L’Agonie spirituelle des Européens

C’est à la fois fascinant et terrifiant d’observer la mort spirituelle progressive des Européens. Elle est manifestée par l’évolution historique de la musique, de la peinture, du cinéma, des modes vestimentaires, de l’architecture et de tout le reste. Depuis des siècles, nous n’avons pas cessé de descendre la pente qui mène en enfer. Notre vanité, notre matérialisme grandissant ont étouffé nos âmes jusqu’à faire de nous des cadavres (pas encore au sens biologique, mais aux sens spirituel et intellectuel). Au XXe siècle, jamais ce processus ne s’est inversé et parfois il s’est accéléré, notamment à cause des guerres mondiales.
C’est un sujet sur lequel les grands discours sont inutiles, il suffit d’observer autour de nous. Si nous n’avons pas la possibilité de rencontrer en personne nos ancêtres un peu éloignés, nous pouvons, en revanche, apprendre à les connaître en étant attentifs à ce qu’ils nous ont laissé.

J’ai la conviction intime que jamais un bourgeois du XIXe siècle, patron d’industrie, n’aurait accepté de travailler quotidiennement dans ce genre d’endroit :

Usine_XXI

Il aurait refusé de mettre les pieds dans un lieux pareil parce qu’il l’aurait trouvé monstrueux et inhumain. Il aurait été extrêmement mal à l’aise rien qu’en apercevant ce cube en tôle et, évidemment, jamais il n’aurait fait construire lui-même une telle abomination. Le rejet viscéral de ces « locaux professionnels » aurait été chez lui un cri de l’âme. Une âme encore vivante. Abimée, corrompue, mais vivante.

Notre bourgeois du XIXe siècle, de son côté, dirigeait une usine ou un atelier qui ressemblait à cela :

Usine_XIX

Faites abstraction des voitures, des volets et des montants de fenêtre blancs, ils ne sont pas d’époque. Observez plutôt le travail d’alternance des couleurs, les fenêtre basses et hautes surmontées d’arcs, eux-mêmes agrémentés de clés d’arc en pierre de taille. Appréciez les ouvertures circulaires et les incrustations de pierres blanches sous la plupart des fenêtres. Enfin, profitez du relief général de la façade et de tous ces détails qui ne répondent ni à un besoin pratique, ni à une logique économique, mais uniquement à une exigence esthétique. Cette exigence prend sa source dans l’âme, elle manifeste que celle-ci est encore vivante.

Il ne s’agit surtout pas d’idéaliser le XIXe siècle. Les hommes de ce temps-là étaient déjà engagés dans la pente qui aboutit là où nous sommes. Ils la dévalaient à bonne allure, mais les âmes n’étaient pas encore totalement tombées en ruines. Peut-être que s’ils avaient pu voir à quoi aboutirait le chemin qu’ils suivaient, horrifiés, ils auraient fait demi-tour.

Un dernier mot pour ceux qui pensent que le sujet abordé dans cet article n’est que secondaire. Qu’il sache bien qu’un peuple vivant jours et nuits dans des cubes en béton et en tôle ondulée, ne peut que se laisser envahir par quinze millions d’Africains, tout en avortant dix millions de ses propres enfants. Cela aussi est une conséquence inéluctable de notre mort spirituelle.

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5 réflexions au sujet de « L’Agonie spirituelle des Européens »

  1. Jean-Phi

    Tres, tres bon l’article. Le lien avec l’architecture, le spirituel, l’identite et donc la vie. Les photos, aussi, tres bon. L’article m’a marque, choque, convaincu.

  2. Pierre Paul

    Je recopiais un extrait du remarquable livre Éloge de l’ignorance d’Abel Bonnard, m’est venue l’envie de vous le partager.
    « C’est une sornette dont nous sommes revenus, de croire aux épopées populaires et de s’imaginer que les cathédrales sont l’œuvre des foules. Partout où l’on trouve une œuvre d’art, il faut chercher un créateur personnel. Mais tout supérieur qu’il est, cet individu n’est pas seul. Il baigne dans un milieu. Il reste l’interprète de ceux qu’il dépasse, et conçues et voulues par des hommes de génie, les cathédrales n’en sont pas moins gonflées d’une immense âme collective. Ce ne sont rien moins que des œuvres populaires, mais elles n’auraient pas existé sans un certain peuple. Quand l’âme commune disparaît, l’architecture n’a plus rien à dire, et les monuments qu’on bâtit aujourd’hui, encombrants et nuls, font foi de cette vérité. […] On a souvent dit au peuple, parmi d’autres flagorneries, que presque tous les grands hommes sortaient de son sein. C’est loin d’être exact. Mais, dans la mesure où la chose est vraie, elle s’explique justement par le fait que le peuple était autrefois, et naguère encore, ce qu’on ne veut pas qu’il demeure, une collectivité indivise, un immense réservoir de forces obscures, un ensemble de gens dont la vie latente excédait de beaucoup la vie exprimée. Ils amassaient ainsi ce qu’un homme exceptionnel devait dépenser un jour. Mais un peuple qui n’est fait que d’individus dont chacun s’épuise en paroles, ne garde pas de quoi produire de grands hommes. L’instruction élémentaire peut être donnée dans un esprit de haine sourde pour toute supériorité, et, dans ce cas, on conçoit aisément les résultats qu’elle amène. Mais alors même qu’elle est répandue sans cette affreuse arrière-pensée, il semble qu’elle favorise surtout la médiocrité. Il est un fait que nous ne saurions nous expliquer autrement. C’est qu’autrefois, dans les sociétés où l’on prétend que tout conspirait contre le mérite, les hommes supérieurs fleurissaient en grand nombre, au lieu qu’aujourd’hui, quand, nous dit-on, les anciens obstacles sont renversés, partout s’annonce et se manifeste une sinistre disette d’hommes. On nous dit que tous les chemins sont ouverts, et nous ne voyons arriver personne. Cela donne à croire qu’en touchant imprudemment au fond des peuples, on produit des effets tout autres que ceux qu’on avait prévus, et qu’il y a quelque rapport, et comme une secrète sympathie, entre l’existence des multitudes profondes et celles des individus sublimes. »

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