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Dieu est invisible. Surtout dans les villes modernes.

A un certain point de leur histoire les Européens ont décidé qu’ils allaient se passer de Dieu. Ils le réinterprétèrent d’une façon qui les arrangeait, quand ils ne décrétèrent pas carrément qu’il n’existait pas. Cela leur a permis de laisser libre cours à leur orgueil et à leur vanité. Ils se sont agglutinés dans des villes qu’ils ont défrichées, pavées, bétonnées, goudronnées. Ils ont parsemé le paysage de hangars, de pylônes électriques, de panneaux publicitaires. Ils ont remplis leurs rues de voitures agressives, puantes et bruyantes dont ils poussent la première jusqu’à quarante à l’heure pour montrer qu’ils sont des gens importants. Ils font tourner en boucle une musique de supermarché. Ils jettent leurs détritus par la fenêtre et font déféquer leurs chiens à tous les coins de rue.
Parlez-leur de Dieu, ils vous répondront ceci : « Comment pourrait-on croire en Dieu alors qu’il y a tant de laideur dans le monde ! »

Rochers

La Création ? Seulement un weekend sur deux.

Paris_13e 

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » (Gn 1, 1)

Comment peut-on être chrétien et vivre en ville, comme si de rien n’était ? Rappelons qu’une ville est un espace d’où la Création a été entièrement éliminée. Les arbres ont été coupés, les animaux chassés, l’herbe recouverte de goudron et le ciel masqué, autant que possible, par des bâtiments démesurés et un nuage de pollution.

« Jésus lui déclara : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le grand, le premier commandement. » (Mt 22, 37-38)

Comment peut-on simultanément aimer Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, et vivre tranquillement en ville, ce lieu qui symbolise le rejet absolu de la Création ? Est-il possible d’être chrétien sans avoir la moindre volonté d’échapper à sa condition de citadin ?

Aiguilles_Bavella

La Tragédie du citadin

Poubelle_ParisQue penser d’un lion né dans un zoo, qui n’est jamais sorti de son enclos de 70m2 ? Peut-on considérer que sa vie est celle d’un lion ? Difficilement, car une vie de lion se déroule dans l’immensité de la savane africaine, au milieu des baobabs et des antilopes et non pas dans une cage grande comme un appartement de trois pièces, sous les regards ébahis de touristes lanceurs de cacahuètes, par 48° de latitude nord. Notre lion captif n’a donc pas une vie de lion. Mais alors est-il un lion ? Et s’il n’en est pas un, qu’est-il ? Certes, il n’est pas un serpent, ni un canari, mais il n’est pas non plus un lion. Ce qu’il est, c’est très simple : un lion en cage.

Il en va de même pour un homme qui passe le plus clair de son temps en ville. Il n’a pas une vie d’homme, il a une vie d’homme du XXIe siècle. On peut affirmer que la vie d’un urbain n’est pas celle d’un homme, parce qu’être un homme n’a jamais consisté, à part ces quinze dernières minutes, à marcher sur des étendues de goudron, à avoir dans son champ de vision un abribus, une poubelle municipale, deux arbres plus maigres que leurs tuteurs, des pigeons malades, à respirer des gaz d’échappements et à subir en permanence une agression sonore de la part des automobiles qui défilent par centaines. Non, jusqu’à hier, les hommes ont vécu les pieds dans la terre, l’herbe ou le sable, leur champ de vision était empli d’arbres, de pâtures, de cours d’eau, de vallons et de montagnes, d’animaux d’élevage, de bêtes sauvages et de volatiles en tout genres. Leur ouïe était sollicitée par le bruissement du vent dans les feuilles, par le chant des oiseaux et, en été, celui des sauterelles, ou encore par le fracas d’un torrent. J’arrête là cette modeste description, car les beautés de la nature sont infinies et tenter d’en rendre compte à l’aide d’un nombre forcément fini de mots est impossible. C’est tout l’inverse pour la ville qui est un environnement pauvre et répétitif. Alors que chaque arbre est absolument unique, la ville reproduit à des milliers d’exemplaires le même lampadaire, la même voiture, ou la même boutique.

Lorsqu’on observe un chêne on sait que Chateaubriand, Philippe-Auguste et sainte Blandine l’ont observé aussi. L’observation d’une tour de la Défense, quant à elle, est une expérience qui nous rapproche de… euh… Anne Lauvergeon ? Allez, François Mitterrand au mieux. Cela manque cruellement d’épaisseur, de profondeur historique. Plutôt que de reluquer la devanture d’un Apple Store, ouvert il y a quelques années et qui aura fermé d’ici vingt ans, il vaut mieux communier avec l’ensemble de nos ancêtres, du plus humble au plus illustre, en admirant un cygne faisant sa toilette, ou un platane bourgeonnant. Les Éduens de Dumnorix ont profité du même spectacle.

Peut-on prétendre mener une vie d’homme quand on est en permanence plongé dans un environnement (visuel, auditif, olfactif, etc.) qui n’a rien à voir avec celui dans lequel ont vécu tous les hommes avant nous ? Une seule réponse est possible, une vie dans de telles conditions n’est pas une vie d’homme et nous ne sommes, par conséquent, pas des hommes, mais seulement des hommes du XXIe siècle. Pour sortir nos existences urbaines de l’insignifiance historique et métaphysique, nous n’avons pas d’autre choix que d’adopter une vision progressiste du monde. Il nous faut nous persuader que nous sommes embarqués dans la grande aventure du progrès. Si effectivement c’était le cas, le caractère éphémère de notre mode de vie trouverait une justification dans le fait qu’il constitue une étape de transition entre un passé obscur, auquel on ne reviendra jamais, et un futur radieux, vers lequel nous nous dirigeons. Mais cette tentative de sortir nos vies présentes du néant en les rattachant à un avenir supposé glorieux est absurde. La vie urbaine, pas plus que le « progrès » en général, n’a d’avenir. Pour s’en convaincre il suffit de constater combien les forces vives françaises se sont rabougries depuis l’instant où s’est initié l’exode rural. Cela ne doit d’ailleurs pas nous étonner puisque transférer un homme de la campagne à la ville revient à le déraciner et à le jeter sur une dalle de béton. C’est le couper de la terre qui nourrit son corps et de la nature qui nourrit son âme.
Pour savoir que les villes sont condamnées à moyen terme, il n’y a qu’à prêter attention à la façon dont évoluent les plus grandes d’entre-elles. Leur état actuel préfigure celui dans lequel se trouveront, demain, les villes de moindres importances. « Paris est une ville sale et multiculturelle à un tel point que s’en est écœurant. » Voilà les mots employés par une jeune américaine pour décrire la ville lumière, qu’elle a eue l’occasion de visiter pour la première fois récemment. Un trou à immigrés du tiers-monde, à sodomites revendicatifs, à féministes hystériques et à carriéristes forcenés, voilà ce qu’est Paris aujourd’hui et ce qu’elle sera de plus en plus dans les années à venir. Il y a tout de même de beaux bâtiments, quelques joyaux architecturaux, tout n’est pas à jeter à Paris, dira-t-on. Il est vrai que certains monuments (tous âgés d’au moins un siècle) témoignent du fait qu’autrefois, les bâtisseurs de villes avaient encore une âme. Mais la ville qu’ils ont bâtie abîme l’âme, lentement dans un premier temps, puis plus rapidement jusqu’à sa destruction totale, à laquelle nous assistons aujourd’hui. Quelle que soit la splendeur des monuments, la logique urbaine, qui consiste à éradiquer la nature d’un espace donné et à la remplacer intégralement par du béton (ou de la pierre) et du goudron (ou des pavés), porte en elle un orgueil humain inouï et absurde qui ne peut que conduire, à terme, au Paris crasseux et dangereux que nous connaissons aujourd’hui. Sur la place Vendôme, il n’y pas un seul arbre. Ses concepteurs ont poussé à l’extrême la logique d’éradication de la nature. Dans ces conditions, il était inévitable qu’un pseudo artiste, baby-boomer dégénéré, vienne un jour y ériger un arbre en plastique, en fait un plug anal. Là où il n’y a plus d’arbre, il y aura des plugs anal. C’est ainsi.
Les villes vont s’effondrer sur elles-mêmes car elles sont toutes, grandes et petites, autant de répliques de Babylone. Le Seigneur a assuré à Abraham qu’il ne détruirait pas Sodome s’il y trouvait ne serait-ce que dix justes. C’est vrai, mais nous arrivons à un point où un juste ne peut plus continuer, comme si de rien n’était, à vivre en ville.

Chene_BrocéliandeSachant que nous n’avons qu’une seule fois l’occasion de vivre en ce bas monde, c’est un drame d’être un homme du XXIe siècle. Elle est tragique cette condition de citadin qui ne sort du métro que pour pénétrer dans une tour en béton, acier et verre et gagner un openspace climatisé, dans lequel on travaille toute la journée le nez collé sur un écran. Cet homme là ne peut pas même prétendre être un homme du XXIe et du XXIIe siècle, ce qu’il pourrait être tenté de faire afin de donner un peu de consistance à son existence, car au XXIIe siècle « son monde » n’existera déjà plus. « Son monde » n’est qu’un décor, une couche de peinture, une croûte de plastique, il n’est pas soutenable, il s’autodétruit sous nos yeux.
Combien mieux vaut-il être un homme « tout court ». Contempler des chênes, des hêtres, des hautes herbes ondulant dans le vent, des coccinelles et des libellules, écouter chanter les mésanges, les merles et les rouges-gorges, observer un pic-vert chercher sa pitance sous l’écorce d’un arbre, ou du bétail paître paisiblement, rencontrer un mulot sylvestre au détour d’un chemin et admirer l’envol d’un héron. Autant d’expériences qu’ont fait quotidiennement tous nos ancêtres, qu’ils aient été anonymes ou célèbres, peu importe. Ils ont eu une vie d’homme, ils ont été des hommes. A nous de quitter la ville afin de vivre dans le même monde qu’eux, le seul qui ait une consistance, qui soit réel. Il n’y a qu’à cette condition que nous pouvons être, comme eux, des hommes.

Les attraits de la ville

Times_SquareLes villes sont des enfers bétonnés, pourtant elles doivent bien offrir à leurs habitants un certain nombre « d’avantages », sans quoi ils ne seraient pas si nombreux. Passons en revue quelques attraits de la ville.

La ville est le lieu de tous les désirs. Des désirs sont sans cesse éveillés et d’autres entretenus par la vie en ville. Ils peuvent être suscités par les affiches publicitaires omniprésentes, mais aussi directement par l’objet du désir qui s’offre aux regards dans une vitrine, ou dans les rues lorsqu’il s’agit d’une femme, d’un homme, d’une voiture, d’un vêtement porté par quelqu’un, etc. A la campagne, rien de tout cela n’existe : pas d’affiches, pas de vitrines, ou très peu. Par ailleurs, si l’on peut y croiser des autos, des hommes et des femmes, ils sont la plupart du temps sans valeur sur le plan du désir. C’est bien en ville que l’on aperçoit des voitures hors de prix, ainsi que des femmes et des hommes aux airs supérieurs. Dans le monde rural les occasions de désirer sont rares, en ville elles sont en nombre infini. C’est l’une des causes de l’attractivité des villes.
Rappelons qu’un désir d’avoir est toujours, en réalité, un désir d’être. Lorsqu’on désire un objet, c’est toujours parce qu’on est convaincu qu’il va nous permettre d’être (plus que ce que l’on est actuellement/supérieur). Beaucoup d’hommes, de nos jours, ont absolument besoin de désirer. Certes, le désir comporte toujours une part de frustration, puisqu’on ne désire que ce que l’on ne possède pas et encore plus ce que l’on ne peut pas posséder. Mais, simultanément, désirer a quelque chose de délicieux. En effet, celui qui désire espère accéder à l’objet de son désir et donc à la supériorité de l’être. En fait, l’homme désirant entrevoit comme une possibilité de salut. Si tous ses désirs venaient à s’éteindre simultanément, il perdrait tout espoir de sortir un jour de sa misérable condition présente et aurait à faire face au néant. Cette solitude, cet ennui, cette angoisse que le citadin peut ressentir lorsqu’il se trouve à l’écart d’un grand centre urbain sont des manifestations de ce néant qui l’habite et qui, habituellement, est masqué par ses désirs. Dès que le désir cesse, le néant cesse aussi d’être dissimulé. Bien entendu, le seul moyen de le combler véritablement serait de l’affronter, mais un tel affrontement est presque systématiquement évité par la fuite dans un nouveau désir.

Les villes sont non seulement le lieu où l’on peut désirer à son aise, mais aussi le lieu où l’on peut satisfaire un certain nombre de désirs en consommant. Là encore, malgré les apparences, il ne s’agit pas de s’acheter un « avoir », mais un « être ». On s’achète telle montre pour être tel type de personne. On choisit un iPhone plutôt qu’un Samsung (et inversement) afin d’être membre « d’une certaine élite ». On investit dans une liseuse pour être un lecteur. On fait l’acquisition d’une Alfa Roméo plutôt que d’une Renault pour être quelqu’un d’original…
La ville offre la possibilité de consommer, à toute heure, des biens extrêmement variés et donc d’exister, de se définir à sa guise à travers des achats. Dès que le citadin a le sentiment de n’être pas assez, ou de ne pas être ce qu’il faut, un petit achat lui permet de rectifier le tir. Evidemment, aucun déficit d’être n’est réellement solutionné par la consommation. Les objets dont on fait l’acquisition ne tiennent jamais leurs promesses, mais la plupart des gens refusent de le reconnaître une bonne fois pour toute, par peur du néant. Deux solutions, non mutuellement exclusives, s’offrent alors à eux. Il leur est possible de se focaliser sur de nouveaux objets de désirs qu’ils ne possèdent pas encore. Ils peuvent aussi exhiber les objets qu’ils possèdent déjà, afin que le regard des autres leur confère une valeur qui rende leur possession jouissive.

C’est un autre atout de la ville que d’être densément peuplée. Il y est facile d’offrir un objet que nous possédons aux regards des autres, afin de jouir d’un sentiment de supériorité à l’égard des envieux. Ainsi, lorsqu’un cadre sup consacre un mois de salaire à l’achat d’une montre, ce n’est pas pour la cacher sous un pull en permanence, mais bien pour l’exhiber dans des lieux stratégiques (la terrasse d’un bar branché par exemple). De même, quand un type s’est démené pendant des mois pour mettre le grappin sur une fausse blonde à gros seins, ce n’est pas pour l’emmener dans une forêt, dans l’intimité de laquelle leur amour pourrait s’épanouir, mais bien pour la balader sur les places les plus fréquentées de la ville (en se livrant, parfois, à des attouchements obscènes). Ces comportements visent à pallier l’absence de valeur intrinsèque des objets possédés. Ils n’apportent rien en eux-mêmes, mais constituent des instruments qui permettent d’accéder à la supériorité selon le principe suivant : on est supérieur à toute personne qui nous envie. Ainsi, une blondasse à forte poitrine n’a d’intérêt que dans la mesure où elle est désirée par d’autres (ce qui, en général, est le cas). Mais il suffirait que ces désirs émanant de tiers disparaissent pour que la baudruche se dégonfle, telle une bulle spéculative. Beaucoup d’hommes se réjouiraient qu’on leur offre une Ferrari, mais si l’on ajoute comme condition qu’ils ne pourront la conduire que dans le département de la Creuse, combien n’y voient plus aucun intérêt ? Et combien préfèreraient de loin recevoir une BMW, bien plus modeste, du moment qu’ils aient le droit de la conduire à Paris ou dans une autre ville importante ?

La ville attire les foules parce qu’elle est un lieu où l’on peut se repaître de désirs, mais aussi parce qu’elle offre la possibilité de satisfaire un certain nombre de ces désirs via la consommation, et enfin parce qu’on peut y être regardé avec envie par des milliers de paires d’yeux. Ces différentes possibilités qu’offre la ville exercent une attraction irrésistible sur bien des hommes, car ils y voient la possibilité d’être, d’échapper au néant. Pourtant, c’est précisément au néant qu’ils se condamnent en ne vivant que par et pour le désir, sur une croûte de goudron.

La vie urbaine et ses conséquences

Cet article fait partie d’une série qui a été introduite ici. Néanmoins, il peut tout à fait être lu de façon indépendante.
 
La_DefenseUne ville c’est un morceau de la Terre qui a été recouvert d’une couche hermétique de béton et de goudron. C’est un espace de plusieurs milliers d’hectares qui a été entièrement aménagé par et pour l’homme. C’est un lieu où une création purement humaine a remplacé la Création. Il y a bien quelques arbres ici ou là, dans nos villes. Il est vrai que par endroits on a jugé bon de découper un morceau de bitume de deux mètres sur deux pour planter un arbre. Parfois, il y a même plusieurs arbres les uns à côtés des autres, on appelle cela un « espace vert ». Leur existence prouve que le citadin est encore un petit peu humain, malgré tout. Mais ces arbres sont en sursis, ils ne sont là que par la volonté des hommes et seront abattus dès que ceux-ci décideront d’aménager une place de parking supplémentaire, ou un canisite. La ville c’est donc cela : un espace d’où la Création a été éliminée, intégralement. Enfin pas tout à fait, il reste tout de même un morceau de Création dans le champ de vision de l’homme urbain : le ciel. Encore faut-il que celui-ci soit visible et non masqué par un nuage de pollution permanent. Par ailleurs, lorsque les rues deviennent étroites et les immeubles s’élèvent, le citadin, comme si on le descendait au fond d’un puits, voit le ciel se réduire à une minuscule tache bleue. Même quand il est visible, on peut se demander si les habitants des villes accordent beaucoup d’attention au ciel. A part en reflet dans l’écran de leur smartphone, leur arrive-t-il de le voir ? De temps à autre, la Création se rappelle au bon souvenir des citadins, lorsqu’une bonne pluie se met à tomber, ou un orage à gronder. En général, ils n’apprécient pas cela, ce qui est compréhensible puisque la météo est l’une des rares choses, en ville, qui ne soit pas sous contrôle. Tout le reste a été aménagé pour le bon plaisir des habitants, on comprend donc qu’ils pestent contre le « mauvais » temps lorsqu’il s’autorise à humidifier leur après-midi shopping.

Tout ce dont il a été question jusque là n’a rien de neuf, les villes existent depuis des millénaires. Ce qui est nouveau en revanche, c’est que plus de 80% de la population vit en zone urbaine. C’est l’une des caractéristiques de la France moderne : vivre en ville est normal, vivre au milieu de la Création (c’est à dire à la campagne) est exceptionnel. Cette situation inédite influe sur la vision du monde des Français.
Comme Dieu se manifeste via la Création, lorsque l’homme ne vit plus au contact de cette dernière, il se coupe de Dieu et finit par l’oublier. La perte généralisée de la Foi chrétienne et l’exode rural ne sont pas sans rapport.
Une ville est l’œuvre des hommes, du trottoir jusqu’aux faîtes des toits que dépasse rarement le regard de leurs habitants. Ceux-ci vivent dans un monde entièrement façonné par l’homme, pour l’homme, selon ses besoins, ses envies, son bon vouloir. La ville est le lieu d’une apparente toute puissance humaine. Elle laisse penser qu’il suffit de vouloir quelque chose pour l’obtenir. Un parking sous-terrain de sept niveaux, une place pavée agrémentée de fontaines, un immeuble de bureau de dix, de vingt de cinquante étages, rien n’est impossible. L’espace peut être réaménagé, à l’infini, selon notre volonté. Evidemment, ce sentiment qu’a le citadin d’être lui-même le Créateur, indépendant de toute contrainte, d’être celui qui fixe les règles du jeu, n’est qu’une illusion. Rappelons qu’en effet, les lois de la physique s’appliquent en ville comme ailleurs et qu’il n’est pas question de les contourner. Par ailleurs, les matériaux dont sont faites les villes sont tous issus de la Création divine, l’homme s’est contenté de les transformer. Enfin, les techniques de construction modernes qui rendent les bâtisseurs de villes si orgueilleux n’auraient pas vu le jour si l’Europe n’avait pas été irriguée spirituellement par des siècles de christianisme. Ce dernier point, encore plus que les deux précédents, échappe complètement au citadin qui se retrouve très vite intoxiqué par la vie en ville : elle le persuade de la toute puissance du vouloir humain. La croyance en un homme équivalent du démiurge dépasse largement le cadre de l’urbanisme. Le citadin en vient à penser que, dans tous les domaines, il suffit de vouloir pour obtenir. Pourquoi un homme ne pourrait-il pas être une femme, si c’est ce qu’il veut ? Pourquoi deux homosexuels ne pourraient-ils pas avoir un enfant, si telle est leur volonté ? Pourquoi les noirs et les blancs, les chrétiens et les musulmans ne pourraient-ils pas vivre dans le même pays et bien s’entendre, puisque nous voulons qu’il en soit ainsi ? Le progressisme sociétal (la folie) prolifère en ville en raison de l’état d’esprit induit par la vie urbaine. Ce n’est pas un hasard si les délires progressistes naissent systématiquement dans les grandes villes et jamais dans le monde rural.