse, je vous plains. Vous avez dû en manger du Ferguson et du Michael Brown, en ce mois d’août 2014. Par contre, quelque chose me dit que vous n’avez pas entendu parler de Melvin Santiago. Pas un mot, pas une ligne consacrée par les médias français à ce jeune policier de Jersey City abattu au mois de juillet par le sympathique Lawrence Campbell, alors qu’il descendait de voiture. Pas un mot non plus au sujet de la femme de Campbell qui a déclaré que son mari aurait dû tuer plus de policier, ni sur le mémorial érigé à la gloire de l’assassin (mort sous les balles des policiers) par ses voisins.

A gauche, Melvin Santiago. A droite, son meurtrier.

A gauche: Melvin Santiago. A droite: Lawrence Campbell.

Si le nom de Melvin Santiago ne vous dit rien, celui de Perry Renn vous est probablement étranger lui aussi. Perry Renn était policier à Indianapolis depuis vingt-deux ans. Le cinq juillet dernier, il a été abattu à coup de fusil d’assaut par l’aimable Major Davis Jr.

A gauche, Perry Renn. A droite, son meurtrier.

A gauche: Perry Renn. A droite: Major Davis Jr.

La famille du meurtrier a critiqué Perry Renn pour être sorti de sa voiture alors que Davis était visiblement armé. Mais de tout cela, les journalistes français se foutent. Ce n’est d’ailleurs pas la seule chose dont ils se foutent. Ils se foutent de la vérité, bien sûr. Et puis ils se foutent aussi de vous. Pourtant, c’est vous qui payez. Ne l’oubliez pas.